CH. VI. — DE LA HAUTE ÉDUCATION INTELLECTUELLE
Providence ; mais ce n'est pas une raison pour en faire le couronnement de l'édifice social. C'est au contraire un motif pour donner à la haute Education de Tâme une attention plus sérieuse et des soins plus nécessaires que jamais, afin que la vie intellectuelle et morale des peuples s'élève plus haut encore que leur vie matérielle, et n'en soit pas écrasée ou flétrie.
Que les amis de la vérité et de la vertu ne s'effrayent pas; comme je les vois quelquefois le faire, des progrès matériels; seulement, qu'ils comprennent bien que ces progrès leur imposent le devoir de travailler désormais à élever leur esprit, leur cœur et leur conscience, avec d'autant plus de constance et d'énergie, que le rôle de la matière s'agrandit dans le monde. Dans cette haute sphère, plus qu'ailleurs, le progrès est toujours possible, toujours glorieux ; la vertu est plus difficile aux siècles de luxe, et sous la pourpre de l'opulence et de l'industrie que sous la bure et l'armure de fer des temps barbares, mais elle a peut-être aussi plus de dignité, de noblesse et de douceur.
La Religion, d'ailleurs, et l'intelligence humaine ont des ressources infinies qui leur permettent de mettre l'homme intellectuel et religieux toujours au niveau et même à la tête du progès matériel, quel qu'il soit.
Le Christianisme n'a pas essayé ses premières forces sur un monde ignorant et barbare; et lorsqu'un tel monde lu a été donné, tous ses efforts ont eu pour but de l'élever audessus du monde civilisé et poli qui précédait, et il y est parvenu ; et ce monde nouveau, c'est nous!
Et il y est parvenu, en nous faisant profiter des antiques enseignements profanes, ennoblis et purifiés par lui, et en y ajoutant les leçons, les vérités ou les vertus qui n'appartiennent qu'à lui-même.
Quoi qu'on ait dit et fait, il demeure aujourd'hui que le Christianisme est encore et sera toujours la vieille et forte
sève des sociétés modernes, sans laquelle la civilisation la plus avancée ne produit rien d'e nouveau qui soit grand, qui soit pur, qui soit beau et vraiment durable.
Les premières imprimeries florissantes furent, on le sait, établies au Vatican.
C'a été une sage inspiration de demander à la Religion ses vœuK et ses bénédictions pour les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Malgré quelques préjugés sans lumière et d'étroites rancunes qui se retrouvent encore çà et là contre nous» on abjure enfin de trop superbes dédains, et on comprend que, si TEvangile et la croix venaient tout à coup à nous manquer, nous retomberions dans la barbarie.
Je conclus :
Que le Christianisme pénètre donc profondément l'Education de ceux qui sont appelés aux grandes fonctions, aux grands services de la société : quoi qu'on fasse, rien n'importera jamais plus que TEducation intellectuelle et religieuse des hommes quidoivent être l'âme, la pensée et le principe de vie du corps social.
Ne croyons pas avoir travaillé en vain, lorsque nous aurons donné à quelques-uns des enfants de la France une haute Education intellectuelle, sans application immédiate à telle ou telle profession, peut-être ; si cette Education les aide à recueillir tous les trésors de l'esprit et de la sagesse humaine, elle en aura fait ces hommes, si bien nommés dans la langue française, des hommes distingués, des hommes supérieurs : lesquels, après tout, si l'Education que je réclame pour eux a été vraie, forte et saine, comme elle doit l'être, resteront toujoursv les guides, les bienfaiteurs et les maîtres de leur siècle et de leur pays.