QUELS SONT CEUX AUXQUELS CONVIENT LA HAUTE ÉDUCATION
INTELLECTUILLB
La haute Education in telkctuelie convient à tous ceux qu'une position providentielle^ une nature plus riche^ on une vocation plus haute, appellent à recevoir un développement d'esprit, de caractère, de conscience^ plusferme, plusètendu, plus élevé, plus profond.
Elle convient à tous ceux qui devront occuper dans la société humaine une situation importante et y exercer une certaine influence générale ; qui auront besoin,*par conséquent^ d'être des hommes plus complets, plus éclairés^ plus parfaits, plus dévoués, puisqu'ils doivent guider les autres dans .les voies de la civilisation et du progrès littéraire, Bcieniifique, industrie], politique, religieux et moral.
Elle convient, en un mot, à tous ceux pour qui leS'dms <aaturels reçus de Dieu^ une position sociale acquise, oxxJbs.dervoirs d'une vocation certaine, rendent nécessaire un développement supérieur de toutes les puissances de la natuse humaine.
Tous ceux-là, s'ils ont une capacité vulgaire,- car il peut arriver qu'avec une capacité vulgaire on ait une position sociale^.ou même une vocation qui ne le soit ^pasi, — seront élevés par la haute Education au-dessus du vulgaire : et s'ils ont de belles facultés, elle en fera des hommes ëmineal&y de la plusiiaute portée sociale ou leligiouse.
La haute éducation intellectuelle est donc icon^enable, même nécessaire : 4<* pour toutes les fonctionfi^ ^q^ exigent par elles-mêmes un grand développement de l'esprit, idu caractère et de la conscience, c'e&t à-dire pojur .toutes les fonctions d'autorité, pour tous les grands services jgooiaux : pour la magistrature, la législation, le gouvernement, la
diplomatie et les affaires politiques, la haute littérature, la philosophie, rEducatiou, le sacerdoce.
if" La haute Education est quelquefois nécessaire pour les degrés élevés de certaines autres professions qui, par ellesmêmes, ne semblent pas la requérir.
J'entrerai dans quelques détails et parlerai d'abord des fonctions qui réclament par elles-mêmes la haute Education ; la magistrature, par exemple.
Le magistrat a besoin, au plus haut degré, de raison, de jugement, de perspicacité, de fermeté : il a besoin d'une sensibilité noble et grave, d'une élocution claire et précise, d'une conscience intègre et éclairée.
Toutes les facultés austères de l'homme doivent être perfectionnées dans celui qui est appelé à juger les hommes.
La haute Education lui est donc nécessaire : elle est pour lui un besoin de profession.
Cette Education non-seulement forme en lui l'homme distingué, l'homme complet, mais elle prépare aussi le magistrat.
On peut même dire qu'elle l'aide d'un côté plus positif comme juriste.
Par une disposition delà Providence, il est arrivé que les sources du droit humain, du droit européen, se trouvent dans la littérature latine : le Gode Justinien est un des fondements du Code français. Presque tous les juristes, même des temps modernes, ont écrit en latin. Dès lors Impartie instructive de la haute Education est devenue pour le magistrat une partie essentielle de son instruction professionnelle. Les humanités, pour lui concourent, tout à la fois, à former V homme, à préparer le magistrat^ et même à instruire le juriste.
Mais supposons un moment quela haute Education intellectuelle et morale lui ait fait défaut, n'ait pas préparé ses facultés, comme elles avaient besoin de l'être, qu'arrivera-t-il?
GH. VI. — DE Ik HAUTE ÉDUCATION INTELLECTUELLE. 323
S'il étudie le droit dès son enfance, il en sera écrasé ; et, en tout cas, il nera pas autre chose qu'un praticien dont rintelligence est bornée à la lettre du Gode : au lieu d'être Vhomme des lois^ il sera un homme de loi, ce qui est fort différent.
La haute Éducation, au contraire, en fera un magistrat honorable^ même s'il n'est qu'un homme ordinaire ; et, s'il est supérieur, elle en fera peut-être un Lamoignon ou un Mole.
Cette Education est-elle moins nécessaire pour le gouvernement des Etats, pour les affaires politiques! oserait-on le dire?
Qui a plus besoin d'un développement complet de la raison, du jugement, du caractère, delà conscience, que celui qui peut, qui veut un jour gouverner les hommes? A quel manuel de connaissances spéciales pourra-t-on réduire un art qui suppose les connaissances les plus générales, bien plus, qui suppose presque toutes les connaissances? Où vous formerez-vous à cet art, si ce n'estauxleçons des sages etaux grands enseignements de l'histoire, si ce n'est en étudiant les monuments les plus illustres de la réflexion et de Texpérience? Où puiserez-vous la force decaractère, sicen'eslen passant au moins les vingt années de votre enfance et de votre première jeunesse à l'école d'une discipline vigilante et ferme? Commentconnaîtrez-vous le lien des esprits^ des cœurs, et le secret de faire fleurir les socilés, si la Religion ne vous a ouvert les trésors de sa sagesse.
