‹ De l'educationChapitre 59 sur 188 · LE MARIAGE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE MARIAGE CHRÉTIEN

Telles furent donc les lois primitives du mariage, et aussi les premières lois de la société humaine.

Mais, on le sait : ces belles lois ne furent pas longtemps respectées. L’inviolabilité et la gloire de la plus bienfaisante institution du Créateur disparurent bientôt avec le bonheur et l'innocence de ces premiers jours, et la compagne de l'homme ne tarda pas à descendre avec l’homme lui-même de ses grandeurs.

Et ici se vit pour la première fois ce qui sera la triste et éternelle expérience des siècles ; tout s’abaisse et s’avilit dans la famille humaine, quand elle se sépare de Dieu, qui seul en fait la bénédiction et la noblesse; et cette société du père, de la mère, et des enfants, est tellement liée, que dillicilement l’un tombe sans entraîner les autres dans sa chute.

Toutefois, Dieu ne les abandonna pas, et, dans les plus mauvais jours , selon la belle parole des saints livres, ü ne se laissa point lui-même sans témoignage sur U. 9

15U LIV. II. LK l'LlUi, LA .MfeKE, LT LA l AMILLi;. la terre (I). Uni ne se souvient avec allendrissemcnl des joies pures, des consolations merveilleuses, dont le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob se plut à environner les chastes alliances des anciens patriarches? F,l aujourd’hui encore, on souhaite aux épouses chrétiennes d’être aimables comme Rachel, fidèles comme Sara, douces et sages comme Rehecca, courageuses et pures comme la femme forte du vieux Testament.

Mais à l’exception de ce petit peuple de Dieu, caché dans un coin de la terre, aux extrémités de l’Orient, et gardien fidèle des divines révélations, le paganisme couvrait tout de ses ténèbres, et dans cette nuit profonde on ne saurait dire en quels abaissements, en quelles ignominies se précipitèrent les alliances humaines ; sur ce point, les civilisations les plus brillantes furent les plus corrompues; et on sait en particulier jusqu’oi'i alla la dureté et la dépravation romaine.

Je l’ai dit au chapitre précédent, le mal était humainement irrémédiable. R y fallait un secours divin; mais ce secours ne manqua pas h l’humanité : Jé.sus-Chrisl parut, et renouvela bientôt la face du monde.

Grâces immortelles en soient rendues au Dieu de l’Évangile ! Le mariage a retrouvé tout d’un coup, sous sa main, et par la vertu de sa bénédiction puissante, la dignité, la grâce, et l’inviolabilité de l’institution primitive. On l’a dit et il est vrai : il n’y a rien de pur et de noble dans la nature, que la bénédiction du Rédempteur des hommes ne purifie et n’ennoblisse encore, rien de saint qu’il ne sanctifie, rien de grand qu’il n’élève ; et c’est un beau et touchant spectacle de le voir, à Cana, honorer d’abord de

(I) .VoH sine Iftlimonio srmeliptiiin rdiquit. (Art., 1 1, IG.)

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eu. 11. LK MARIAI. i; CHRtTŒN. 131

sa présence les noces innocentes de deux pauvres époux, ajouter par un miracle éclatant au bonheur de leur fête ; et bientôt après, élevant cette vénérable alliance à la dignité la plus haute, lui imprimer un nouveau et plus auguste caractère, et en faire un sacrement de la loi évangélique : Sacramentum hoc magnum est in Christo et in Ecclesià (1) , en un mot, consacrer à ce point la société conjugale, qu’elle devient une partie de la religion ; la protéger enfln contre l’impatience et le caprice des passions par la vigueur des lois les plus saintes, et sanctionner à jamais son unité, son indissolubilité , sa sainteté, tout à la fois par la menace des peines les plus sévères, et aussi par la promesse des plus glorieux privilèges.

Pour tout homme sérieux et attentif, c’était là une œuvre manifestement divine !

Aussi les Évangélistes, si sobres, si avares de détails en toutes choses, les ont ici multipliés, afin que nous comprissions bien toute la grandeur, toute la pureté de l’œuvre évangélique.

