DROITS ET DEVOIRS DE L’AITORITÉ PATERNELLE ET MATERNELLE
I /LDeCATin^ StCONDAlRE ET Pl'Bl.lQDE : LES PARE.STS DOIVEXT TOl'JOljn.S Y PKÉS1DI-:U.
Un homme qui s’est beaucoup occupé d’Éducation, et dont je respecte assurément les lumières et la ferme conscience, effrayé de toutes les faiblesses, de toutes les aberrations de l’autorité paternelle, a écrit qu’un père semblait avoir une inaptitude morale pour élever ses enfants.
Sans doute cette inaptitude peut se rencontrer en quel- (jiies cas particuliers ; mais elle n’est certes pas dans la nature.
C’est précisément l’aptitude morale qu’un père et une mère ont reçue de Dieu pour l’ÉduCcTlion de leurs enfants : ils l’exercent merveilleusement, et je dirai même qu’ils en sent presque seuls capables, dans rÙducation première,
CH. VI. L’ÉDI CATION SECONDAIUK SOI
nous venons de le voir, et aussi dans la dernière : je le montrerai bientôt.
J’ajoute ici que dans la seconde Éducation, dans celle même qui se l'ait ordinairement hors de la maison paternelle, ils doivent conserver de leur autorité l’exercice le plus ferme, le plus élevé, le plus persévérant. En un mot, représentants naturels de Dieu, l’Éducation ne doit jamais se faire sans leur concours; ils doivent y conserver to'ujours une action supérieure ; c’est leur droit imprescriptible ; nul ne peut les en dépouiller : c’est leur inviolable devoir ; rien ne les en dispensera jamais. La meilleure Éducation sera toujours profondément défectueuse pai‘ quelque endroit, si elle se fait sans la légitime et nécessaire influence des parents. C’est ce que l’expérience m’a souvent révélé.
Je le sais et je l’ai dit : s’ils ont une famille nombreuse, si le père doit travailler pour la faire vivre, ou s’il remplit de grandes fonctions publiques; s’ils ignorent les sciences, les arts, les lettres; ou si, comme il arrive presque toujours, ils ne les savent plus assez pour les enseigner, il est évident qu’ils ne peuvent alors être les professeurs de leurs enfants, et ils doivent s’associer, pour la grande œuvre qui leur est imposée, des hommes dignes de leur connance.
Mais, quelle que soit la condition d’un père, quels que soient ses devoirs envers la société, le premier de tous ses devoirs, et sa fonction la plus importante, sera de veiller toujours à une Éducation, do)U raulorité repose essenliellemcnt sur lui. En un mot, le père ne doit jamais être effacé ou absorbé par le magistrat, par l’homme public.
Ce serait en eflet une étrange erreur, de croire qu’il suflit aux parents d’avoir employé tous leurs soins, et fait
j02 LIV. II. LE HERE, LA MERE, ET LA FAMILLE, même les plus grands sacrifices pour le choix des instituteurs qu’ils veulent associer à leur tâche : il ne leur suffît même pas d’avoir choisi la maison la plus digne de leur conflance pour l’Éducation de leurs enfants : ils ne doivent jamais cesser de s’en occuper : il faut qu’ils voient fréquemment et leurs enfants et leurs maîtres : il faut qu’ils donnent à ceu.v-ci tous les renseignements possibles sur le caractère, l’intelligence, les inclinations, les défauts, les qualités de ces enfants : il faut qu’ils s’informent constamment de leur conduite, de leur bon ou mauvais esprit, de leurs efforts, de leurs succès, de leurs fautes : il faut qu’ils prennent, avec le supérieur d’une maison, des mesures effîcaces, pour corriger le mal, encourager le bien : il faut enfin qu'ils appuient son action de toute leur autorité, et qu’ils agissent en tout de concert avec lui, pour les châtiments ou les récompenses, pour les louanges ou les reproches nécessaires.
En un mot, c’est un zèle, c’est une sollicitude, c’est une coopération, et comme une présidence constante que je demande d’eux.
Je demande beaucoup peut-être ; mais je ne demande pas trop. Voici ce que Plutarque disait : n Je ne puis « m’empêcher de blâmer ces parents qui , après avoir « confié leurs enfants à des instituteurs, croient que tout « est fait pour eux, et ne s’en occupent plus. Ils manquent « par là à un devoir essentiel. Ne devraient-ils pas juger « par eux-mêmes des progrès de leui's enfants, assister « quelquefois aux leçons qu’on leur donne, et ne pas s’en « reposer entièrement sur des hommes souvent conduits « par un esprit mercenaire? Les instituteurs seraient plus « vigilants et plus attentifs , s’ils avaient, de temps en « temps, avec un père, avec une mère des relations, dont