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CHAPITRE V

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES DROITS ET LES DEVOIRS DE L’AUTORITÉ PATERNELLE ET MATERNELLE.

I.A PRF.HKCIIK éducation ; I.F.S PARKNTS IIOIVF.NT Y TRAVAILI.F.R F.ITC-MÉIIKS.

Ce n’est pas seulement pour donner la vie à leurs enfants que Dieu fait entrer un père et une mère en participation de sa puissance, de sa sagesse et de son amour : c’est aussi, c’est surtout pour élever la vie qu’ils leur ont donnée, et pour former en eux toutes les nobles facultés qui constituent la nature et la dignité humaine.

Il faut donc le poser ici en principe : le premier droit, le premier devoir d’un père, d’une mère, c’est d’élever selon Dieu l’enfant qu’ils ont reçu de lui.

C’est par là que l’Éducation physique, intellectuelle et morale est non-seulement l’œuvre humaine la plus haute qui se puisse faire, mais la continuation de l’œuvre divine, en ce qu’elle a de plus noble et de plus grand, qui est la création des âmes.

Dieu ne semble point avoir donné de part au père et à la mère dans la première création de cette âme; mais dans l’Éducation, qui en est comme une seconde création,

180 LIV. II. LE PftUE. LA MÈRE, ET LA FAMILLE.

Dieu leur réserve la pari la plus belle : il les fait les ministres visibles de sa Providence.

D’où l’on doit conclure que les parents sont les premiers maîtres, les instûuleurs ualurels, les vistùuleurs nécessaires et providentiels de leurs enfants.

Les parents ont, pour présider à l’Éducation de leurs enfants, une autorité semblable ù l’autorité de Dieu même, l’autorité de Vaniear, du créateur sur son ouvrage, c’està-dire, comme nous l’avons déjà fait remarquer, ce qu’il y a de plus haut dans l’autorité divine.

Ceux que je nommerai les imliluteurs secondaires, les instituteurs délégués de la jeunesse, ceux-là même que la vocation la plus généreuse et un choix honorable dévouent à l’œuvre de l’Éducation, n’y ont aucun droit naturel : ils ne peuvent être associés à l’autorité, à la sollicitude paternelle et maternelle que par le père et la mère.

Ils n’ont et ils ne peuvent évidemment avoir qu’une autorité transmise et empruntée : empruntée de ceux à qui elle appartient naturellement par un droit primitif, et transmise aussi par eux. Et de là vient que nulle puissance humaine ne peut imposer un instituteur à un enfant malgré son père et sa mère. Il, y aurait dans cette contrainte quelque chose qui blesserait la nature.

Ces grands principes, j’aimais à les redire nettement aux enfants même que j’élevais : « C’est de vos parents et de « Dieu que j’ai reçu le droit d’élever votre enfance, leur c disais-je ; mais ce droit, vos parents l’ont reçu immé- « diatemenl de Dieu et de Dieu seul.

« Notre autorité sur vous est passagère ; bientôt nous « n’en aurons plus d’autre que celle de notre affection et « de votre reconnaissance : l’autorité de vos parents est « inaliénable. Nous pouvons cesser de nous dévouer a

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CH. V. AUTORITÉ PATERNUl.I.t; ET MATERNELLE. 181

« voire Educalion : euxjusqu’b leurs derniers jours, vous « doivent leurs levons, et jusqu’à la fin aussi vous devrez « les écouter avec respect.

« En un mot, ici-niéine, dans tout le cours de voire « Éducation, vos première mailres sont vos parents, et, « si vous êtes dociles à nos enseignements, vos parents « demeureront toute votre vie vos instituteurs les plus « vénérés et les plus chers. »

J’ai toujours été si pénétré de ces principes , que je crus devoir un jour éloigner du petit séminaire de Paris un jeune homme que j’aimais, et qui m’avait toujours aimé et respecté; mais qui, dans une même année, avait manqué deux fois, et gravement, de respect à sa mère. N’ayant pu le corriger, je ne me sentis pas le droit de continuer son Éducation.

