‹ De l'educationChapitre 84 sur 188 · II · texte numérisé non relu

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3i(i LIV. II. LE l’f.KE, l..\ MEKE, ET LA FAMILLE.

n Que votre coidonnicr soit mauvais ouvrier et vous « fasse (le mauvaises diaussures, ou qu’il se donne pour « cordonnier sans l'èlre, vous n’en éprouverez pas grand « dommage ; mais que les institnleui's de vos (ils ne le '( soient que de nom, ne vovcz-vous pas qu’ils entraineronl « votre famille ;i sa ruine, et que d’eux seuls dépendent « votre conservation et votre bonheur (1)? »

Voilà pourquoi je n’iiésitc pas à dire ipi'il y a pour un père, pour une mère, le droit et le devoir, antérieur à tout, de connaitri' parfaitement, personnellement, ceux qui seront chargés d’élevee leurs enfants. Comme le voulait autndois Platon, ils doivent leur demander : Qui êtes-vous? d’où venez-vous? êtes- vous de véritables instituteurs ? quels sont vos titres à notre conliance ? quelle est votre vie? vos œuvres? quelle a été votre jeunesse? qui vous a formés? quels ont été vos maitres? quelle est votre intelligence, votre sagesse, votre instruction, votre prudence, votre fermeté, votre caractère, et surtout quel est votre dévouement? quel est votre amour pour la jeunesse et pour l’eufance? quelle est votre religion, votre foi, votre vertu? êtes-vous meilleurs que nous? vous le devez être : car vous devez avoir ce qui nous manque à nous-mêmes pour achever l’Éducation de nos enfants.

Je crains qu’on ne me trouve ici bien pressant, bien exigeant : et toutes ces questions paraîtront peut-être à plusieurs d’une indiscrétion offensante.

C’est ainsi cependant que l’entendait jadis la probité et la sagesse païenne: j’ai nommé Platon ; écoutons encore ses paroles :

(I) PLVTON, Urp., liv. IV.

CH. Vlll. DEVOIK ET niUHT .SHl’ERIEEH DE-'i PAKENT.>i. 22'!

« Ditcs-iioiis (loue quel (’sl le meilleur mailre que vous « ayez rencoiilrtî dans le grand art d’élever les jeunes « gens? Avez-vous appris de quelqu’un ce que vous savez « à cet égard, ou l’avez-vous trouvé de vous-même? Si « vous l’avez appris, dites-nous quel a été votre institu- « teur, et quels sont ceux qui donni'iit ces leçons, atin « que si les affaires publiques ne nous en laissent pas à « nous-même le loisir, nous allions a eux, et qu’à force « de présents ou de prières, on par ces deux moyens à la « fois, nous les engagions à prendre soin de nos enfants, « de peur que si ces enfants viennent à se corrompre, ils « ne déshonorent leurs aïeux. Que si vous avez trouvé « cet art de vous-même, voyons vos preuves; citez-nous « ceux que vous avez formés par vos soins à la vertu et « à la sag(;sse; mais si vous commencez aujourd’hui pour « la première fois à vous mêler d’Kducation , prenez « garde; car ce n’est pas sur des esclaves que vous faites « votre coup d’essai, mais sur nos (ils (1). »

Telle était l’opinion du philosophe athénien : et, certes, il n’exagérait pas; car, en un tel choix, évidemment il n’y a pas de négligence possible : décider à la h'-gère, c’est s’exposer aux plus grands malheurs.

Que les pères et mères de famille me permettent donc de le leur dire : rien ne peut être ici donné au hasard, rien ne doit se faire h l’aventure : agir par habitude, choisir par caprice, par entraînement ou par complaisance, quand c’est de la plus grave des affaires et du plus saint des devoirs qu’il est question, serait inexcusable.

Un pï;re, une mère, qui ont compris la grandeur de l’autorité que Dieu a mise en eux, et l’immense respon-

(t) Pi. (TON, htrhè», (>arnli‘S de .Sncrale

LIV. II. LE l'i:HE, LA MERE, ET LA FAMILLE, sabilité qui pèse sur leur âme, doivent ici avoir un zèle, une vigilance sans bornes, et multiplier tous les soins les plus attentifs. Il faut qu’ils s’informent, consultent, voient PAR ELX-MÉMES. S’ils lie veulent pas demeurer au-dessous de ce (iiie dcmamlait autrefois le paganisme, ils ne peuvent donner leur conliance et livrer leurs enfants, qu’après .avoir fait bumainemeiit tout ce qui dépendait d’eux pour trouver non -seulement de bons instituteurs, mais les MEii.LF.VRS, mais les plus dignes, et qu’on le remarque bien : les plus dignes, non-seulement par la science, mais surtout par la vertu, par la gravité, je ne dis pas assez, par la sainteté des momrs.

Encore un coup, je ne demande rien que ce que demandaient lea païens ; et on sent pounpioi je mets du prix à citer ici tant d’autorités profanes.

Quintilicn voulait expressément qu’un père et une mère ne choisissent pour l’instituteur de leur (ils qu’un lionimc d’une vertu, d’une sainteté consommée : PnvcejHorem eli- (jere saxctissimlm.

C’est leur soin capit.il, .ijoutait-il ; jamais il n’y mettront trop de zèle et de prudence.

Et quant â l’école, à l’institution, au collège, si l’on veut, qui devait être choisi, Ou'uhlien n’hésite pas : « Il « faut préférer la maison où règne la discipline la plus sé- « vère et la plus parfaite : Et disciplinam quœ ma-ximè se- (( vera fuerit. »

Pline entrait â cet égard dans des détails curieux : ses recommandations sont dignes d’être méditées. Il déclarait avant tout qu’un père et une mère ne doivent pas se contenter de cette réputation facile de vague moralité, dont il est si aisé et si commode de jouir dans le monde.

la vie des hommes, disait-il, a quelquefois de tristes

cil. Vlll. DKVOIK tl DHOn SUPÉRIEUR DES PARENTS. 229 ju'ol'oiideurs cl des retraites cachées : Vita hominum altos recessus latebrasque habet. C’est là qu’il faut pénétrer.

Un père et une mère ne doivent pas fixer leur choix sans avoir exploré ces profondeurs inconnues, et sans

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