‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 100 sur 122 · CH. V. — DE L'ÉDJJCATION POPULAIRE · texte numérisé non relu

CH. V. — DE L'ÉDJJCATION POPULAIRE

<c spectaele immonde ! et le cœur se soulève à la lecture de ce « chaos de tous les métiers,, de ce répertoire de tous les « vlces^de ce catalogue de toutes les infirmités humaîne». « Depuis rinsliluteur qui se fait remplacer par sa femme « pendant qu'il va chasser dans la plaine, jusqu'à Tassassin « que rinspecleur cherche en vain dans son école, parce a qu'il vient d'être conduit dans les prisons voisines, com- « bien de degrés dan^r le erimel Depuis l'usurier, condamné « par le conseil municipal, jusqu'au forçat libéré; dopais l'instituteur payé par la commtune pour sonner les cloches « pendant l'orage, jusqu'à l'instituteur prêtre de FEgKse « française, combien de ministères différents? »

M. Lorrain rapporte ensuite quelques dialogues entre l'inspecteur et les instituteurs primaires :

« Monsieur, dit un inspecteur en entrant dans quelques » écoles, où en êtes-vous de l'instruction morale et reli- « gieuse? — Réponse: Je n'enseigne pas ces bêti«es4à.

« Ailleurs (département de la Manche], une école mutuelle « se promène avec l'instituteur dans la ville, tambour en « tête> et chantant la Marseillaise^ qu^elle interrompt en « passant devant le presbytère, pour crier à tue-tête: «A bas « les jésuites I à bas les calotins! » S'il en était ainsi par « toute la France, et qu'on vint à nous demander : Le clergé a français est-il favorable à l'instruction primaire? nous « n'hésiterions pas à répondre qu'elle ne peut pas compter « sur son apfKui. £t cependant, sans Tappui du dergè, il « faut dése^érer du sort de l'instruction primaire dans tes « campdignes. » «

A cela on me répondra peut-être que la situation de l'instruction primaire était en effet effroyable alors ; mais que tout s'est bien amélioré depuis ce temps. Je voudrais le croire ; mais> quand je prête l'oreille, je recueille à cet égard des aveux étranges, et j'apprends des faits qui me semblent signifier tout le contraire.

Qae De signifie pas^ en effet, ce qu'a révélé à TAcadémle des sciences morales et politiques, M. Fayet, savant professeur de mathëmatiqaes au collège deColmar, k savoir: Que la classe gui a reçu Vinstruction primaire commet^ touteproportion gardée, plus de crimes que la classe qui n'a reçu aucune instruction * ?

Qu'a voulu dire M. Cliarles Dupin par ces paroles :

Nous sommes forcés d^avouer que la complète ignorance s'allie à la moindre proportion des crimes contre les pei*^ sonnes^ et que Vinstruction supérieure remporte sur toutes les autres par la multiplicité des crimes !

Que devons-nous conclure de tout ceci? se demandait l'honorable M. de Corcelles, dans un rapport présenté au Conseil général de VOrne, sur Vinstruction primaire :

Cest que Vlnstmctiony sans VEducation religieuse et maraie, n'empêche pas,., r accroissement de plus en plus considérable des délits et des crimes !

Il y a eu, dit-OD, amélioration et progrés. Encore une fois, je voudrais le croire, mais je ne le puis. La révolution de 4 848 est venue mallieureusemenl révéler la valeur de ces améliorations prétendues, et montrer en quel sens ce progrès s'était accompli.

Il ne m'en coûte pas de l'avouer : on avait fait, depuis quinze ans, de grands efforts, on avait déployé un grand zèle, on avait dépensé beaucoup d'argent pour améliorer Vinstruction primaire. Mais avait-on bien compris ce qu'on voulait et surtout ce qu'on devait faire? avait-on bien étudié la valeur réelle des améliorations que l'on poursuivait ?

Améliorations déplorables, s'il est vrai que l'on ait cru pouvoir remédier à tout avec de l'argent, et que Ton n'ait pas seulement regardé à la grande plaie de la foi et des mœurs. Ce n'était pas un vide matériel, c'était un vide religieux et

t848.^'*"*"^**® de )I833-41, communiquée à l'Académie le 23 septembre

moral qu'il s'agissait de combler I Quoi l vous pouviez croire que vos instituteurs primaires faisaient défaut à la Religion et à la moralité du peuple, parce que l'argent leur manquait! Quoi! il a pu vous venir en pensée que vous auriez sauvé l'Education religieuse et morale du pauvre, si vos instituteurs devenaient plus riches, s'ils avaient autant et plus d'argent que le maire et que le curé du village i Mais cette aveugle obstination de Thonnêteté sans intelligence finit par arrêter presque autant que le feraient les calculs mêmes de la perversité !

