CH. VI. — DB LA HAUTE ÉDUCATION INTELLECTUELLE
riger les diverses parties de TEtat, et à faire marcher la société dans les voies de ia prospérité et de la paix, de la vérité et de la justice;
Education qui réclame au moins les vingt ou vingt-cinq premières années delà vie ; ceux qui la reçoiveat sont destinés à gouverner leurs semblables : ne faut-il pas qu'on prenne le temps de rendre tout chez eux plus parfait et plus achevé?
Education, en un mot, qui est VEducation kounaùie par excellence, parce qu'elle forme, perfectionne et achève rhomme dans toute retendue de ses facultés les plus nobles, parce qu'elle prépare et élève la plus illustre portion du genre humain.
On le sait : Tétude approfondie des langues et des littératures française, grecque et latine est la grande forme intellectuelle de cette haute Education.
C'a été de nos jours une chose étrange : ce qu'on nomme le côté positif des choses est devenu si généralement le point de vue du siècle ; les intérêts matériels ont acquis parmi nous tant de prépondérance, et ont été un moment, du moins, si dominants et si forts, qu'il n'y avait rien de plus commun que d'entendrs contester la nécessité de cette haute Education des âmes.
On n'apercevait même plus de quelle importance il est pour tous que les classes élevées, que les classes dirigeantes de la société, ne soient pas uniquement pourvues de connaissances spéciales et professionnelles , comme si les grandes vertus sociales et religieuses, qui protègent et font fleurir les mœurs, qui inspirent le dévoûment civil et le courage politique, ne leur étaient pas nécessaires avant tout!
Gomme si les connaissances générales , qui étendent et fortifient l'esprit n'étaient pas propres, parla même, à perfectionner les connaissances plus matérielles et plus positives !
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Comme si, en substituant à la haute Education intellectuelle renseignement tout professionnel, on ne condamnait pas la société à n'être plus qu'un corps sans âme, à n'agir que d'après les vues bornées d'un instinct sans lumière, à ne plus marcher que dans les voies étroites d'un avancement sans progrès véritables !
Gomme si l'étude sérieuse et approfondie, l'étude intelligente des trois langues et des trois grandes littératures grecque, latine et française, ne plaçait pas l'école des philosophas les plus profonds, des poêles les plus sublimes,des moralisles les plus sages, des historiens les plus graves !
Gomme si ces humanités* contre lesquelles on s'est tant récrié, avec plus d'ignorance peut-être que de mauvais vouloir, n'étalent pas simplement le perfectionnement de la raison et du langage, par la méditation des plus beaux monuments do la pensée et delà parole humaines I
Gonmie si, depuis trois siècles, elles n'avaient pas élevé TKuropo, ot r«ll, pour le bonheur et la gloire de Ja société tout enli('»ro, \os hommes d^nnc humanité supc^rieure/
Non : quoi qu'on en ail dit, il n'en demeure pas moins vrai, ol II lo sera louiours, que la Lillèralure, rHistoire, rKloiiuiMico el \a Philosophie sont filles des Humanités, et reines du monde.
Il nVu demeure pas moins vrai qu'à très-peu d'exceptions près, co sont les lillôrateurs, les historiens, les orateurs et ioî^ philosophes, qui ont exercé et exerceront toujours, dans leur siècle ol dans leur pays, une influence • directrice profonde et universelle,
t» lwrtu<»«o<f bonne ou manviiist^. heureuse ott malheureuse, TÎTifiante ou mor)<cU^« *d,>n que ees jf^rtnds couduetenrs des esprits demandent euiiul«nr$ l<^ur «iiro^'Uon à U Ti^rît^, à U Tertn, c>st-h-dire k la ReligioB; on hiou n<» »*in$)ùre>ut q^ie de Porgueil de leur nîson et des Tidempen- <^h«nu di^ Wur r<«»iir. Mus, s^alutaire ou penùcîeose, cette influeaee sert itt^Hi^wn rx^eUe, toi^<^ars puissante.
