‹ De l'educationChapitre 69 sur 188 · CH. IV. LA MËKE · texte numérisé non relu

CH. IV. LA MËKE

chose de si profond , de si divin ; il découle si sensiblement du cœur de Dieu même, et des entrailles de son infinie bonté, qu’on peut dire sans exagération que le cœur des mères est le plus bel ouvrage de ses mains : du moins, Dieu semble n’avoir pu trouver dans toute la nature, une plus douce, une plus vive image de son amour pour nous. Voyez, quand il veut attirer à lui les âmes égarées : Venez à moi, dit-il : comme une mère caresse et console son jeune et unique enfant : je vous consolerai, je l'ous porterai, je vous allaiterai dans mon sein, sur mes genoux, comme une mère (1).

Le Créateur a tant fait pour le cœur des mères , qu’il a craint, si j’ose le dire , qu’on ne s’y trompât : une sorte de jalousie s’est emparée de lui , et il a affirmé plusieurs fois qu’il était encore meilleur que la plus tendre mère. Et de là, l’expression suprême de sa tendresse, «t le dernier effort de son amour pour nous persuader :

J’aurai compassion de vous, pim qu’une mère (2).

Ou plutôt, l’amour des mères est tellement le dernier terme ici-bas de l’amour fini, qu’au-delà c’est le divin qui commence ; en sorte que quand Dieu nous veut faire entendre l’infinité de son amour envers nous, il ne nous l’explique pas autrement qu’en nôus disant qu’il nous aime plus qu’une mère.

Une mère peut-elle oublier son enfant , et n’avoir pas de pitié pour le fils qu’elle a porté dam ses entrailles? Non. Eh bien] quand même elle, votre mère, vom oublierait , moi, je ne vous oublierai jamais (3)!

(1) Quomodà li eut mater blandiatur... super consolabor vos... gaudebil cor vestrum genua, ad ubera porlabimini... lac tugelis. (ISAÎ, 66, 12, 13, U.)

(2) Miserebitur lui magis quàm mater! (Eccli., iv, U.)

,3' Numquid oblivisci polest mulier tnfantem suum, ut non mise-

170 LIV 11. I.r. PKRK. LA .MÈKE. Kï LA KAMILLK. .

^uaiid Jésus-Christ, avant de réprouver Jérusalem, voulut justifier cet oracle de sa colère, il s’écria : Jérusalem ! Jérusalem combien de fois n’ai-je pas voulu rassembler tes enfants sous mes ailes, comme la poule qui rassemble ses poussins... et lu ne l'as pas voulu (I)! J’ai été pour loi comme une mère, et tu m’as repoussé! Ayant dit cela, le Sauveur crut avoir tout dit.

C’était ce souvenir des paroles de Jésus-Christ qui inspirait à Fénelon, cette exclamation célèbre : 0 pasteurs d’Israël! élargissez vos entrailles! soyez pères; ce n’est pas assez : soyez mères !

Aussi, ce nom si vénérable et si tendre , c’est le seul qu’ait pris sur la terre l’immortelle Épouse du Fils de Dieu, et nous disons avec une pieuse confiance : Aotre 3/cre la sainte Eglise.

Et lorsque, dans un jour encore voisin de nous, et qui marquera parmi les plus mémorables journées de nos dernières assemblées parlementaires, un éloquent orateur s’écria lout-k-coup : L’Eglise, c’est plus qu’une femme, c’est une mère! le soudain saisissement qui s’empara de l’auditoire transporté, ne montra-t-il pas, avec une éclatante évidence, tout ce que ce nom sacré a de puissance pour émouvoir et fléchir les cœurs ?

Ajouterai-je enfin que l’amour des mères est le plus généreux , le plus désintéressé de tous les amours?

Pour moi, qui, en admirant cet amour, ai dû souvent lutter , dans l’œuvre de l’Education , contre ses aveuglements et ses faiblesses , je dois dire que son désintéres-

realurfUio uteri tui? et tt (lia oblila fueril , ego lamen non oblivûear fui. Usai, 49, ts.)

{l) Jérusalem! Jérusalem! quolies rotui rongregare fltios luos ; quemadmodum gallina coiigregal pullos suoi sub nias, etnoluifli! (Mattii., Î.", r>7.)

Page 1