Un père et une mère sont donc les premiers et immédiats coopéraleurs de Dieu dans l’Éducation de leurs enfants. C’est avec Dieu qu’ils s’emploient de concert à cette grande tâche; avec Dieu, qui leur laisse d’ailleurs toute la douceur et toute la gloire du travail : il fait plus qu’eux; il fait presque tout; mais il se cache. Il veut (jue leurs enfants leur doivent non-seulement la vie, la santé, les biens de la fortune, mais encore la vertu, la sagesse, la science même de la vie et la piété.

Car voilà les saintes richesses qu’un père et une mère . donnent à leurs fils et à leurs filles ; voilà la haute et belle œuvre que les parents sont chargés d’accomplir en ces jeunes âmes, dans les diverses phases de leur Éducation, depuis leur naissance jusqu’à leur entrée dans le monde, et jusqu’à leur parfait aflermissemenl dans la vertu; mais particulièrement pendant ces premières années, où il est ordinairement nécessaire cl toujours si

183 LIV. II. LK PÈRE, LA MERE, ET LA FAMILLE, convenable que des enfants croissent, et s’élèvent sons les yeux de leur père et de leur mère.

C’est donc un grand jour, dans la vie de deux époux vertueux, que celui où, par la puissante bénédiction de Dieu, ces deux êtres, qui n’étaient, il y a quelques moments, qu’on me permette ce langage, qu’un homme et une femme vulgaires, deviennent un père et une mère !

En ce jour, ils reçoivent leur auguste mission du ciel même, et prennent charge d’âmes.

Mais s’ils fléchissent sous le poids des devoirs que ces grands noms leur imposent ; si la vie mondaine, si le plaisir, si la frivolité de leurs goûts et de leurs pensées, si la légèreté de leur caractère, si des causes plus déplorables encore les empêchent d’occuper dans l'Éducation de leurs enfants la place qui leur convient essentiellement, alors il se rencontre là une déchéance morale, un abaissement des plus grandes choses, dont on ne saurait trop déplorer le désordre et le malheur.

J’ai dit assez haut ce que je pense des droits de l’autorité paternelle et maternelle, pour être autorisé à parler de ses devoirs. J’en parlerai donc avec netteté, avec franchise; et sans tout dire, car le sujet est immense, j’indiquerai du moins ce qui est ici principal.

Le premier devoir d’un père et d’une mère, c’est d’étudier la grandeur même de leurs droits et de leurs obligations, et d’y réfléchir sérieusement devant Dieu.

Leur second devoir, c’est de travailler par eux-mêmes à l’Éducation de leurs enfants, surtout à l’Éducation première, et de ne («s les éloigner trop tôt de la maison paternelle.

CH. V. AC JÜlUTÉ l'ATEUNELU'; El MAi'KRNELLE. Ib3

Le troisième, c’est, quand l’heure de l’Éducation publique est venue, de coopérer toujours eux-mcines et avec soin h cette Éducation.

Enfin, après l’Éducation classique achevée, le quatrième devoir des parents, c’est de présider à cette grande et dernière Éducation de la jeunesse, qui couronne et achève toutes les Éducations précédentes, et fait l’entrée dans la vie : devoir le plus sérieux peut-être et le plus difficile de tous, dans lequel les parents ne peuvent être suppléés par personne.

Il va sans dire que je ne jiarle point ici des leçons de détail, et en particulier des bons exemples, des bous conseils que les parents doivent constamment à leurs enfants. J’en ai parlé déjà, j’en parlerai encore, mais ailleurs. En ce moment, je ne fais qu’indiquer les grands principes et les grandes pratiques.

