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J98 LIV. II. LE PÉKE, LA MÈRE, ET LA FAMILLE

licitude paternelle et maternelle, quel trouble dans ces jeunes âmes, et quel vide dans retle maison !

Le monde, le tumulte des divertissements et des fêtes, la troupe des plaisirs, la foule empressée, l’agitation des pas joyeux, remplacent mal, pour un père et pour une mère, les enfants absents; leurs jeux, leurs voix, leurs cris innocents, leurs caresses manquent bien là, ne fût-ce que le matin et le soir; et pour moi, ô parents légers, plus je vois dans vos maisons la foule et les bruits de la dissipation mondaine, plus je me sens porté à redire ; Quel vide, quel désert dans cette demeure! quelle tristesse, quel silence des esprits cl des cœurs !

« Où est votre frère? qu’est-il devenu? » c’est la grave et terrible question que le Seigneur adressait jadis à un homme dont je ne veux pas rappeler le nom maudit. Dieu ne pourrait-il pas adresser à bien des parents frivoles une semblable question et plus terrible encore : « Où sont vos enfants? que deviennent-ils, pendant que vous dansez? » 'Qui oserait répondre ; « Suis-je donc le gardien de mes enfants? » — Mais si vous l’êtes, pourquoi ne les gardezvous pas, surtout dans ce jeune âge pù nul ne j>eul vous remplacer auprès d’eux?

Sans doute, renfaiil absent, il peut y avoir encore là un père et une mère; mais la famille n’y est plus. Et quel malheur n’est-ce |>as pour tous, (jue la défaillance ou le brisement de tels liens! quel malheur pour les parents! quel malheur aussi pour l’enfant ! Ce qu’il y a de plus doux et de plus sacré dans un intérieur a disparu.

Qui n’a souvent déploré le sort des enfants trouvés? La charité seule les recueille et les élève : il n’y a ici-bas ni famille pour renfant, ni famille pour le père et la mère : mais, chose admirable, la Ileligion donne b ces pauvres en-

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CH. V. LA PREMIÈRE EUCCAllON. 109

fants une famille surnaturelle. La Sœur de Saint-Vincentde-Paul, devenue mère sans cesser d’être vierge, les réchaulTe contre son cœur : plus tard, les bons Frères de la doctrine chrétienne, quelques prêtres zélés leur prodiguent leurs soins. La Religion envoie vers eux ces êtres inconnus, ces mystérieux amis, que la charité transfigure à leurs yeux, et auxquels ils disent avec une confiance indéOnissable : Mon père, ma mère, mon frère, ma sœur.

Les enfants riches n’ont pas toujours le même bonheur. Après avoir sucé, comme l’enfant trouvé, le lait d’une femme étrangère, ils sont souvent abandonnés chez Icui-s parents, des domestiques qui les dépravent. Hélas! combien de fois n’ai-je pas eu a le déplorer, et même dans des familles chrétiennes ! Ah ! si les parents savaient tout, ou si je pouvais leur dire tout ce que je sais!...

Ou bien ces malheureux enfants sont éloignés avant le temps de la maison paternelle, et ne trouvent souvent, pour remplacer un père, une mère, que des indilTérents ou des mercenaires, des regards durs, des cœurs de glace et des mains de fer.

Je ne connais guère de plus grande tristesse, et je l’avouerai même : il m’est arrivé plus d’une fois, dans ma vie, d’éprouver involontairement une étrange amertume, lorsque je retournais dans des maisons, dans des familles chrétiennes dont les parents m’avaient confié leurs enfants : oui, quoique ces chers enfants fussent chez moi, et reçussent mes soins les plus dévoués, s’ils avaient été éloignés du toit paternel plus tôt (pi’il ne convenait, en entrant dans la maison déserte, où ils eussent dû être encore, je regrettais de ne plus les y voir, surtout s’il ne restait là ni jeunes frères, ni jeunes sœurs : la solitude (Te

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