‹ De l'educationChapitre 81 sur 188 · CH. VII. DES SORTIES. J · texte numérisé non relu

CH. VII. DES SORTIES. J

trouve aux parloirs, après les visites des parents, et dans les poches des enfants le lendemain des sorties.

Eh ! mon Dieu ! je ne voudrais pas être trop sévère sur tout cela... je comprends toutes ces faiblesses, il faut savoir y compatir, et j’y compatis.

Je sens qu’il faut faire la part de chaque chose, et qu’il est dur pour une pauvre mère, après avoir consacré dix, douze années à élever un enfant avec toutes les peines, toutes les tendresses, tous les dévouements possibles; oui, il est très-dur de se le sentir ravi tout à coup par des étrangers. Ne l’avoir plus Ih tout le jour; ne le voir plus à ses côtés, ni le malin, ni le soir; d’autres vont l’aimer, et il les aimera lui-méme, et paraîtra même quelquefois les préférer à ses parents.

Je dis paraîtra; — car cela n’est jamais au fond; — mais enfin cette apparence même est douloureuse.

Cependant, je n’en dis pas moins que la raison, la vertu, l’amour même qu’on a pour ses enfants, demandent qu’on les aime autrement, et qu’on leur témoigne autrement son amour.

Et puisqu’ils doivent passer huit ou dix années dans une maison d’Éducation, il faut ne rien faire qui leur rende le séjour de celte maison trop pénible; rien qui les dégoûte des études, de la discipline, de la piété; rien qui leur fasse moins estimer, moins aimer le dévouement et la bonté de leurs maîtres.

Je ne parle pas ici des divertissements dangereux ou coupables qu’on serait tenté d’offrir h des enfants, un jour de sortie.

Des parents mondains eux-mêmes, après avoir choisi, pour faire élever leuis enfants, une maison d’Éducation chrétienne ou un petit séminaire, ne céderaient pas à une

318 LIV. II. LE PERE, LA MËRE, ET LA FAMILLE, telle tentation, je le crois; mais des correspondants irrctlérliis y céderaient peut-être ; j’cn ai fait plusieurs fois la triste expérience; il faut bien y prendre garde, et voilà encore une des raisons pour lesquelles je suis formellement d’avis que les sorties ne se fassent pas chez les correspondants : je le répète, chez les plus recommandables, l’autorité paternelle manque, et je ne puis jamais consentir à me passer d’elle.

Quant aux sorties dans la maison paternelle, au contraire, je les favorise autant que possible: c’est ainsi qu’au petit séminaire d’Orléans nous en avons augmenté la durée, de manière à procurer aux enfants le plaisir de faire deux repas avec leurs parents, le déjeûner et le dîner.

Mais ils ne doivent jamais découdier, sauf peut-être au jour de l’an. Et je dis ce peut-être à regret; car je suis convaincu qu’il vaudrait mieux que cela ne fût pas.

C’est à l’époque de cette sortie que les parents ont besoin de prendre les plus sages précautions.

J’ai vu la sortie du jour de l’an ruiner, pour certains enfants, tout le trimestre suivant, le meilleur trimestre de l’année, et c’était par conséquent à peu près une année perdue.

Quant aux jours gras, à mes yeux du moins, c’est une sortie impossible. Il n’y a pas de parents qui puissent prévenir les inconvénients de ces jours-la, et empêcher que le bruit des folies humaines n’arrive jusque chez eux : à moins qu’ils n’habitent la campagne; et comme on ne peut faire d’excejrtion pour les uns aux dépens des autres, c’est donc une impossibilité.

Je ne dis rien des vacances de Pâques, sinon qu’elles étaient chez nous un abus que j’ai supprimé. D’autres, plus habiles ou plus fermes, peuvent avoir fait une expé-

CH. Vil. DES SORTIES. Î19

rience plus heureuse que la mienne: pour moi, je crains qu’il n’y ait là trop souvent une regrettable condescendance; car ces jours donnés à la dissipation, après le recueillement de la semaine sainte, en font perdre les fruits, et vont souvent jusqu’à troubler la discipline, la piété et les études pour toute la fin de l’année.

Le retour des sorties demande de grandes précautions :

Et d’abord une exactitude rigoureuse; pas une minute de retard.

Il faut que la réception des enfants se fasse dans un ordre parfait; — que les portes, les avenues, les corridors de la maison soient parfaitement éclairés, et tout le monde sur pied pour les recevoir.

Il faut une petite lecture spirituelle, ou entretien du supérieur, le soir, avant la prière; afin que cette autre autorité paternelle, qui préside à cet autre foyer, se montre quelques moments et se fasse entendre. Quelques avis sur le bon ordre, très-doux, très-tranquilles, très-bienveillants, à la salle des exercices : puis la prière du soir, dans cette même salle. — Voilà ce qui remet chacun et chaque chose en place, ce qui rend les enfants à ralmosphère ordinaire de leur Éducation, et fait que la journée du lendemain sera ce qu’elle doit être.

Le lendemain, toutefois, M.M. les professeurs cl MM. les présidents d’études ne doivent pas être trop sévères, ni trop exigeants : il faut une grande vigilance; mais il faut aussi faire la part de la dissipation naturelle, des souvenirs de la veille et des regrets légitimes.

Il faut que tout, dans la maison, soit très-intéressant, surtout les classes : les professeurs doivent s’y appliquer particulièrement ce jour-là.

Eu tout cas, tout le monde doit être disposé à fermer

ÎÎÜ LIV. II. LE PERE, la MERE, ET LA FAMILLE, les yeux sur certaines petites infractious, sur certaines négligences. C’est une raisonnable indulgence, une sagesse équitable et habile, au lendemain d’une sortie.

Quant h ceux qui ne sortent pas, parce que leurs parents ou sont trop éloignés , ou ne peuvent les recevoir chez eux, il faut ce jour-là que la discipline intérieure s’adoucisse pour eux et s’applique à les consoler.

Il faut leur ménager une promenade plus agréable qu’a l’ordinaire; il faut que le réfectoire leur fasse fête; il faut qu’ils soient entourés de visages amis; il faut, en un mot, ne rien épargner pour les consoler de cette épreuve véritablement pénible, de cette situation exceptionnelle, qui leur fait sentir plus vivement que les autres jours, le chagrin d’étre éloignés de leur famille.

Les sorties étant comprises, dans cet esprit, on comprend aussi les motifs de ma conduite, et la raison de mes principes sur ce point important.

Enfin, outre les grandes sorties de chaque mois, outre le parloir de chaque semaine; outre les lettres et les correspondances fréquentes entre les enfants et les parents, il y a encore les vacances.

Elles sont nécessaires.

Mais il est de la plus haute importance que ces deux mois soient bien gouvernés ; que les enfants soient surveillés, et ne passent pas leur temps avec des domestiques, quelquefois avec des valets de ferme et d’écurie, ou même avec d’autres enfants dont on n’est pas sûr, et il en est bien peu, hélas! dont on puisse être bien sûr.

Il faut nécessairement que le père, la mère, ou quelque personne de coufiance soient constamment chargés d’eux et en aient la responsabilité.

Page 1