Et d’abord, n’cst-il pas manifeste que si Dieu a voulu associer le père et la mère à sa providence suprême, dans l’œuvre de la création; s’il a daigné les élever à l’autorité la plus haute, pour travailler de concert avec lui à une œuvre plus excellente encore, qui est l’Éducation des âmes, u’est-il pas manifeste qu’honorés par Dieu lui-méme d’une telle dignité, ils doivent avoir les première l’intelligence des droits qu’elle leur donne et des devoirs qu’elle leur impose; l’intelligence des profonds desseins de Dieu sur ces jeunes et nobles créatures? Autrement ils travailleraient 'a cette œuvre en aveugles.

Mais, ils me permettront de le leur dire : pour comprendre de t('lles choses, de tels devoirs, dans toute leur

184 LIV. II. LK PÈltE, LA MERE, ET LA FAMILLE, étendue, dans leur sainte élévation et dans leur profondeur, la science superficielle du monde ne sulTit point ; la joie d’être père, le bonheur d’être mère ne suflisent même pas davantage. Il faut une élude sérieuse, des réflexions attentives et toutes les lumières élevées, qui ne se trouvent bien que dans la paix d’une vie intérieure, recueillie loin de la dissipation mondaine.

La première pensée qui doit saisir et fixer l’attention d’un père et d’une mère, dès la naissance de leur fils, c’est la pensée de son Éducation : c’est la perspective du grand devoir, qui naît pour eux, de travailler tout d’abord 'a élever cet enfant, et à former son esprit et son cœur.

Je dis tout d’abord; car le jour même où un enfant ouvre ses prèmiers regards à la vie et fait entendre ses premiers cris, son Éducation commence.

L’œuvre de l’Éducation commence même plus tôt pour une mère.

.\vec quel respect religieux une femme chrétienne porte en son sein, comme dans un sanctuaire béni de Dieu, la grâce qu’elle a reçue de lui ! avec quelle mystérieuse confiance en la bonté divine, avec (]uelle ineffable sollicitude elle |)ense à celle jeune âme qui touche de si près à la sienne, et à ce faible corps qui ne fait qu’un encore avec elle-même ! Quel amour et quels pieux ménagements pour cette nouvelle et seconde vie qu’elle sent en elle ! quelle gravité sainte, quelle délicatesse, quelle réserve, quelle sagesse, quel calme de toutes les passions, afin que la vie de cet enfant se forme sans secousse violente dans la profonde paix d’une âme tranquille, afin qu’un sang doux et pur circule dans ses veines, et qu’il soit ainsi prédisposé autant que possible â des mœurs paisibles et vertuens(*s !

CH. V. AllTORITli l'ATCRNKI.LE ET MATERNELLE. l8o

Fénelon était bien dans ces pensées, lorst]u’il disait que les enfants mal traités dans leur plus jeune âge, et cela se peut dire aussi du temps qui précède la naissance, deviennent ardents et inquiets pour toute leur vie; leur saufj se brûle; le corps encore tendre, et l’âme qui n'a encore aucune pente vers aucun objet, se plient vers le mal : il se fait en eux une espèce de second péché originel, qui est la source de mille désordres, quand ils sont grands

Aussi, combien de fois ne l’ai-je pas dit â des mères chrétiennes, dignes d’entendre ce langage ! « Puisque la grande bénédiction divine est en vous, dans ce profond mystère de la maternité reçue de Dieu même, voyez et sentez la dignité de votre vocation, et la grandeur même de votre puissance. Qu’il n’y ait désormais, dans vos pensées et vos sentiments, rien que de noble et de pur. Vous n’éles plus seule, vous êtes deux. Quand vous priez, quand vous communiez, priez, communiez pour l’enfant que Dieu vous a donné : cherchez ainsi â lui procurer déjà quelque chose de la nourriture céleste. En recevant Jésns-Christ dans la Sainte Eucharistie, demandez-lui d’inspirer à ce jeune cœur qui est si près du vôtre et du sien, les germes de la foi, de la grâce et des vertus d’en haut; invoquez souvent Marie, afin que votre enfant sente, par elle, la présence de Jésus, comme autrefois Jean-Baptiste. Priez le divin Rédempteur de le baptiser, pour ainsi dire, à l’avance dans son infinie bonté, de le préparer du moins, de le conserver par sa providence pour le saint baptême, et de le bénir déjà comme il bénissait autrefois les petits enfants entre les bras de leurs mères! »

Si ces neuf mois ont de grandes fatigues, ah ! qu’ils peuvent avoir aussi de grandes douceurs pour les mères selon le cœur de Dieu !

