‹ De l'educationChapitre 87 sur 188 · CH. VIII. UEVOIK ET DROIT STI'ÉRIEIU DES PARENTS · texte numérisé non relu

CH. VIII. UEVOIK ET DROIT STI'ÉRIEIU DES PARENTS

Voilà ceux qui, vernis des divers côtés de l'horizon social, se sont rencontres dans une grande et généreuse pensée, cl ont donné à la France, en 18.j0, la liberté de renseignement, en même temps rpie la liberté des congrégations religieuses et la gloire de l’expédition romaine.

Grâces en soient rendues an courage des plus illustres hommes d’Etat, à leur rapide intelligence, à la vive et lumineuse parole dont ils ont alors tout éclairé, on n'a pas lardé à voir les dangers d’une lutte et d’une résistance trop prolongée contre les droits et les réclamations de l’autorité paternelle; et les grands pouvoirs de l’État, après la discussion la plus solennelle, ont unanimement senti que la paix publique ne pouvait être fondée sur la violation des droits et du respect des familles, et que la prospérité des nations, comme la perpétuité des dynasties, n’avaient rien à gagner à la mauvaise Éducation de la jeunesse. Tous ont compris que le panthéisme politique, la centralisation absolue, et cette idolâtrie de l’État qui tend à tout asservir, à tout absorber, est une doctrine indigne, funeste meme à l’État, et le premier principe du socialisme le plus redoutable ; tous ont proclamé que l’individu est quelque chose ; que le père, la. mère et la famille sont quelque chose; que l’Eglise, que la conscience et les âmes sont quelque chose.

Et en effet, comme le disait .M. de Salvandy, la famille, la société domestique n’est-elle pas l’origine et la source perpétuellement renouvelée de la société civile et politique? N’est-il pas manifeste qu’elle n’en doit jamais souffrir, que l’ordre naturel serait alors blessé, et qu(“ la société agirait contre son principe?

Et, en allant au vif et au fond de la question, qui pour-

2iO LIV. 11. LE PÈRE, LA MÈRE, ET LA FAMILLE, rail s’étonner qu’au père apparliennenl des droits si élevés dans la société? n’est-ce pas le père qui la perpétue et qui la conserve? n’esl-ce pas le père qui l’élève dans sa famille? n’esl-ec pas le père qui la multiplie, qui l’étend, qui la fortifie? Le père, sans doute, doit beaucoup à la société qui le protège; mais la société lui doit plus encore. La société civile et politique n’a été instituée que pour la protection de la société domestique, jamais pour son oppression.

Les familles, en se multipliant, se rapprochèrent, attirées les unes vers les autres par les douceurs de la vie sociale, par l’intérêt, par le besoin des secours mutuels; et faisant alliance, elles formèrent les villes, les cités, puis les royaumes et les grands Etats, qui sont de grandes sociétés de familles.

Mais dans ce rapprochement providentiel, et par cette alliance, les pères de famille ne voulurent et ne purent vouloir qu’une chose, h savoir : fortifier leurs droits, garantir leur autorité, et non l’absorher, non s’en dépouiller, non l’anéantir. Ils eussent voulu s’en dépouiller qu’ils ne l’auraient pu; car, nous l’avons vu, les droits et le^ devoirs paternels sont essentiellement inaliénables; la [nature des choses et le langage humain ont ici une force invincible. Je le répète : on ne dit pas d'un père qu’il est revêtu de l’autorité paternelle. Non, elle est en lui essentiellement : il ne peut pas plus être dépouillé de ses droits qu’il ne peut être dispensé de ses devoirs. Les uns et les autres sont également inaliénables et imprescriptibles.

Lorsque les chefs des familles, lorsque les pères constituèrent, dans l’ordre de la Providence, la société civile et politique, ce ne fut donc pas afin que la cité, que l’Étal absorbât leurs familles, mais afin que la famille devint

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CH. Vin. ÜEVOIR ET DROIT SUPÉRIEUR DES PARE.NTS. 2H

plus florissante, plus forte et plus libre à l’ombre de la cité, à l’ombre de l’État.