J’en ferai remarquer les deux traits principaux :

L’unité de l’alliance conjugale avait été tristement oubliée : l’ancienne loi elle-même avait fléchi : Ad duritiam cordis (2) : Jésus-Christ rappelle cette sainte unité ; et, après avoir de nouveau prononcé les paroles de l’antique institution : L’homme abandonnera son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse, adluerebit uxori suœ, le Fils de Dieu y ajoute une force nouvelle, et réprouve à jamais toute indigne simultanéité. Ils seront deux dans une chair (5), dit-il, et ils ne seront que deux ; et l’unité entre eux sera si iutime, si parfaite, qu’ils seront comme deux

(I) s. Pai Li, Ephes., V, 32. (2) Matth., xix, 8. (3) Ibid., xix, 5.

LIV, II. LK Pi:UE, LA MLliE, ET LA FAMILLE.

011 un, iliio in «mi ; ou plulôl, roproiul Jôsus-Clirist, ils uo soront plus doux, jam von sunt duo. .Non; ils ne l'eroul îihsolument qu’un, (-c n’est pas seulement leurs destinées. c'e.st leurs natures, qui se trouveront intimement unies et presque confondues, tant tout sera fait un entre eux : un seul cœur, une seule âme, un seul corps, une seule vie, jàm non duo, sed una caro.

Et quant à rindissolubilité, Jésus-Christ ajoute: Donc, ' ce que Dieu a si étroitement uni, que l'homme ne le sépare jamais : mais Dieu seul, par la mort, quand il lui plaira : Quod ergo Deus Qovjuiucil, komo non separet (I).

Et comme les disciples semblaient s’étonner de ces paroles, il leur déclara que telle avait été la loi primitive, ah initia fuit sic; et que si l’ancienne loi avait toléré qucl- (pics déviations à cet ép;ard, c’était uniquement à cause de la dureté des cœurs d’un peuple "rossier : Ad duriliam cordis.

Certes, il était difficile de promulguer la loi et sa raison souveraine avec plus de simplicité, d’énerfjie et de grandeur. Ainsi c’est Dieu qui les a unis. Dieu qui les a faits l’un pour l’autre et primitivement l’un de l’autre : Dieu qui les a faits pour lui-même, et les a, dans l’œuvre de la création, associés tous deux à sa puissance suprême! les si'parer, les désunir, c’est attenter à l’ouivre divine ellemême : c’est troubler le dessein tout entier du Créateur. Ix pouvoir de l’homme ne peut aller jusque là : Quod ergo Deus conjunxil, homo non separet (2).

Certes, il était difficile de poser plus profondément et d’élever plus haut la barrière qui devait être la sauvegarde des mœurs publiques, et le plus sûr rempart de

(I) Mattii., XIX, Cl. (2) IhiJ.

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eu. II. LE M.\K1.\0E UIItÊTIEN. 153

l’amilié conjugale. Il élail diflicile aussi de pruléger plus juiissamnicnl la source et l’Édiicatiou des généralious humaines, et cette mystérieuse société, dont l’unité et la stabilité font seules la force et l’honneur.

Il était diflicile enfin de flétrir plus énergiquement à l’avance les aveugles tentatives de ces hommes, qui ont essayé de renverser une des plus belles lois de l’Évangile, de déchirer le sein de la famille, et de déshonorer l’union conjugale, en introduisant dans la législation des peuples chrétiens le scandale du divorce, et en permettant à la corruption, au caprice, et ii l’humeur de briser à leur gré des nœuds que la main même de Dieu a formés, et qui ne sont honorables que parce qu’ils sont éternels.

Grâces en soient rendues encore une fois au Dieu de l’Évangile! Il n’a pas été donné aux sophismes des passions et aux elforts de l’impiété de prévaloir jusque-lâ : le bon sens chrétien ne l’a pas permis chez les Français.

Ft en IXi8, comme en 185!2, on l’a vainement tenté : les vrais hommes d’État, tous les législateurs dignes de ce nom, tous les grands jurisconsultes, ont résisté; et, ilégageant la question des bornes étroites où de vtilgaircs esprits, c’est le moins qu’on eu puisse dire, essayaient de la rétrécir, ils ont fait comprendre au pays que les considérations sociales les plus hautes, et le droit humain le plus fort, concluaient bon gré, mal gré, au dogme de l’indissolubilité proclamée par Jésus-Christ.

Et de fait, la loi évangélique n’est ici que le sceau divin imprimé sur une grande vérité morale et uaturelle, que les hommes, il est vrai, n’auraient pas eu la force de délinir, sans l’Évangile; mais dont ils comjirennent l’admirable sagesse, quand l’Évangile la leur révèle.

Tous les hommes d’un génie véritable, en rendant ici

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