Eh! sans doute, je suis d'avis qu'on améliore convenablement le sort des maîtres d'école, et que leur position matérielle les mette à l'abri des mauvaises tentations.

Mais est-ce que le rapport de M. Lorrain ne suffit pas à vous apprendre que, si Targent vous délivre, ce qui n'est pas très-sûr d'ailleurs, des instituteurs primaires, assassins et forçats libérés^ il ne vous délivrera pas des chasseurs^ de& usuriers, des libertins^ des apostats et des impies ? et que ferez-vous pour le peuple avec ces gens-là ?

Et quand vous serez délivrés de tous les misérables, aussi bien que des infâmes, serez- vous bien avancés? aurez-vous résolu le problème? Pas le moins du monde. Trois questions capitales demeureront toujours à résoudre, à savoir: la question morale^ la question religieuse et la question sociale.

Il demeurera toujours certain que l'instruction sans morale jette dans le peuple des lumières incendiaires pour lui et pour les autres ; que la morale sans religion est un frein sans puissance; et, selon la parole déjà citée de M. Portails, une justice sans tribunaux; et qu'enfin, si les vraies lumières, si la bonne, si la sage instruction est un bienfait, pour la classe populaire, c'est l'instruction exagérée, c'est l'instruction faussée, c'est l'instruction irréligieuse, qui trouble les facultés intellectuelles de ce peuple, altère son

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boa sens, et, à certains jours, met ses esprits es fea et toute la société en péril .

Qu'y a-t-il donc à faire ? que doivent souhaiter les amis de l'ordre, les vrais amis de la lumière, les amis de leâr pays ? Une seule chose, bien simple^ c'est qu'on laiss€ enfin la Religion présider par l'enseignement de ses lois à l'Ëàneation de ce peuple; c'est que Tinstruction primaire et son ministre laïque ne soient plus les antagonistes déplorables des ministres de Jésus-Christ et de l'enseignement évangélique ; c'est qu'on ouvre les yeux sur des périls menaçants powr tous; c'est qu'on ne repousse pas les remèdesà de si grands maux !

Voyez, quand la Religion fait cette importante Education du peuple, voyez avec quelle intelligence, avec quel zèle, avec quel désintéressement elle s'y dévoue! voyez quel long temps elle y emploie; comme elle se garde bien de l'abandonner'trop tôt ! elle y consacre vingt années et plus; ellene la délaisse jamais .* elle ne croit sa tâche accomplie qu'au jour où, dans le cœur de Tenfant du peuple, elle a élevé rhonnêieté naturelle jusqu*à la piété et à la vertu, et la vie présente jusqu'à Téternelle vie.

« La piété du peuple, dit le savant auteur que j'ai déjà « cité, est un admirable instinct d'Education. Elle lui donne « le sentiment des convenances. Elle lui donne de la dignité, « pour lui et pour les autres. Elle ennoblit son humilité; « elle agrandit sa pauvreté; elle donne je ne sais quoi de « vénérable à sa condition de misère et de souffrance.

« Gardez-vous d'un peuple sans religion \ Je ne parle pa-s « des vices qui le rongeront et des crimes qui le souilleront, « je parie des habitudes d'Education qui le rendront intrai- « table et farouche.

« Un peuple sans religion sera orgueilleux et jaloux; sa « parole sera âpre et hautaine; son aspect sera insultant; sa « grossièreté sara méprisante.

GH. V. — DE l'Éducation populaire. 307

* Que rÉducalion donc s'applique surtout à faire revivre « dans le peuple la sainteté et la simplicité des mceixrs do- « mestiques; que L'esprit de la famille soit ravivé ; que l'an- « toritô du père soit restaurée; que l'exemple de la mère « soit vénéré; que les enfants concourent au bien-être par a robèissaace et Tamour, aussi bien que parle travail; que « les ambitions soient retenues ; que la probité en soit la « règle ; et avec ces dispositions vertueuses dans le cœur, « le peuple sera assuré d'améliorer son sort sans se bercer « de chimères et sans poursuivre des rêveries.

« L'amélioration du sort du peuple est souvent cherchée « par l'instruction ; moi, je la cherche par l'Education.