Sans doute, les chefs de là famille , les pères, mirent en commun leur force et leur droit, et en transportèrent providentiellement au prince dans l’État, au magistrat dans

la cité, ce qui était nécessaire pour la défense des intérêts généraux de toutes les familles réunies, et devenues par leur réunion une société civile et politique; mais manifestement ce ne fut pas afin que le père et la mère disparussent, s’absorbassent dans le prince et dans le magistrat: c’eût été là une abnégation impie de la nature. Sparte, qui l’essaya, en a laissé une triste mémoire : depuis le christianisme, l’essai même n’est pas possible, et le quatrième Commandement, demeurant inviolable dans sa simplicité et dans sa force, nous montre clairement ce qui survit à tout : Tu honoreras ton père et ta mère ! Sans doute, le Seigneur, qui est le Dieu de l’ordre éternel, a institué le pouvoir politique dans l’ordre social , comme il a voulu dans la famille l’autorité paternelle : omnis potestas à Deo ; mais la base première et inébranlable, posée par la main divine, demeure, garant et soutien du reste; et tout le monde est d’accord, dit Bossuet, que l’obéissance due à la puissance publique ne se trouve comprise au Décalogue que dans le précepte qui oblige à honorer ses parents.

Qui ne se souvient chez nous que la Convention ellemême flétrit la tyrannie stupide, la disposition barbare qui arrache l'enfant des bras de son père, et fait une servitude du bienfait de l'Education ? (27 vendémiaire an VII.)

Je le sais, la famille a des devoirs à remplir envers la société civile et politique : il y a des jours où la famille doit se dévouer tout entière à la conservation de la soie IC

24S I.IV. 11. Lt LA MÈUE. ET LA FAMILLE.

ciélé. La forUine, la vie, tout doit être loyalement, généreusement rlonné dans l’intérêt eoinnmn. La société a droit alors à Ions les sacriüces temporels; mais il n’en faut pas conclure que la société ait le droit d’exiger de la famille des sacrilices moraux. La famille doit quelquefois se sacrilier matériellement; moralement, jamais.

Il est manifeste que la société n’a jamais le droit de demander (pi’un père, qu’une mère lui sacrifient l’esprit, les venus, les principes sacrés, les droits religieux de leurs enfants.

Les sacrilices matériels eux-mêmes ont des bornes marquées par la justice.

En un mol, il y a entre la famille et l’État, entre la société domestique, société primitive, et la société civile et politique, des droits et des devoirs mutuels: tout y est non-seulement corrélatif, mais mesuré : tout y est selon la nature; rien n’y est contre elle. Dans l’ordre de Dieu, rien ne peut jamais être tyrannique et arbitraire.

Voilà pourquoi l’aulorité civile et politique n’a jamais le droit de demander à l’autorité paternelle un sacrifice que l’autorité paternelle n’ait le devoir de faire; et l’autorité paternelle n’a jamais le droit de refuser à l’autorité civile et politique un sacrifice que celle-ci a le devoir de lui demander.

C'est au nom de ces droits et de ces devoirs que le prince j)eut dire : « I>a patrie est en danger. La patrie est la terre commune : toutes les familles, tous les enfants sont en péril; il faut la défendre et marcher au combat. » El c’est au nom de ces mêmes droits et de ces mêmes devoirs que les pères de famille peuvent dire à un prince ambitieux: « (^e sont nos enfant';; vous ne devez pas, pour satisfaire h une vaine gloire, les mènera la mort; »

CH. IX. DE LA DERNIÈRE ÉDUCATION DE LA JEUNESSE. 2A5 OU à un prince impie : « Vous ne devez pas les jeter dans des écoles d’immoralité et les élever indignement malgré nous. »

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