UV. II. LE HERE, LA MÈRE, ET LA FAMILLE
4° Je voudrais encore qu’ils demandassent à voir les cahiers d'honneur de la classe, lorsque leurs enfants ont été jugi's digues d'y inscrire quelque bon devoir, et leur en fissent un compliineiU affectueux. Sans doute je ne voudrais pas que des parents vinssent assister à la classe : ce serait une distraction pour tout le inonde et une perte de temps; mais je voudrais iju'ils vinssent assister aux examens publics, tous les trois mois ; et particulièrement h re.vamen de leur (ils, et qu’ils fussent ainsi témoins de ses succès ou de ses revers, de la gloire de son travail ou des ignominies publiques de sa paresse.
Et de celte façon, ils verraient aussi de près le zèle des maîtres, leur mérite ou leur incapacité, la marche générale des éludes dans toute une maison, l’ordre, la discipline, l’esprit publie et tout ce qui fait une Education supérieure ou médiocre, faible ou forte, bonne ou mauvaise.
1/époque des e.xamens est d’ailleurs celle où les parents reçoivent les bulletins trimestriels ; et par conséquent, c’est un des moments les plus solennels de l’année; le moment des grandes exhortations, des grands encouragements ou des grands reproches.
Non : il ne faut passe débarrasser de l’enfant par l’Éducation publique; il faut au contraire s’associer intimement, constamment ’a cette grande action de l’Éducation publique, et alors on obtient des résultats admirables, non-seulement pour les études, mais aussi pour la piété ; et sur ce point, je demanderai encore davantage aux parents.
b" Au livre premier de ce volume, j’ai montré que les maîtres avaient à remplir le grand devoir de la prière; à plus forte raison, un père et une mère!
Oui : ils doivent prier Dieu pour leurs enfants, tous les jours, et le plus souvent ensemble;
cil. VI. LÉÜUCATIO:< SECONDAIRE. 507
Ils doivent prier pour les maîtres chargés de l’Éducation de ces enfants, et associés aux sollicitudes de leur autorité;
Ils doivent prier et faire prier. J’étonne peut-être ici plus d’un père, et peut-être même plus d’une mère ; et cependant ce que je demande là est bien simple : l’Éducation est une œuvre si dillicile, qu’il y faut constamment le secours de Dieu ; et qui le demandera, ce secours, si ce n’est un père, si ce n’est une mère?
Au petit séminaire de Paris , tous nous priions chaque jour pour nos enfants; et de plus, chaque semaine, l’un de nous était spécialement chargé de prier pour toute la maison.
Des maîtres qni ne prient pas pour les enfants qu’ils élèvent, sont incapables de les élever comme il faut. Encore un coup, si on peut dire cela des maîtres, que ne doit-on pas dire des parents !
6» Mais il ne suffit pas de prier pour ses enfants; il faut savoir s’ils prient eux-mêmes, s’ils sont pieux, s’ils ont la crainte de Dieu, s’ils remplissent leurs devoirs de religion avec ferveur. Il faut venir quelquefois, les jours de grandes fêtes, prier avec eux, communier même aveceux, un jour de première communion, par exemple, une fête de Noël; avec eux assister aux saints et beaux offices de ces jours-là. En un mot, il faut que les enfants sentent que leurs parents leur sont toujours unis, les suivent de cœur dans toutes leurs plus saintes et plus heureuses journées, et ne demeurent jamais étrangers h aucun des grands exercices de leur vie religieuse et littéraire.
7® Mais pour cela, on le voit, il faut que des parents s’identifient avec un système d’Éducation, avec la règle même d’une maison.
2<m I.iv. 11. LK l'KRK, I.A MKIIK, ET I.A I AMII.I.K.
Je voudrais toujoui-s les voir concourir à l’observation de la règle, en professer hautement le respect et la respecter eux-mêmes inviolahlement. Ainsi, ne jamais demander d’exception au réglement sans une grave raison ; ne jamais venir voir l'enfant ni a un autre jour, ni h une autre heure qu’au jour et à l’heure déterminés; ne jamais les retenir, ni un jour de sortie, ni un jour de parloir, ni le dernier jour des vacances, au-delà du temps fixé. Tout cela est de grande conséquence.