« L'Education du peuple sera modeste sans ôter les

« hautes pensées. Elle excitera l'émulation des beaux exem- « pies. Elle inspirera l'aversion des turpitudes et des lâ- « chetés. Et en cela encore elle sera chrétienne; evt le « Christianisme est rinspiration de tout ce qui est noble et a grand. »

L'Éducation populaire, qu'elle se fasse à la -ville ou au village, comprend d'abord les deux premières périodes de toute Éducation, à savoir : VEdtLcation maternelle et VEducation primaire. La Religion sait que pendant ce temps, c'est-à-dire jusqu'à la douzième année de Tenfant à peu près, jusqu'à l'époque de sa première communion, il n'est pas encore réclamé par l'apprentissage de sa profession ; ou si cela arrive, ce n'est que par un abus et une exploitation tyrannique de l'enfance, que l'indignation publique doit flétrir.

Les instituteurs religieux du peuple prodiguent donc à ces douze premières années des soins d'autant plas empressés et plus attentifs, que leur élève leur est alors confié sans partage, que l'apprentissage le leur ravira bientôt, et qu'en renonçant alors à l'Education proprement dite, il commen-

Z Ihii tt iLr^ ir^ r^-.ç'^s. ^ca pi* ze:i^4:r* m même det i»Dîr î i l'^n^ jiiiitL:» ijtjic js 5r îi:5s f tiiirVaients, mais BL Tiiin:r : -'ir jl j-ttjit .i.-^ra. iiir^f!:?? .se ;c::;e5 nK ailles, --^■yn: ri lei :„►» it* si rrui r-fxtfnl'fci'e:;: rester sans péril BL ÀiT'^ D. n^î^i.ri»?'- âurrii-r: iirs ssf rliis jeanes années. 1 Sv jf ;i.i;iï i^tiTt^j. i-:*Liî:c:i'*- ïl jr m^iizue quelquefois

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laos ji lerjMi î± l-cli-s:::!! Eitemelle, elle entoure z^r *nvr-rr. î.*s siïjii lis rl:;s asslius et de Tamour le plus 2tz.'L^^ s:n Lizs l-^ S^zl'f-* i"j?i^"- sMî auprès d^unemère ^~:*:*rjiii:5^^ -i si: irrirrer dans lesirsplratioas de son cœur « îi2$ If j:: zjTi^e jn* donae la piéîé chrétienne. Je temps if siiff .'^ i I: ::l Eî flj:>n-sêaieiDerrf pour recaeillir les délaisses, la Firl^ros oûTre des Asiles; elle vient même d'invent*r d« C'-iy^.i^ pour les abriter k leur entrée dans la vie.

Etsanî P'îrler id de tant de maîtres cbari labiés qu'elle envi. îe àccs ecfants pour éclairer leur ignorance, sans parler de tant diçpTiis qu'elle ménage à leur faiblesse, de tant de ^'i^ qa'eîle donne à leur inexpérience, sans nommer les amU, ksjVaiws économes, les tré-sorières de C enfance, voyez ce qu'est l'Education morale mise à la portée de tous et distriboée par la Religion : voyez comme elle s'y déyoue pendant trois, quatre, cinq années, soit avec ces bons Frères, dans les Ecoles chrétiennes, soit avec ses plus jeunes prêtres, dans ces autres asiles de vérité et de vertu qoi se nomment les Ca/Zc^i^me;, jusqu'au jour de la première communion!

Et comment dire ce que doit être ce grand jour dans la vie de l'enfant du peuple! à quelle dignité il l'élève! quelles Joie» pures, quel bonheur dans l'innocence il fait goûter à

son cœur! quels engagements solennels de fidélité il lui fait prendre! quelle inspiration de vertu il répand sur sa jeunesse tout entière!

C'est surtout au jour d'une première communion qu'on voit avec admiration et avec attendrissement tout ce que peuvent la Religion et la Grâce, pour transformer et ennoblir les enfants de la nature et de la condition la plus vulgaire. C'est alors que, tout à coup, une sagesse céleste semble éclairer môme les plus grossiers esprits. C'est alors qu'une douce force se fait sentir à leur cœur, les aide à se vaincre et à modérer leurs mauvaises inclinations naissantes.

J'en ai vu quelquefois auxquels il Suffisait de rappeler le souvenir et les approches de leur première communion, pour les arrêter tout à coup dans la plus grande impétuosité de leurs passions, et rappeler d'abord dans leur cœur tous leurs sentiments de piété.

