LA FAMILLE
Je dois d’abord rappeler comment Dieu, créateur de l’homme, fut aussi l’instituteur de la famille et de ses droits, et par là le fondateur de toute société, de toute autorité entre les hommes.
Lorsque Dieu lit l’homme à son image et à sa ressemblance, il ne voulut pas en faire une créature solitaire.
La lumière, les soleils étaient créés : ils devaient être les serviteurs de l’homme, et non le modèle de sa création. Le modèle était plus haut. Dieu dit: Faisotxs i Homme à notre image et à notre ressemblance (1). C’était beaucoup dire : l’effet suivit la parole.
il) Fadainu* himtinrm nd immihicm rl simililudinriti nosirtim. ;t;pii., I, 2fi.)
lilt I.IV. 11. l.h I*ÈIIE, I.A MKUK, 1;T LA FAMILLK.
Dieu afipliqua scs mains divines à un peu de terre, et il lui plut d’en former lui-même le corps de l’homme ; et cette boue, façonnée par de telles mains, reçut bientôt la plus belle et la plus noble ligure qui eût encore paru dans le monde.
Toutefois, ce n’était là qu’une admirable statue, et non [)as l’image et la ressemblance de Dieu.
.\lors Dieu répandit sur sa face un souffle de vie, spiraruhim vitœ inspiration pure de la vie éternelle et divine, et l’homme devint une âme vivante... I*ae(u.s est in animatn l'irenlein (2).
.\lors la vie lui fut donnée! La vie spirituelle : il pense, il connaît, il juge, il veut, il aime. La vie matérielle : il respire, il se meut, il voit, il entend.
Alors se forma, entre ce corps fait de terre, il est vrai, mais par un ouvrier divin, et l’àme, souffle vivant du Très-Haut, celte alliance extraordinaire, et qui fût demeurée inviolable, si nous n’avions pas péché.
Alors ce corps, si droit et si beau, se sentit pour la première fois naturellement élevé vers le ciel. Un sang généreux circula dans ses veines, son cœur battit avec force dans sa poitrine, ses pieds immobiles s’avancèrent, ses mains se joignirent pour bénir son Créateur, ses genoux lléchirent pour l’adorer.
Alors sa figure s’anima: le regard, le sourire, la parole et la grâce y resplendirent à la fois. Une majesté royale vint se placer sur son front; l’innocence, la candeur, la joie pure, la reconnaissance, l’amour, embellirent sa brillante physionomie.
Alors surtout s’alluma, pour la première fois, dans ses
,1, Ont.
(2 Ibid
( Jl. l'r. LA PAMILLIs.
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yeux, celte llaininc céleste, à laquelle rien ne ressemble clans le reste de la nature;... et qui, malgré le péché, jette encore quelquefois, k travers nos paupières attristées, des feux plus vifs et plus purs que les rayons du plus beau jour.
.41ors enfin l’homme éleva vers les cieux un regard presque divin; les anges le virent, et contemplant l’excellence de sa beauté, et l’admirable rejaillissement de la gloire de Dieu sur cette face auguste, s’ils ne furent pas tentés de l’appeler un Dieu, ils crurent volontiers qu’il en était l’image.
Voilà l’homme tel que Dieu l’a fait. Dieu le voit. Dieu le bénit. Dieu l’appelle, et lui montrant la vaste étendue de la terre, de la mer et des cieux : Tu es le chef-d’œuvre de mes mains, lui dit-il: sois le roi de mes œuvres, prœsit universæ lerrœ : la nature entière, voilà ton royaume : je t’ai tout donné, dedi unirersa. (Gen., i. 26, 29.)
Alors, d’un regard abaissé vers la terre, l’homme prit possession du monde ; les animaux s’inclinèrent à ses pieds, et reçurent leurs noms de lui, comme du plus puissant des monarques : et s’avançant bientôt à travers ses domaines, il exerça librement ce noble et majestueux empire, dont le sceptre a été depuis brisé dans scs mains, mais dont il nous reste encore de glorieux, quoique tristes flébris.
