‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 99 sur 122 · M. LAuaEims · texte numérisé non relu

M. LAuaEims

â. Si l'on Teut comprendre le aecret du succès obtenu par les Frères des Écoles chrétiennes dans leur enseignement et l'esprit qui les anime, il faut lire les admirmbtea «onMiIs donnés par le frère Agathon, en commentant pour ses confrères les leçons du B. de la Salle, fondateur de leur institut, dans le livre qui a pour titre les Douze Vertus d'un bon Maître, Ce petit ouvrage devrait être entre les mains de tous les instituteurs de renlMice : malhesrflWMOMsc il est trop peu coma.

de vênératioû et d'amour ; où TÉvangile s'honorait de compter dans les rangs les plus obscurs de nombreux disciples qui mettaient leur gloire et leur bonheur dans une humble obéissance à ses lois, se glorifiaient de transmettre |

à leurs enfants, comme le plus précieux des héritages, leur respect et leur reconnaissance pour cette Religion sainte, et préparaient ainsi de loin aux ministres de TÉvangile le con- ' solant espoir d'une moisson facile au milieu des générations naissantes !

Qu'elles sont devenues rares sur le sol de notre patrie, ces familles pauvres, mais bénies, dont les pères gardaient le dépôt sacré de la foi comme la consolation de leur indigence, dont les mères savaient ajouter à leurs leçons l'exemple et l'encouragement des plus solides vertus, dont les enfants enfin, dès le plus jeune âge, allaient dans les bras de la Religion recevoir les premiers enseignements de la sagesse et mettre à Tabri leur innocence ?

A ces jours de piété, de vertu et de bonheur, qui ne sait quels jours ont succédé I De toutes parts l'impiété triomphante a étendu ses déplorables conquêtes ; et, si les riches, après de terribles leçons, ont cru devoir enfin refuser leurs hommages à cette grande maîtresse de tous les crimes, k cette mère de tous les malheurs, les pauvres, moins intéressés ici-bas que ne sont les riches à répudier ses enseignements dangereux, n'y sont restés que trop dociles, et trop souvent, encore aujourd'hui, repoussant avec brutalité loia^ d'eux les lumières de la foi, se plongent et s'enfoncent obsti- ' nément dans les plus épaisses ténèbres de l'irréligion.

Né au sein de cette nuit désastreuse, l'entant de nos ateliers ou de nos campagnes croit dans un oubli profond du Ciel, dans le mépris de la Religion et dans la haine pour ses ministres.

Voyez-le errer par les rues de nos grandes villes, ou dans les villages civilisés que traversent nos grandes routes :

que respecte-t-il ! qui a l'œil plus impudent et plus effronlé ' que lui ? Et, je le demande, comment en pourrail-il être autrement ?

Le nom redoutable de Dieu, il ne l'entend proférer souvent autour de lui qu'au milieu des blasphèmes ; et, s'il le faut, l'enfer saura bien lui envoyer quelque grossier précepteur d'impiété, pour lui dire que Dieu n'est qu'un vain nom, le Ciel une chimère, la conscience un préjugé, la Religion une tyrannie, les magistrats et les rois d'indignes oppresseurs, les Instituteurs et les maîtres d'imbéciles et odieux despotes, et les ministres de l'Évangile surtout', des hommes farouches, ennemis de tout bien et dont le cœur ne s'attendrit jamais.

Je ne parle pas ici en l'air. J'ai vu, j'ai entendu ce que je raconte. Je me suis longtemps occupé, je m'occupe plus que jamais des enfants du peuple : eh bien ! je dois l'avoner, que de fois, lorsqu'on me les amenait, lorsqu'on se décidait enfin à les confier, pour quelques jours rapides, à mon ministère attristé, que de fois, à la vue de ces jeunes fronts sitôt fiétris par le vice et de ces regards sitôt pleins d'iniquité et d'orgueil, je me disais à moi-même : Mais c'est donc le génie du mal qui a épié le premier éveil de leur raison naissante pour l'égarer, leur premier souffle pour Je corrompre !

La vérité est qu'on a depuis trop longtemps accoutumé le peuple à tout mépriser, à tout profaner, pour qu'il respecte encore l'enfance.

Et, il faut que j'en fasse l'aveu avec confusion et douleur l le plus souvent, tous mes efforts ont été sans succès contre une corruption si prématurée et si profonde ! Vainement essayions-nous de relever vers le Ciel ces pauvres âmes abaissées vers la terre : nous n'en recueillions le plus souvent que des fruits de mort ; l'impiété, plus puissante^ les avait condamnées malgré nous au sort de ces plantes malheureuses, fanées en naissant, qui ne retrouvent ni beauté ni fraîcheur.

302 LIV. 1. — BBS DlVEilSBS SORTES D'ÉDUCATION.

alors même qu'une terre bienfaisante leur prodigue ses sucs et le ciel sa rosée.

Si quelque chose m'étonne, c'est que l'on puisse encore s'ayeagler sur les conséquences d'un fait aussi pa^ealet aussi lamentable. J'ai vu des hœinètes geias qui essayant de sepersoader que les systèmes subversifs de Tordre publiese }omul à la surface de la société : étrange illusion l Ah l si c'est là un jeu, il est effroyable. Qu'on aille se convaincre de la rapidité menaçante avec laquelle les principes du commanîsaie se répandent dans les villes, parmi les populations ouvrières, etla théorie de la loi agraire dans nos campages! J'ai causé longuement avec des révolutionnaires de village, avec de petits socialistes de quatorze ans : je n'ai jamais rencontré rien de plus effrayant que la simplicité de leurs criminelles espérances, rien de plus cruel que la nauveté de leurs vœux. On n*en a aucune idée^ quand on ne les a pas vus et entendus.

Voilà le mal, je le répète : on essayerait vainement de se le dissimuler.

Mais qu'a-l-on fait? que fait-on pour y porter remède? Presque rien jusqu'à ce jour.

Et la mal n'est pas ni d'aujoud'hui ni d'hier. Des observateurs attentifs et impartiaux en ont déjà signalé, il y a plusieurs années, la naissance et les progrès.

Voici en quels termes M. Lorrain , longtemps professeur de l'Université, récemment proviseur d'un c^lége de Paris, s'exprime, dans son tableau de l'instruction primaire en France, à la fin de 4823, ouvrage composé sur les rapports des cent quatre-vingt-dix inspecteurs chargés de viaitercette année-là les écoles- de France :

c Des Pyrénées aux Ardennes, du Calvados, aux wonia- « gnes de Tlsère, sans en excepter la banlieue de la capitale, « les inspecteurs n'ont poussé qu'un cri de détresse.

« L» misère des instituteurs égale leur IgnoraiBce et le mé- « pris public mérité souvent par leurigBOTiinfe. C'est un

Page 1