Ceux qui n'ont jamais vu de près les enfants du peuple élevés par la Religion s'étonneront peut-être de ce que je dis ici. Je ne raconte toutefois que mes expériences et mes souvenirs. J'ai vu chez les plus pauvres enfants, dans les Catéchismes et les Ecoles chrétiennes, des dispositions, des qualités, des vertus véritablement merveilleuses.

J'en ai vu en qui se faisait remarquer, dès leur douzième année, un mélange exquis de douceur et de fierté, de simplicité et de noblesse naturelle.

J'en ai vu même qui, sous la vulgarité de leurs vêtements, dans la simplicité naïve de leur démarche et l'abandon de leurs manières, avaient je ne sais quelle aimable majesté, surtout aux jours de nos fêtes et dans nos cérémonies religieuses.

Et à l'époque des examens solennels qu'ils devaient subir avant d'être admis à la première communion, lorsque je les interrogeais publiquement sur toutes les instructions qu'ils avaient entendues dans leurs écoles, sur la lettre du caté-

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craignez point : qu'ils ne quittent pas la ReUgion, et elle les quittera pas non plus ; c'est alors qu'elle sent redou- ^r pour eux son amour et ses soins; c'est alors que sa prélyance devient plus haute, sa sollicitude plus maternelle plus profonde l

douze ans, Tapprentlssage du jeune ouvrier conmiefice, avec cet apprentissage, son Education secondaire. Le pauenfant quitte ses bons Frères; mais ils sauront le retrousouvent encore. En même temps que> comme apprenti, ^ute dans son Education professionnelle^ et va recev&ir ine Instruction spéciale Thabileté, l'adresse ou la su^pôitédans l'état qu'il a choisi, la Religion continuera son \aUon essentielle^ et la perfectionnera par cet apprentis- ;e même, forte Education du travail, de l'économie et de obéissance. EUe y emploiera de plus ses Ecoles d'adultes^ où es infaitgables Frères se retrouvent. Elle y emploiera ses jatôohismes de persévérance et ses préires les plus dévoués. Ënfia, si on la laisse faire, elle y emploiera l'aîdi^r lui-même, où Tan verra des pratiques respectueuses de foi, malheureusement exilées de nos fabriques, mais dont le saint usage^ aperçu encore dans quelques cantons de la Suisse, de la Savoie, de l'Allemagne et du Tyrol, donne à l'homme, à l'enfant du peuple, un noble et touchant caractère d'innocence et de dignité chrétienne, tandis que l'œil vigilant de la diiicipline morale protège plus que jamais Tapprenti exposé à plus de périls, et, sous le patronage de contre-maîtres irréprochables, devient la sauvegarde de sa jeunesse et la garantie de son avenir.

L'enfant est-il devenu jeune homme, la Religion emploie alors pour le soutenir dans le droit chemin toutes ses ressources à la fois, et l'on voit éclore, sous ses auspices, ces œuvres admirables, les conférences de SaintFrançois-Xavier, où les Frères des écoles chrétiennes, les prêtres de Jésus- Christ et l'homme du monde travaillant de concert, donnent

1U UV. V. ^ DB8 DIVERSES SORTES DÈOiUCàTSnB.

aux ouvriers le (^rand enseignement qu'ils sont tons et qu*il y a entre eux et Les antres tiommes une égalité sublime, s'ils ne se refusent jamais les uns aux antres la v»^ rite, la cbaritè ni la justice.

Telle rst la hauteur où la Religion sait élever YEdttcation commune itt vul;^aire des enfants du peuple, quasad on La. laisse faire. Education moins brillante sans doute, maïs aussi forte, aussi digne et aussi vertuense que toute anlre Education, et dans laquelle le peuple trouve les quatre grands biens de Thumanité, à savoir : le bon sens, le trouai/, la Religion et le respect.

Le bon sens et le travail pour lui-même, la Religion pour Dieu, et le ri*spect pour tous : le respect qui est aussi de la religion et du bon sens; le respect qui devient an besoin toute vertu; le respect qui est tout à la fois la probité, la justice, la charité, Tobéissance aux lois, la résignation dans le maiiierir. TEspérance et le regard suppliant vers le Ciel !

Oui, je V'dt'lirme : si la Religion faisait toujours TEdacation des enfants d a peuple, si on lui permettait toujours de \e& élever à TEcole du respect, elle les ferait si grands dans leur simplldtè, si forts dans leur vertu, si nobles et si riches dans leur travail, qu'on serait étonné de Tordre, de la paix, de la prospérité d'an tel peuple; et la nation dont il serait le fond et la force immuable demeurerait opulente et tranquille au dedans, respectée et invincible au dehors, et serait la première nation du monde.

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