C.H. XI. DÉCHÉANCES DE I/At TORITÉ l'ATEKNELLE. 29'J
passe à voire femme ou ù voire mari ? el quelles nolions fausses el funesles vous inlroduisez dans Tâmc de cet enfaiil! Comment l’idée et le sentiment du devoir, comment le respect et la crainte de Dieu pourront-ils s’y asseoir sui' une base solide, lorsque les deux représentants que Dieu s’est donnés auprès de lui sur la terre, montrent à ses yeux tant de faiblesse et un si humiliant abaissement dans ' le caractère?
Je l’ai dit : je dois le répéter : c’est le renversement de toute autorité, de tout respect et de toute Éducation.
Un petit enfant, dont le père absent venait d’annoncer son retour, disait naguères naïvement k sa mère : J'ai encore quinze jours à faire tout ce que je voudrai. Et la mère, ravie de ce trait d’esprit, le répétait. Sa pauvre vanité maternelle n’avait pas compris la sanglante leçon que l’enfant venait de lui donner, et qui aurait dù la faire rougir de douleur et de boute (I).
De tels désordres se sont vus de tout temps dans les familles sans religion el sans moeurs ; mais ce qui est déplorable, c’est que tout cela se passe quelquefois aussi chez des gens honorables, pieux, et qui ont été eu.x-mênies bien élevés. On demandait dernièrement à une dame qui
(1) Et qaand c'est le père lui-même qui n'a aucune autorité, c’est hieii plus déplorable encore, et malbcurcuseinent trop fréquent.
J'atteste le dialogue suivant, sauf le nom de baptême :
« — Voyous, Gustave, ne touche pas le feu. — Si! je veu.v le toucher, « mol ! — Voyons, Gustave, sois gentil ; je te donnerai un poliehinellc. « — Moi, je veux le polichinelle, et je veux pas être gentil. — Eh bien !
• allons... voyons, tu l'auras... mais ne touche pas le feu. «
Puis, trois minutes après : • — Gustave, Gustave, ne touche pas le
• feu; je le dirai h maman. — Moi, je veux pas que tu le dises ù ma- « man. — Eh bien! non, je ne lui dirai pas... mais suis gentil. »
P\iis bientét encore après : n — Voyons, Gustave, tu ne veux donc
r>00 I.IV. II. LK l'KUK, Lfk .MfiUE, ET L.\ KAMILEE. est un remarquable cxcni])lc de ce que peut une parfaite Kducalion appliquée à une nature d’élite : modèle de piété liliale et de toütes les plus aimables vertus ; mais aussi modèle d’aveuglement et de déraison maternelle : — Mais est-ce donc ainsi qu’on en usait avec vous? est-ce ainsi que vous en avez usé vous-même plus tard avec vos Itarents ? — Oh ! non, répondit-elle naïvement, nous n’avons pas été gâtés, tant s’en faut, et à trente ans nous avions pour mon père et ma mère autant de déférence, autant de vénération et encore plus d’amour que dans la première enfance. — Eh bien ! lui répondit-on, permettez que je vous le fasse remarquer, il a manqué un point essentiel h votre Éducation : vos parents auraient dù vous enseigner l’art de rendre à vos enfants l’Éducation que vous-même avez reçue d’eux (1).
Les conséquences de tout cela sur les mœurs domesti- <|ues et sociales sont profondes et déplorables. I.«s enfants grandissent vite ; et si, de bonne heure, ils n’ont pas été accoutumés par leurs parents â l’obéissance, ils s’accoutument bientôt et d’eux-mémes au commandement ; c’est
t p.is être sage? Tu sais bien que niainan ne veut pas que lu Tasses « cela. — Eli bien! plus que tu uie diras ces bètiscs-lii, plus que je « ferai le contraire. »
Le pt'rc, qui était assis cl lisait son journal, se lève. La mère arrive, trouve renTant criant et se roulant par terre : « — On agace toujours « cet enrant, dit-elle. <àî sont ses nerfs.... ce pauvre enfant a liesoin « d’ètre rufralclii. » El pour le corriger et le rafraîchir, elle lui faisait prendre un bain, et mieux encore...
L'enfant avait sept ans.
La maison on se tenait ce dialogue, il y a vingt ans, est aujourd'hui vendue, démolie, et la ruine y est entrée par tous les côtés à la fois.
(I) Gi qu’un auteur facétieux écrivait dernièrement serait-il donc vrai?... La Pruridtncc nous a tlonnc des parent» pournom montrer de quelle manière nous ne devons pas nous comporter avec nos enfants
CH. XI. DÉCHÉANCES DE l.’ALTORITÉ PATERNELLE. 301 par suite de tout cela qu’on voit tous les jours, dans les familles les plus respectables, des jeunes gens s’ériger en chefs, en roaitres absolus, ne plus considérer leurs parents que comme des machines usées qui ont fait leur temps, le déclarer tout haut, les traiter en conséquence de cette opinion, et imposer dans toute la famille leurs idées, leurs sentiments, leurs volontés, pour la conduite de la vie, poulies affaires les plus importantes, et ce qui est pire, pour l’Éducation même de leurs plus jeunes frères. La voix du père, du vrai chef, n’ose plus se faire entendre; il sent qu’elle serait impuissante ; et pour consei-ver un reste de dignité, il feint de partager, en s’y associant tristement, la volonté qui le domine.
Mais c’est assez sur ce pénible sujet : je ne finirais pas, si je voulais l’embrasser dans toute son étendue; je dois ajouter toutefois que la faiblesse des parents n’est pas l’unique source du mal que je déplore ; et après avoir fait avec raison et avec justice la part.de leui-s torts, l’équité, et l’intérêt même de la cause sacrée dont j’ai entrepris la défense, demandent que je remonte plus haut.