LIV. I«r. UIEI
Pour les résoudre , il faut , après avoir jeté un coup d’œil rapide sur les mots, comme nous l’avons déjà fait, étudier ici les idées mêmes, les idées simples et essentielles des choses, et remonter par conséquent aux premières origines linguistiques et idéales : qu’on daigne me suivre un moment dans cette étude, qui est également simple et abstraite, facile et importante ; et qu’on ne pense pas que tout ceci est inutile au grand sujet que je traite ; pour moi, je ne sais rien de plus absolument nécessaire. Je ferais un livre vain, je bâtirais en l’air, si je ne traitais pas d’abord de ces choses.
L’Éducation périt en France, parce qu’il y manque l’autorité et le respect : rien n’a été plus souvent proclamé. Qui n’a entendu, k cet égard, les plaintes amères des instituteurs, des pères, des mères, des vieillards, de tous? La jeunesse, l’enfance la plus tendre, ne veut plus recevoir de loi que de ses folles humeurs, de ses fantaisies les plus insolentes, de ses passions les plus fougueuses. Â quinze ans, je vois cela chaque jour, un enfant est plus libre aujourd’hui, plus indépendant de son père et de sa mère, qu’on ne l’était à trente ans, sous Louis XIII! D’où cela vient-il? La société tout entière souffre étrangement de ce mal. Mais où est le remède? — Ma conviction est que le temps est venu de se demander enfin : Qu’est-ce donc que l'autorité? Que peut-elle, que doit-elle dans la société humaine, dans l’Éducation, dans la famille? quels sont ses fondements? ses droits imprescriptibles, inaliénables? quels sont aussi ses devoirs?
11 y a eu parmi nous, naguères encore, sur l’Éducation de la jeunesse, des conflits mémorables, entre les autorités diverses , entre l’Eglise et l’Etat, entre l’Etat et les Pères de famille : il peut y en avoir encore. Or, rien n’est
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CH. II. IDÉE PREJIIÈRE ET ESSENTIELLE DE L’AUTORITÉ. 15 plus malheureux que de tels conflits. Il faut tout faire pour les prévenir, car l’autorité en souffre toujours.
Eh bien ! c’est sur tout cela que je ne crois pas pouvoir rien établir de solide, sans remonter au principe.
Aulorilé : en latin audoritas. vient du substantif auctor; auteur, créateur : le mot vient lui-même d'agere, auyere, qui indique la puissance d’action et quelquefois une action créatrice.
Mais dans la pensée humaine, qu’est-ce que l’auteur? L’auteur est celui qui crée, qui produit quelque chose.
Aussi le dictionnaire de l’Académie dit-il : Auteur, celui qui est la première cause de quelque chose.
Voilà l’idée même, l’idée simple, l’idée essentielle que présente ce nom.
Ce nom convient éminemment à Dieu comme auteur, comme cause première de toutes choses. Aussi on dit : Dieu est l’auteur de l’univers ; l’auteur de la nature; l'auteur de tout ce qui existe.
On dit d’un père ; C’est l’auteur de mes jours; d’un ancêtre illustre : C’est l’auteur de ma race.
Eu littérature, un auteur est celui qui a fait un livre ; rien n’est plus vulgairement répété. Il est l’auteur de ce livre; ce livre est son ouvrage.
Un artiste est encore l’auteur du tableau qu’il a peint, de la statue qu’il a sculptée.
Un législateur est l’auteur d’une loi qu’il a faite ; ainsi on dit : Lycurgue est l’auteur de la législation lacédémonienne.
L’auteur est donc constamment celui qui crée, qui produit, qui invente, qui établit, qui institue quelque chose.