CH. VI. — DE LA HAUTE ÉDUCATION INTELLECTUELLE
Varron était contemporain de Cicéron ; Pline l'Ancien suivit le siècle d'Auguste.
La renaissance des lettres, dans TEarope moderne, fut aussi l'époque des grandes découvertes.
Kepler, Pascal, Descartes, Torricelli, Newton, furent d» dix-septième siècle.
Enfin Lavoisier, Berlholet, Cuvier et les autres n'ont paru, chez ncHîs gifà notre troisième on quatrième siècle littéraire.
Non, non, laissez prendre à quelques intelligences tout to développement dont Tesprit humain est capable, et tout y gagnera, et le profit en sera pour tous.
Et, d'ailleurs, la vie des nations ne consiste-t^Ue donc que dans le bien-être et dans la force matérielle ?
La dignité des mœurs publiques ne contribue- t-elle pas à leur bonheur?
Les lettres ne sont-elles plus un noble ornement pour les peuples ?
La Religion n'est-elle plus leur guide, leur consolation, leur espérance et la plus chère de leurs traditions ?
Faut-il brûler les archives où l'esprit humain a déposé ses méditations les plus sublimes, ses élans les plus purs, et ne plus les redire aux générations à venir t
Faut-il attacher l'humanité tout entière à la glèbe !
Faut-il étendre sur tous les esprits le niveau des connaissances matérielles, et en faire les fourches caudines deTintelli'gence humaine ?
Faut-il donc enfin tailler au mètre toutes les puissances du génie de l'homme, tous les fils les plus glorieux de l'humanité, comme une forêt coupée partout à la môme hauteur, et où l'œil ne découvre plus ces grandes et nobles tiges, ces beaux arbres protecteurs de la terre, qui sont l'honneur du sol par la force de leur tronc, par l'étendue de leurs rameaux, par la richesse et la fraîcheur de leur feuillaige, f ^
dont la superbe tête se dore et s'illumine magnifiquement aux rayons du soleil ?
•Non, pour l'honneur, et, je rajouterai, pour le vrai bonheur du genre humain, il faut relever et perpétuer dans ceux qui sont ses chefs et ses guides naturels les traditions de haute intelligence et de forte raison, de vertu délicate et de religion profonde.
Que ceux-là, au moins, puisqu'ils doivent être l'âme delà vie sociale, ne se réduisent pas au matérialisme d'une Education purement positive^ et que, par eux, ceux qui sont comme les membres et le corps actif de la société sentent au moins qu'un esprit supérieur les soutient et les anime.
Oui, il importera toujours à une nation d'avoir des hommes politiques dont la jeunesse ait été formée aux leçons de Tacite et de Bossuet ; des orateurs qui aient connu Démosthènes et Cicéron et les chefs-d'œuvre de l'éloquence évangélique ; des magistrats qui aient prêté Toreille aux mille accents des souffrances humaines, en même temps qu'aux leçons de la sagesse antique sur la justice absolue ; des philosophes qui aiment à profiter des traditions du bon sens et du génie, et des grands enseignements de la foi ; des poètes et des littérateurs qui soient formés à l'école du goût, de la raison et de la vertu; des militaires, des marins, sachant autre chose que la manœuvre et la théorie, capables de l'enthousiasme de leur profession et sensibles aux inspirations de la vraie gloire ; des industriels et des commerçants, qu'une forte Education ait rendus capables des grandes vues et des vastes entreprises; des hommes enfin qui aient Tintelligence des intérêts supérieurs de l'humanité, qui mettent leur honneur plutôt à en être les protecteurs que les dominateurs, et qui trouvent plus de joie à la défendre qu'à l'opprimer.
Il est vrai: l'industrie, les arts, le commerce ont pris dans ■la vie des peuples une place plus considérable qu'ils ne l'avaient jamais eue, et, loin de m'en troubler, j'en bénis la