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«86 LIV. II. LE l'ÈKE, LA MÈKE, ET LA I AMILLE.

Et puis, lorsque cet enfant vient au monde, lorsque, selon la grande expression de l’Evangile, iiattis est homo in mmdum; au milieu des joies maternelles et paternelles, c’est alors que de nouvelles et graves pensées se pressent dans l’esprit, dans le cœur d’un père et d’une mère!

« Que deviendra cet enfant? Quis puer iste erit ? Le « voilii tombé nu dans nos mains! mais c’est une âme « immortelle! quel sera son avenir? nous l’ignorous; « mais ce qui est sûr, c’est que les soins que nous pren- « drons de sou Éducation, décideront cet avenir et sa vie « tout entière !

« Ce que nous savons, c’est que nous sommes cliar- « gés de l’élever, chargés de former son âme!

« Rien, dans une œuvre pareille, ne jieut être aban- « donné au caprice, â l’aventure, et tout désormais dans « notre vie doit y être employé, sacrifié au besoin. Il fout « que nous y réfléchissions chaque jour, il faut nous eu « occuper dès cette heure. »

Non : je ne sais rien de plus solennel que de telles pensées et une telle heure dans la vie d’un père et d’une mère!

Voilà donc leur premier devoir ; telle doit être leur première étude, et il faut qu’ils s’y appliquent tout d’abord, sans perdre un moment; car l’Éducation est un grand art, une science profonde et diflicile; mais précisément à cause des grandes dillicultés qui s’y rencontrent, et des années qui passent si vite, il n’y a jamais de temps à perdre. C’est d'ailleurs la science nécessaire de leur état, le devoir impérieux de leur vocation : l’ignorer, serait pour eux le plus grand des malheui's, un malheur tout à la fois irréparable et inexcusable ; car rien n’excuse, lorsqu’on ignore ce qu’on pouvait et ce qu’on devait savoir.

Remarquons toutefois que l’eflicacité, la puissance des

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CH. V. AUTOUITt: PATERNELLE ET MATERNELLE. 187

leçons d’un père, d’une mère, est très-indépendante de ce qui se nomme la science et les lettres humaines : ils ont ici un droit et une action d’un ordre bien supérieur.

Ce n’est pas que j’entende leur interdire, pas plus que leur imposer l’enseignement des choses moins hautes de l’Éducation, et les détails de l’instruction scolaire : je dois seulement faire remarquer que cet enseignement ne leur appartient pas essentiellement, et qu’ils ne sont pas sur ce point les instituteurs nécessaires. Il est en effet manifeste qu’ils n’ont pas toujours reçu de la Providence la mission de dispenser eux-mémes à leurs enfants les instructions scientifiques ou littéraires, dont une tendresse éclairée peut se plaire à enrichir leur jeune âge, à orner leur vie : mais, ce qui est d’un prix incomparable, ils ont par instinct et par expérience le grand savoir de l'Éducation, c’est-â-dire la science de tout ce qui rend une vie honnête, réglée, vertueuse; et voilà surtout ce qu’ils doivent aiseigner à leurs fils, à leurs filles.

L’usage de la vie et les progrès de l’âge, naturels et immenses avantages que possèdent toujours un père et une mère sur l’enfant qu’ils ont reçu de Dieu, leur ont providentiellement appris beaucoup de choses que l’enfant ne soupçonne même pas, et que ne sait jamais bien la jeunesse.

