CH. VII. DES SOI'.TIES
[| faut que l’anivre de rKducalion se poursuive sérieusement, quoique doucement, pendant ce temps périlleux : il faut une règle, un travail, une obéissance; il faut des exercices de piété. Il faut surtout la confession fréquente, de laquelle Gei’son, ce célèbre chancelier de l’IIniversité de Paris, et ce grand ami de la jeunesse, disait : « Que « chacun pense ce qu’il voudra ; pour moi, j’estime que « la confession, pourvu qu’elle soit bien laite, est le <1 plus puissant moyen de l’Éducation chrétienne des « enfants. >»
Des enfants accoutumés ii se confesser fréquemment dans une maison d’Éducation chrétienne, et qui passent deax mois de vacances sans s’approcher régulièrement du tribunal de la pénitence, — à peine une fois, — seront bien exposés à perdre pendant ce temps le peu de piété et de vertu qu'ils avaient.
La seule différence des vacances avec le temps de l’année scolaire, c’est que les récréations et les promenades doivent y avoir une très-grande place; mais encore faut-il que cette place ait été bien réglée.
Eu un mot, il faut que le temps des vacances soit ordonné, c’est-à-dire, que les enfants y soient toujours occupés, ou par quelques travaux d’esprit, ou par des promenades et des amusements variés, et que ce ne soient pas deux mois de désœuvrement, et par conséquent de déréglement et de désordre.
Les hommes, dans l’état malheureux de notre nature
déchue, ne sont pas assez forts pour porter sans péril l’oisiveté; comment de faibles enfants le pourraient-ils?
Autrement, outre le mal qui se fait pendant ces deux mois de vacances sans règle; outre le bien qui ne se fait pas, comprend-on quel malheur c’esi que toute
2îi I.IV. 11. I.K l'KRE, L.\ MKHE, ET l..\ FAMILLE, l’rt'uvre (le l’Éducation se trouve ainsi interrompue, Iroul)l(^e, dépravée par les parents eux-mêmes?
Comprend-on ((uelle leçon funeste il y a là pour des enfants? quel triste contraste entre la maison paternelle et la maison de leur Éducation? quelle révolte intérieure, et quelquefois extérieure, quelle répugnance, quelles larmes, quand il s’agit de rentrer au collège, après les^acances, et de retrouver la règle?
Et d’ailleurs, pour emprunter ici les paroles de la Sagesse divine, « si, après que les uns ont bâti, les autres « détruisent, que deviendra l’édifice? » Or, il faut que les parents le comprennent bien : des vacances mal passées sulTisent pour détruire tout ce qui s’est fait de bon dans une année. '
Mais si, au contraire, les vacances sont en barmonie avec le collège, tout se soutient et se fortifie admirablement.
Quoi qu’il en soit de tous les inconvénients possibles des vacances, elles sont nécessaires, et pour les mêmes raisons que les sorties : l’esprit de famille les réclame; et de plus, dans l’intérêt des études, et aussi d’une piété spontanée et généreuse, il faut que les enfants, chaque année, retrouvent la liberté avec le grand air, soient quelque temps un peu plus maîtres d’eux-mêmes, et aussi se détendent complètement la tête, aient un vrai repos, et que les santés se refassent; et pour cela il faut que la vie du collège soit tout à fait suspendue, et que la joie des vacancæs soit entière! Cela ne manque ^uère. Enfants, maîtres et parents se réjouissent ici de concert, et disent volcrntiers : Vivent les vacances !
J’ai vu toutefois une maison d’Éducation ou les enfants, quoique joyeux du départ, étaient si attachés à leurs maîtres, à leurs condisciples, à leurs éludes, à leurs fêtes
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religieuses et lilléraires, que, la veille des vacances, à la chapelle, (juaiid le momeiil de la séparation était venu, quand la tristesse de se quitter se faisait sentir, quand on chantait le cantique d’adieux, à la dernière heure, j’ai vu la plupart des enfants, pleurer de tristesse, surtout les plus anciens, cctix qui ne devaient plus revenir; — et tous sentaient leur cœur partagé entre la joie de revoir leurs parents, de retrouver le toit et les champs paternels, et le chagrin de quitter de si bons maîtres, de si aimables condisciples, et une maison qui leur était devenue si chère.... J’ai vu tout cela, surtout en 1859.
Ces enfants habitaient une maison triste, sans soleil et sans espace; mais ils y avaient trouvé dans leurs études et dans leurs amitiés, dans la bonté de Dieu et dans leurs fêtes, une meilleure lumière et de telles douceurs, qu’ils ne pouvaient quitter tout cela sans larmes (1).
Il) Voici leur cantique d'adieu; mes lecteurs me permettront de lui faire trouver ici une place pour ceux de mes anciens élèves qui rencontreront ce volume sur leur chemin :
Nous partons ; une mer qui n'est pas sans orage Nous va porter bientôt sur ses flots périlleux.
Ah! permettez du moins qu'en laissant le rivage.
Nous vous adressions nos adieux.
Adieu, vous qui de l'Age excusant la faiblesse.
Nous guidiez par la main au sentier des vertus.
Pasteur, pour nous toujours si rempli de tendresse.
Adieu; nous ne vous verrons plus!
Avant de vous quitter, du nom .si doux de pt’re Une dernière fois laissez-nous vous nommer ;
Toujours votre mémoire i vos fils sera chère.
Et nous aurons toujours un cæur pour vous aimer.
Mais comme le nocher suit la barque légère Qui berce son enfant, son cher et doux amour.
Jusque sur la rive étrangère.
D'un regard paternel, ah! suivez-noiis toujours!
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