Telle fut la création de l’homme ; cl si j’ai rappelé ces choses, c’est qu’il est du plus sérieux intérêt, c’est qu’il est même essentiel, lorsqu’on médite sur cette grande œuvre de l'Kducation, d’avoir sous les yeux, dans sa grandeur, dans sa splendeur, l’amyre du créateur lui-même; car enfin cet enfant dont Dieu vous a fait le père, et que
lii UV. II. LK l'KRK. 1 A Ml:Hi;, ET LA KAMILLE.
VOUS (levez élever, il est créé, lui aussi, à l’image de Dieu, et l'Éducation que vous lui donnerez n’a qu’un but, c’est d’achever en lui la ressemblance divine.
J'ajoute que, si l’on veut bien comprendre l’excellence et l’institution toute divine de la fagiille humaine, il faut nécessairement remonter à ces grandes origines de l'hu- ' manité.
Toutefois, l’œuvre de Dieu n’était point parfaite encore : la seconde moitié du genre humain lui manquait. L’humanité avait reçu de Dieu sa majesté et sa force : il lui manquait encore quelque chose de la grâce, de la délicatesse, de la sensibilité, de la douceur, que Dieu lui voulait donner.
L’homme, ce roi puissant de la nature, n’était sur la terre que comme un roi silencieux dans un désert : seul, sans entretien avec son semblable, sans un mutuel appui, sans espérance de postérité, et ne sachant à qui transmettre dans l’avenir, ni avec qui partager dans le présent, la gloire et les délices de ce vaste empire, ni même à qui confier autour de lui les sentiments de son cœur pour Dieu.
Dieu dit alors : Il n'est pas bon que l'homme soit seul (1) ; et cette parole, d’un sens si simple et si profond, devint la parole fondatrice de toute la société humaine : toutes les lois, toutes les institutions, tous les enseignements, toutes les vertus sociales en découlent.
Et ici encore, on le voit, le dessein du Créateur se soutient à la même hauteur, et tout est toujours fait à l’image et à la ressemblance de Dieu.
I) .Vo» <sf bnnum fftr hnmnian ^nlum. (<ioii., ii, 18
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CH. l«c LA FAMILLE.
Dieu lui-inéiue, si je puis m’exprimer ainsi, ii’esl pas seul dans la grandeur sans bornes de son éternité. Il est un, mais il n’est pas seul.
Dans la perfection substantielle de l’Ëtre unique et incomparable, se rencontre la perfection sociale d’une Trinité divine.
Très sunt qui teslimonium dant in cœlo (I). Il y en a trois qui se rendent perpétuellement dans le ciel un témoignage ineffable de vie, d’intelligence et d’amour, et ces trois sont inséparables dans l’unité parfaite et infinie. I.e Père, le Verbe et le Saint-Esprit, dans une société toute divine, se connaissent, se parlent, s’aiment éternellement.
Ici donc se présente à mes yeux un nouveau et beau dessein de Dieu, un merveilleux ouvrage de sa puissance et de sa bonté : j’ai à révéler l’origine de la seconde moitié du genre humain, les saintes destinées et la noblesse de la compagne de l’homme.
Et qu’on ne craigne point : c’est un sujet délicat, je le sais ; mais j’en parlerai avec le profond et religieux resl>ect qui est dans mon cœur, et aussi avec la simplicité chrétienne des anciens jours. Je ne dirai rien d’ailleurs que je ne trouve dans les saints livres. Ils nous ont tout dit en quelques lignes, d’une brièveté, d’une sainteté et d’une pudeur admirable.
Et premièrement, la compagne de l’homme est créée,' comme l’homme lui-méme, dans un profond et divin conseil : Il n’est pas bon que l'homme soit seul. Faisons4ui une compagne^ dit Dieu, faciamus (2) : le nouveau travail sera donc digne du premier : ce sera aussi une œuvre de
M) t JoA\., V, 7. î Cru., l, Ib.