Jusque dans les derniers temps de cet âge vénérable où les forces semblent défaillir, on apprend d’un père et d’une mère les véritables maximes de la sagesse, et leurs paroles renferment encore un sens qu’on ne trouve jamais dans les discours des jeunes gens les mieux instruits. Et cela se conçoit : ils ont la sagesse du temps, et la sagesse du temps c’est presque toujours la sagesse de Dieu.

Aussi voit-on renfanc** rendre un hommage instinctif à

LIV. 11. LK l’fcHK, L.A MÈIIE, ET LA EAMILLE. ce principe, loi-squ’elle s’adresse iiaturelleinenl 'a uii jrère, k une mère, pour apprendre si une chose est pernoise, bonne, utile, honorable; si une autre est défendue, mauvaise ou dangereuse.

C’est là le secret de tant de questions que l’enfant • fait comme d’instinct aux auteurs de ses jours et qu’il adresse rarement à d’autres qu’à eux.

Mais ici ma pensée peut s’élever plus haut encore, et je sens mes regards attirés vers les plus pures révélations de la raison éclairée par la foi.

Les noms de père et de mère sont les premiers qu’un enfant prononce : ces noms sacrés et mystérieux sont la première notion qu’il acquiert, les premiers mots qu’il redit avec intelligence, avec amour, avec conûance. Car, quand il nomme son père, quand il l’invoque, pourquoi le fait-il? Parce qu’il a l’intelligence de cette puissance paternelle, si secourable à ses besoins, et qui l’élève après l’avoir créé.

Quand il nomme sa mère, quand il tourne vers elle ses regards et son cœur, il a l’intelligence de cet amour, dont nul ne sait mieux que lui la tendresse. Que dis-je? à le voir interroger, solliciter sa mère, on croirait qu’il a déjà le secret de cette abnégation maternelle, qui se compte elle-même pour rien, et son enfant pour tout : il semble comprendre que dans le cœur d’une mère tout est admirable, jusqu’à ses faiblesses.

Il a donc l’intelligence, ou, si on l’aime mieux, le sentiment de la science de son père, de la sollicitude de su mère, de la sagesse et de l’expérience de tous deux.

Kt de là, je le réjiète, tant de prières, tant de questions

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CH. y. LA PREMIÈRE ÉDUCATION, qu’il leur lait, et dont les parents s’étonnent quelquefois eux-mêmes, parce qu’ils n’ont pas toujours aussi vive et aussi présente l’intelligence de leurs droits et de leurs devoirs. Dans l’enfant, c’est un instinct providentiel : il sollicite lui-même l’Éducation que Dieu veut qu’on lui donne.

Et qu’on ne-s’j trompe pas : tout cela n’est pas de médiocre importance. Ces questions innombrables, et les réponses qu’elles appellent , sont le grand apprentissage de la vie, la science des choses elles-mêmes. Cette Éducation des premières années, c’est rinstitution de l’humanité dans ses prérogatives les plus hautes; c’est l’enseignement de la pensée et du langage.

Dès lors,*rhomme s’élève, l’avenir se prépare; et voilà pourquoi j’insiste sur ces détails. Je ne sais rien de plus sérieux et de plus grand à méditer. Oui, dans l’enfant, on peut entrevoir déjà, et on doit travailler à former l’homme et sa vie tout entière.

C’est pour ce motif que, sauf les exceptions indispensables, je ne veux pas que celte première Éducation se fasse loin des regards d’un père et d’une mère : elle est pour eux un droit et un devoir presque incommunicables : ils doivent personnellement s’en occuper, y veiller sérieusement eux-mêmes le plus qu’ils pourront, et imposer enfin une loi de sagesse et de circonspection à tous ceux qui s’approchent de leur enfant, et ont à lui donner des leçons et des exemples.

Telle doit être celte Éducation paternelle et maternelle ; où se forment primitivement la pensée, la raison et la parole, la volonté et le caractère, le cœur et la conscience; où se préparent tous les éléments les plus riches de la vie intellectuelle et morale.

