‹ De l'educationChapitre 94 sur 188 · I.1V. II. LE l’ÊnE, LA MÉIIE, ET LA FAMILLE · texte numérisé non relu

I.1V. II. LE l’ÊnE, LA MÉIIE, ET LA FAMILLE

— Eh bien ! lui dis-je, t?oi« avez sauvé votre enfant i ü était perdu autrement. C’est par ce défaut de fermclé que des enfants, dont on pouvait faire des sujets excellents, deviennent des êtres déplorables. C’est ici pour moi une conviction profonde.

J’ai la certitude de ce que j’alTirme pour plusieurs de ceux que j’ai en vue, et que je ne noiiiine pas.

Je conclus donc : les deux choses les plus importantes, capitales même pour les parents, sont :

1° Savoir la vérité sur leurs enfants ; étudier, leurs défauts, leurs vices ; les bien connaître ;

2“ Les corriger, et le vouloir avec une fermeté invincible : Savoir et vouloir ; et cola non seulement pendant les années où les parents font eux-mêmes, dans leur maison, l’Éducation de leurs enfants, mais aussi pendant tout le cours de l’Éducation publique.

Je dois enlin ajouter ici une troisième et dernière observation : c’est qu’il y a même des parents qui non-seulement ne travaillent pas comme ils le devraient ù l’Éducation de leurs enfants, et ne font pas l’œuvre, mais empêchent de la faire, et défont même les premiers ce que de bons instituteurs ont fait comme il faut.

Certes, je ne suis pas suspect : dans les cliapiti’es qui ' précèdent, j’ai assez insisté sur les relations des enfants avec leurs parents, et on a vu tout le prix que j’y mettais; mais je conjure les parents de me permettre de leur représenter ici que ces relations si légitimes, si nécessaires, et qui peuvent avoir une inilucnce si profonde et si heureuse, peuvent avoir aussi pour leurs enfants des consé-

cil. XI. DÊCIIliANCES DE L’AUTORITÉ PATERNELLE. 287 qucnces Irès-regrellables, si les parents ne comprennent pas alors toute la gravité de leurs devoirs. Ici encore Je ne puis tout dire : je me bornerai à indiquer quelques points principaux, et particulièrement les époques, les circonstances critiques, où la vigilance et l’autorité des parents ne peuvent fléchir, sans mettre tout en péril.

J’ai déjà parlé des vacances, et dit de quelle nécessité il est que ces deux mois soient gouvernés comme il faut : je dois en redire un mol important.

Il y a pour certains parents et pour certains enfants, dans ces deux mois, un moment fatal ; c’est le dernier : grâce a l’habileté de ceux-ci et à la faiblesse de ceux-là, la fin des vacances et le moment du retour au collège deviennent chaque année, pour tous, une épreuve terrible. On ne peut, de part ni d’autre, consentir à se séparer. On veut, on ne veut pas : on retarde le départ; on traîne de jojir en jour. On prend tous les prétextes : le temps est encore si beau, les vendanges ne Sont pas faites, le trousseau n’est pas prêt, etc. : on s’accroche à tout.

Sur cette misère assez commune, je n’ai qu’une chose à dire : il faut prendre son parti ; ou renoncer à l’Éducation publique et garder ses enfants chez soi, ou ne pas leur laisser voir et sentir de telles faiblesses. Outre que rien n’est plus cruel pour les enfants que ces tendresses désespérées de la dernière heure, rien ne les amollit et ne les gâte davantage. Il faut alors, au contraire, peu de caresses, et même peu de discours : une parole simple, nette, précise; une parole affectueuse sans doute, mais ferme : nul attendrissement, nulle compassion déplacée. — C’est la volonté de ton père, c’est la mienne; c’est pour ton bien. — Et puis on n’en parle plus, on n’y pense même plus. Tous les préparatifs sc font simplement; le

â88 LIV. 11. LE PÈKE, LA MEHE, ET LA FAMILLE.

trousseau est complet une semaine à l’avance. En un mol, on ne fait pas de cela une affaire de désespoir. — Mous partons dans huit jours, dans trois jours; demain, à huii heures. — Le jour et l’heure venus, on part. — Autrement les trois premiers mois de l’année sont employés par ces pauvres enfants, non pas <i travailler avec courage, mais à se consoler tristement des chagrins du départ.

Les pères, les mères surtout, se réservent ordinairement la consolation de reconduire l’enfant : cela prolonge et charme leur faiblesse. Elles voient couler ses dernières larmes; elles les essuient, pour les revoir couler encore : cela leur fait peine, mais plaisir aussi. Définitivement, le père vaut mieux pour ce moment délicat. La pauvre mèn; vient quelquefois se loger auprès du petit séminaire ou du collège, y demeure trois ou quatre jours dans une triste auberge, et se donne au moins la satisfaction d’errer à l’entour, pour voir de loin son fils à la dérobée, et entendre sa voix, s’il se peut.

Et puis, profilant de l’indulgence de ces premiers jour.s, ces bons parents viennent visiter leurs enfants k chaque récréation, les empêchent de jouer, les font repleurer, et, selon l’usage, ne croient pas pouvoir mieux leur laisscr sentir, au dernier moment, ce qu’est un père, ce qu’est une mère, qu’en leur apportant des gâteaux, des friandises, et cela, comme toujours, en cachette, leur disant même : Mel$ cela dans ta poche, et prends garde que M. le supérieur ne le vote.

Oh! qu’il est difficile, sur tout cela, de persuader de pauvres mères ! Même quand elles ont confiance en vous, et qu’elles vous permettent de leur dire la vérité, et qu’elles y croient, elles ne peuvent la mettre en pratique : c’est plus fort que leur faible cœur. Quand on n’a pas étudié

CH. XI. DÉCHÉANCES DE I.’AITORITÉ PATERNELLE. 289 toutes ces faiblesses de près, on n’en peut comprendre les excès, et aussi les malheureuses conséquences.

J’ai porté la franchise jusqu’à dire un jour à une mère de bonne foi, qui ne refusait pas d’entendre la vérité sur son fds : Vous ne pouvez le regarder, reposer vos yeux sur lui, sans qu'il sente que vous l'adorez, et qu’il est votre maître. Elle me répondit : C’est vrai; je le sens.

Encore une fois, je compatis à ces faiblesses ; et quoique j’aie l’air de les traiter rudement, j’y compatis avec une profonde sincérité ; mais je n’en dis pas moins : il n’y a pas d’Éducation possible avec tout cela.

Oui, je veux qu’il y ait dans votre cœur ce qu’il y a de plus tendre, de plus amical, de plus délicat : mais point de mollesse.

Par exemple, en fait de présents, les jours de sortie, pourquoi ne pas donner plutôt à ces enfants de bons livres, des ouvrages amusants et instructifs ? Je préférerais même des balles, des cerceaux, et d’autres jouets plus ou moins agréables, à toutes les friandises et aux parures de vanité. En un mot, si cela dépendait de moi, j’interdirais sans pitié tout ce qui nourrit la sensualité et l’orgueil ; les bagues, les épingles, les chaînes d’or, tout ce qui dans un collège excite une mauvaise émulation de vanité et d’envie entre des jeunes gens.

En revanche, dans les sorties, ce que je demanderais, c’est que les parents ne montrassent point aux enfants de l’humeur pour des riens. On tolère quelquefois la paresse, l’indocilité et les défauts les plus graves; et si les bretelles de l’enfant sont mal ajustées, on lui fait une scène : j’ai vu cela.

Mais par dessus tout, ce que je demande, c’est que dans leurs lettres, dans les visites au parloir, cl aux jours de

Page 1