CH. VI. — DB LA HAUTE ÉDUCATION I^TELLECnTQXC 3IT
Je le demande, en effet, qne serait la magisintcre;» à désormais toute TËducation da magistrat était faite snîqoe-
ment dans le Code?
Que serait la diplomatie, si FEducation du diplomate était
bornée à Tétude matérielle du droit des gens?
Que serait le gouvernement des nations, qn^on me permette ce singulier langage, si, pour toute préparation, il avait le surnumérariat des ministères?
Que serait même Fart, la haute industrie et le haut commerce, si toute TEducation de Tarliste, du grand industriel, du grand commer<:.ant, se faisait uniquement dans un atelier, une manufacture^ une usine ou un comptoir?
Les génies que Ton voit éclôre sans culture sont rares; et j'affirme, pour l'avoir observé au moins quelquefois de près, qu'ils ix'atteignent jamais le point élevé de développement naturel que TËducation leur eût certainement donné.
Dans la littérature même l'esprit ne suffît pas : les connaissances littéraires et la force que donne la haute Education sont indispensables. Si tel poète eût fait ses humanités^ il eût peut-être été supérieur; tandis qu'il n^est que touchant, léger, gracieux, quelquefois énergique, mais inégal, et admiré moins à cause de son talent même que de la condition oùilestné.
Quel serait, d'ailleurs, le terrain commun sur lequel se rencontreraient toutes les intelligences d'élite, appelées, d'une manière ou de l'autre, par la Providence, à servir leur pays dans les grands emplois, et à aider leurs semblables? Ne faut-il pas que tous ces hommes puissent se retrouver et s'entendre à une certaine hauteur?
Si le besoin d'hommes spéciaux doit faire restreindre, pour un grand nombre, le cercle des connaissances & des notionstoutesprofessionnelle8,ne faut-il pas, au moins, que les classes supérieures, que les hommes placés au sommet de la société, qui en sont comme la tête et le cœur, montent
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316 LIV. V. -> DES DiVeBSES SORTES D'ÉDUCATIOX.
plus haut, cherchent an horizon plus ëtendn,et respirent on air plus pnrf
Ne taut-il pas qne toutes les sommités sociales, — et ici )e parle ansfi bien des sommités in dastrielles, commerciales et militaires, que de la magistrature et du sacerdoce, que des instituteurs de la jeunesse etdesiégîslateurs des peuples, «* ne faut-il pas qne tous aient reçu une Education assez large, une Education assezforte, une Education assez haute, pour qu'elle les rapproche tous les uns des autres dans ces régions supérieures où il convient àThonneur, et, je rajoute, à la félicité du genre humain, que ceux qursont les chefs et les fils aînés des natious se rencontrent et s'expliquent sur les intérêts généraux de l'humanité?
Le genre humain, que ces nohles et religieuses intelligences représentent, en aura plus de force et de vie; il verra de plus loin; il sera placé plus haut; à leur suite, il pourra marcher avec sécurité sur les hauteurs de la terre, et s'appliquer à ia contemplation paisible des vérités surnaturelles et divines dont le Christianisme a fait le plus noble apanage deThumanité.
Et, s'il faut le dire, la vie matérielle n'y perdra rien ; car elle ne peut être oubliée la parole du publiciste qui s'écriait : « Chose admirable ! la Religion chrétienne, qui semble « n'avoir pour objet que la félicité de l'autre vie, fait encore « notre bonheur dans celle ci*. »
Et d'ailleurs, qui ne le sait? les grands siècles littéraires ont presque toujours précédé les siècles des grandes décourertes scientifiques, et les ont préparés.
Aristote et Théophraste, les premiers naturalistes de la Grèce, le grand Hippocrate, fermèrent le siècle de Pèriclès, où ils s'illustrèrent aussi à d'autres titres.
Piolémée fat de TEcoIe d'Alexandrie.
1, Montesquiku.