Mais qu’on veuille bien remarquer de plus près encore

100 LIV. II. LK PEKE. LA MEnE, ET LA FAMILLE, loul ce qu’il y a de merveilleux, je dirais presque de divin, dans ces premiers enseignements.

Les simples et premières notions que l’enfant reçoit, en connaissant son père et sa mère, aident d’abord k développer en lui l’idée de la nature divine elle-même, avec celles de la puissance, de la sagesse, et de l’amour, et lui découvrent par conséquent toutes les vérités naturelles et religieuses les plus élevées.

En même temps qu’il éprouve et qu’il sent ses besoins et ses faiblesses, et que son père et sa mère viennent à son aide, toutes les idées de l’économie et de la Providence divine daus le gouvernement du monde, lui sont révélées : la pensée d’une assistance supérieure et du secours d’en haut, le sentiment de l’autorité et de la dépendance, l’inspiration du respect, de l’affection et de la reconnaissance, c’est-k-dire, toutes les vertus, tous les principes sur lesquels repose la société humaine : tous les droits, tous les devoirs, toutes les idées généreuses, tous les nobles sentiments se découvrent k lui au foyer de la famille, auprès d’un père et d’une mère, sous l’image, sous les traits de l’autorité paternelle et maternelle.

Je vais plus loin : je trouve là les premières inspirations, l’image vive, l’idée profonde de ce que devra être pour lui la Religion elle-même, c’est-a-dire la société de l’bomme avec Dieu, la société divine.

En effet, tous les devoirs qu’il a k remplir envers son j)ère et sa mère, il ne les remplit que parce qu’ils sont auprès de lui les représentants de Dieu : sans toujours s’en rendre compte, il ne les invoque, il ne les respecte qu’k ce titre. Leur vraie puissance sur lui, ce n’est pas la force physique, c’e.st la puissance morale, c’est la puissance de Dieu même sur râme, sur la conscience.

CH. V. LA PREMIÈRE ÊDUCAl ION. 191

Ce droit divin, dont ses parents sont les premiers dépositaires, c’est ce que l’enfant comprend avant tout, en ce monde. Dieu y a tout disposé : plus anciens que lui dans la vie, ses parents ont à ses yeux quelque chose de la majesté de l’Ancien des jours ; ils lui st'mblent participer h l’étemilé et à la grandeur de Dieu.

Ils participent aussi h sa bonté; et de là vient qu’il les prie, qu’il les invoque; demander leur secours est le premier de ses besoins. Il les remercie de leurs bienfaits; la reconnaissance est le plus doux de ses devoirs. Il implore aussi leur pardon, quand il a fait mal; c’est le cri de son cœur, comme obéir à leur volonté, c’est la loi de sa vie.

Enfln il les respecte, il les vénère, et il va quelquefois jusqu’à dire qu’il les adore.

La famille est tellement le sanctuaire de Dieu sur la terre, tous les sentiments qu’elle inspire à un père, à une mère pour un enfant, à un enfant pour son père, pour sa mère, sont tellement religieux, viennent si bien de Dieu et s’y rapportent si naturellement, que quand ses parents voudront élever son âme jusqu’à Dieu même par la religion, il leur suffira de lui dire : « Mon fils, adore, invoque, aime « le Seigneur ! nous ne sommes que son image. C’est lui « qui nous a faits tout ce que nous sommes pour toi ; c’est « de lui que nous avons reçu tout ce que tu reçois de « nous. Tu ne le connais pas encore; il habite le ciel; « mais c’est un père, et il est meilleur que le tien, qui est « si bon, lui dit sa mère; et il t’aime plus même que ta R bonne mère, ajoute son père. Nous lui devons tous la R vie. 11 est notre père comme il est le tien. Tous les de- R voirs que tu remplis envers nous, tu dois les remplir R envers lui, mais bien mieux encore. Tu nous respec- R tes : tu dois l’adorer; car sa grandeur est infinie: tu

192 LIV. il. Li; l'ÈHK, I.A MfillE. ET LA FAMILLE.

« nous roinercies ; mais c’est lui que tu dois surtout bénir,

« car sou amour pour toi est sans bornes. Tu t’adresses « à nous dans tes besoins ; mais c’est lui surtout que tu « dois prier avec ferveur ; car il est tout-puissant, et il se « nomme le bon Dieu.

