‹ De l'educationChapitre 8 sur 188 · LIV. 1«. DIEU · texte numérisé non relu

LIV. 1«. DIEU

Je crois celte voie sûre pour parvenir à la vérité : accepter, étudier le langage humain sur une question quelconque, est sans contredit de la plus haute importance. Il y a toujours dans la langue d’une nation une certaine somme d’idées faites, d’idées acquises, d’idées simples et vulgaires en apparence, mais dont il ne faut jamais dédaigner la lumière.

Lès hommes distinguent avec raison l’autorité temporelle et l'autorité spirituelle; — l’autorité publique et l’autorité privée; — l’autorité sociale et l’autorité paternelle. L’autorité sociale se nomme aussi l’autorité politique, l’autorité souveraine.

On dit encore : une autorité tempérée , une autorité absolue ;

Une autorité certaine, une autorité douteuse ;

Une autorité vraie, une autorité fausse.

Il faut aussi distinguer l’autorité réelle de l’autorité pertonnelle.

L’une peut exister sans l’autre. Tel homme peut avoir une grande autorité personnelle par son caractère, son génie, sa vertu, et n’étre revêtu, dans l’État, d’aucune autorité réelle : c’est ordinairement fort regrettable : on le comprend.

Tel autre, un Roi, par exemple, est revêtu d’une grande aaUorité réelle, et peut n’avoir aucune autorité personnelle : ceci est bien plus regrettable encore.

Quoi qu’il en soit, l’autorité d’un grand nom, l’autorité du génie , l’autorité du caractère , l’autorité de la vertu, seront toujours un emploi grave et important de ce mot.

Enfin , partout il y a l’autorité suprême et les autorités subalternes : c’est-à-dire, l’autorité première et essentielle, et les autorités secondaires et transmises; — l’autorité

CH. 11. IDÉE PREMIÈRE ET ES.SENT1ELLK DE LWCTüRITÉ. 11

propre , les autorités empruntées ; — l’autorité universelle, les autorités partielles.

Je pourrais multiplier ces distinctions : c’en est assez pour mon dessein, et que mon lecteur me permette de le dire, ce n’en est pas trop pour lui-même. Je le répète : il est toujours utile à un auteur et à ceux qui veulent bien le lire, de commencer l’étude d’une question difficile par l’examen des mots que fournissent au sujet ces ressources populaires de la raison publique.

Les hommes disent donc ces choses, mais que veulentils dire? quelle est leur pensée? quelle raison ont-ils d’employer ce mot si fréquemment?

Quel est le fond de l’idée humaine en tout ceci?

Qu’est-ce que l’autorité?

Le mot, l’idée, la chose ont si profondément souffert sur la terre ; toutes les autorités, naturelles ou surnaturelles, ont été si violemment attaquées parmi les hommes, le respect leur a manqué si souvent, que je sens le besoin de ne rien dire ici que d’incontestable, rien qui ne soit au-dessus de toute controverse.

C’est donc aux dictionnaires nationaux, dépositaires de la raison et de la pensée publique, que j’adresse cette question : Qu’est-ce que l'autorité? Ils répondent : C'est le droit de commander et d’être obéi; le droit d’agir en maître et d’être respecté.

J’accepte ces définitions, et toutefois, en les acceptant, je me demande ; D’où vient, parmi les hommes, un droit si extraordinaire?

D’où résulte-t-il? quelle est sa première origine? a-t-il une authenticité certaine? — Importantes questions.

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