Retenir, sans très-sérieux motif, un enfant, un jour, deux jours, trois jours après la rentrée, peut troubler tout dans cette âme pour l’année tout entière.
Il n’y a rien là d’exagéré: je n’ai presque jamais vu qu’il en fût autrement.
Rarder cinq minutes un enfant au parloir, après que la cloche a sonné , perd le reste de la journée , et peut perdre toute la semaine.
Et cela se conçoit.
Il faut bien entendre que toutes ces âmes d’enfant sont toujours à la quête d’un moment de faiblesse chez l’un ou chez l’autre, et à toute heure n’attendent que la connivence de leurs parents ou de leurs maitres pour violer la règle; et déréglés une fois, on ne saurait mieux les comparer qu’à une pendule détraquée : les remonter, les ramener à l’ordre, les remettre à l’heure, si l’on me passe le mot, devient une chose très-dillicile.
8" 11 est inutile d’insister davantage sur l’autorité que gagne la règle, quand les enfants voient leurs parents, eu ce qui les concerne eux-mêmes, plier sons elle, et sur ce qu'elle perd, au contraire, quand ils la voient méprisée ou seulement traitée sans assez de considération.
C’est pour tous ces graves motifs, qu’il est absolument
r.H. VI. L’ÉDICATION SKCONÜAIIU;. SO!)
nécessaire que les parents se mettent en relation, en correspondance constante avec la maison où leurs enfants son^ placés.
Il faut que le père et la mère écrivent fréquemment à leur fils, chaque semaine au moins une fois, comme je l’ai dit, h l’occasion des notes, non pour lui parler le langage de la mollesse et de l’indifférence au bien, mais pour l’exhorter au travail, à la piété, h l’observa tibn des réglements; pour l’encourager paternellement, l’interroger, hî reprendre, le réprimander au besoin.
11 faut que l’enfant écrive lui-méme souvent à ses parents : tous les dimanches au moins : la règle lui en doit laisser le temps; et dans ces lettres, il faut qu’il rende compte de sa semaine, de ce qu’elle a été pour Dieu, pour lui-méme et |)our ses maîtres.
Ces lettres fourniront la matière de celles que les parents lui écriront à leur tour : rien de plus utile que de semblables réponses.
9" Ce n’est pas tout; il faut que les parents se mettent en correspondance avec les maîtres , avec le supérieur de la maison, et aussi avec le professeur de l’enfant, et avec le président de son étude.
Tout cela est bon, est nécessaire, non-seulement par lettres, mais autrement aussi : il faut venir voir et visiter » cet enfant, voir, visiter et entretenir ses maîtres.
Les entretiens avec un père, avec une mère, sont de la plus haute importance pour tous.
lO» On a pu dire quelquefois, et non sans raison, que le parloir et les sorties , étaient la ruine de l’Éducation : eh bien ! moi, quand les parents sont ce qu’ils doivent être et respectent la règle, je ne redoute guère ni les sorties, ni le parloir. J’étoimerai peut-être en disant qu’au lieu de les
îlO MV. n LE PfcRE, L\ MÊKE, ET LA FAMILI.E. redouter, quelquefois je les invoquais. Combien do fois ne m’est-il pas arrivé d’attendre avec impatience le jour de la sortie d’un enfant, pour le recommander h la sagesse la plus tendre, la plus éclairée et la plus ferme de ses parents : je les priais de venir le chercher eux-mcmes ; je les voyais devant l’enfant, je leur disais tout; j’encourageais, du reste, l’enfant à être franc, sincère, b se mettre h l’aise et au large avec ses parents, et b me revenir content, résolu b bien faire; et je l’assurais qu’a dater de ce jour, j’oublierais tout le passé.
Je tenais même tellement b ce que les enfants vissent leurs parents, et reçussent leurs bons conseils, que je ne me souviens guère, pendant dix ans, d’avoir privé un enfant de sortie. Je les renvoyais de la maison, mais je ne les privais jamais de voir leur père et leur mère.
Je touche ici b un point délicat, les sorties, les relations extérieures des enfants avec leur famille : je suis bien aise d’en parler avec quelque détail.