« Enfin tu nous demandes le pardon de tes fautes : c’est « de lui surtout que tu dois l’implorer; car il te les par- « donnera, si tu te repens, avec plus de bonté que ta « mère elle-même. Ta mère ne t’oubliera jamais; mais si n elle pouvait t’oublier un jour, lui, ton père qui est dans « le ciel, ne t’oublierait pas! »

Quelle sainte autorité de telles paroles ne trouventelles pas alors dans la bouche d’un père; et sur les lèvres d’une mère, quelle douce et ineffable |iersuasion, pour mettre dans l’âme d’un enfant, avec des impressions ineffaçables, la piété envers Dieu et l’amour de la vertu !

Mais iMMir cela, il faut que les parents aiment religieusement leur enfant pour Dieu, et que ce pur et généreux amour soit dans leur cœur la vive inspiration de leurs sentiments et de leurs pensées : alors l’Education se fait admirablement, et s’élève quelquefois jusqu’à l’héroïsme.

On sait jusqu’où allait le droit de la puissance paternelle chez les Romains, et quels furent ses excès. Le père pouvait mettre à mort son fds, l’exposer, le vendre jusqu’à trois fois, l’enchaîner et le faire travailler avec ses esclaves.

Dans la religion chrétienne, ce droit de vie et de mort s’est souvent aussi admirablement exercé, non avec le glaive, mais avec la foi, dans la profonde disposition du cœür, par un porc, par une mère dignes d’élever leurs enfants jusqu’à Dieu. La mère de saint Louis disait à son fils: '

eu. V. I.A PltEMIKKE Él»l CATION'. I',r.

Cher fils, je vous aime tendrement, mais j’aimerais mieux vous voir mort, que vous voir commettre un seul péché mortel envers Dieu. Grande parole ! expression sublime du plus généreux el du plus inlelligent amour! mais celte parole, quel en est le sens el qu’y a-l-il là, sinon l’immolation héroïque d’un fils chéri dans le camr d’une mère forte, plus attentive à la vie immortelle de l’âme qu’à celle d’un corps périssable, et prêle à perdre, s’il le fallait, le fruit de ses entrailles, pour conserver l’enfant de Dieu?

La mère des Macbabées disait aussi à ses enfants : « Le « Créateur du monde, qui vous a formés dans mon sein, n et qui a donné l’origine à toutes choses, vous rendra « la vie par sa miséricorde, en récompense de ce que « vous méprisez maintenant vous-mêmes votre vie pour « obéir à sa loi. »

Et parlant au pins jeune de ses fds, elle ajoutait : « .Mon « fils, ayez pitié de moi, qui vous ai porté neuf mois dans « mon sein, qui vous ai nourri de mon lait pendant trois « ans, et qui vous ai élevé jusqu’à l’âge où vous êtes. Je « vous conjure, mon fils, de regarder le ciel et la terre, el «t toutes les choses qui y sont renfermées, et de bien com- « prendre que Dieu les a créées de rien, aussi bien que « tous les hommes. Ainsi, vous ne craindrez point le bour- « reau; mais vous rendant digne d’avoir part aux souf- « frances de vos frères, vous recevrez de bon cœur la « mort, afin que je vous revoie de nouveau avec vos « frères, dans cette miséricorde que nous attendons (1). »

(I) lUundi Creator, qui fonnavit liominis nalivitalcm. quique omnium invenit originem, et spirilum vobis, ilcrum cum mUericordia reddel el vilam, sicut nunr rnsmelipsos drspicilis propter hyes rjus.

Fili mi, miserere mci, qme te in utero noeem mensihus porlari, el lae Iriennio dedi cl alui, el in trlalem islam perduri. Peln, nale,

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