La Diplomatie^ qui esll'art de traiter de peuple à peuple, et qui décide souvent les intérêts les plus généraux de Thumanité, exige-t-elle moins la haute Education intellectuelle et morale? Suffira-t-il pour elle de savoir l'anglais et l'allemand, et d'avoir fait un cours de droit public sous un professeur quelconque ?
<Jui ne sent aussi la nécessité d'une forte et vaste Educa-
3i6. LIV. V. — DES DJLVBRSE& SQRTfiS D'ÉDUCATION.
tion intellectuaUa^ \mt\&MUrate/iXT'^ lephilosapàaeiVhistorient
Le noQibre de ceuxK^i est sans doute resfreânt : laftis: leur influence est. grande* Cest. sur leurs opinionsi qine la- jeu^nesse forme les siennes. En eux l'ignorance est le moindre des maux. Le défaut de raison^ àt lugementr degoùt-vAlabsence de foi^ riaunoralilé^ringtabililè du caractère; lalégèretè de la conscience,, sont bian autrement désasUreusL.
Sans celte forte et haute Education, la France sera ï&m^ temps égarée.par des littérateurs aussi dépourvus- dA> raison que de sens moral, par des bistoriens sysfiématîquds et menteurs, par des philosophes incapables de persuaderune^ vérité, ejb d'enseigner unfi vertu.
En&n,pour r/nstituteur etpouc lePt^fre'„lahautefidaea^ tion est ua moyen indispensable dTaction,. eli pair^ lài même un devoir sacré. Ce serait une. téimèri té cnminelled'aiiAEBder: de telles vûcaiions,. san& avoir obercbô à acquérir tûMle la perfection intellactuelia et monale dont on est capable. En particulier,, ceux qui sont appelés au sacerdoce ne doivent jamais oublier que leurs loncUons SÊrontile&plushautfis^es plus graves, les ptusi délicates '.jamais leur Ëducaiiôft ne sera trop parfaite :. le prêtre est celui quia 1» pUis besoin d'être Vhomme complet : il a besoin d'être tout Ihùmme^. ci presque un homme divin, pour: représenter diguemeni rhomme auprès de Dleu^ et Dieu auprès de Ubomrae^ pour devenir tout.à la fois^ Vhomme du peupleeï Vhommade Dieu^
Voilà quelques-unes^les professions qui rédamenilaiiaute Education de toute nèce&H té; mais il en. est d'autrea^ qui, sans exiger pour leur accomptisfiement. rigoureux, lesf coiinaissances générales et le; dèveloppemejitd' esprit que^iMUM» la haute Ëducatiouyen. retii^nt.néfinaioinsd'imiiiense9â9antages; il en estungraudm)mbreaù.cette£ducati(m donntt^a une Incontestable supériorité; où elle rendra ëminêtU :
V^tat militaire^ par exemple» où sans oeUe Education on
CH. vî:. — mrhh haute- Éi>xitrA'noN intellectuelle. 327
pourra devenir un lieutenant-^colbnel, quelque clrose dteplhs même;- m«s jamais, sauf les^rares exceptions que la nature fait pour le génie, jamais un grand capitaine^ jamais un Condé, avec le coup d'œil d'aigle, à vingt ans* ;
La marine, où Ton pourra être un Jean Bart, mais jamais un Toarville ;
L'athninistration publiquei où Ton sera par une forte et brillairteEducalioff un grand ministre, un Sully, un Golbert, au lieu d'être un ingénieur des ponts et chaussées, ou un oh^^dè^di vision;
Dairsces'soTles' de professions; certaines^ connaissances spéciales tiennent sans doute et'dôiventtenir uneplus large* piaœ'que'dans les autres: sans douter aussi' ce qu'enseigne la haute Education est moins rigoureusement requis pour la prcfession elle-même ; mais est-il inutile de fortifier, parle développement d'esprit qu'elle donne, les facultés qu'exigent ces sortes de- vDCsrtioHS'?'
Souvent, bien loin de nuire à cette vocation spéciale, les huHMHrités, qui peut-être vous semblent inutiles, en deviendront oommeia base, la racine: elles en conserveront la sève et la fortifieront ; elles la nourriront de sucs généreux appropriés à tout ce*.qui est grand et beau, et lui feront porter ainsi des fruits plus magnifiques et plus forts.
Certes, je ne' conteste pas qu'il ne soit nécessaire d'appliquer alors l'enfant à d'autres études. C'est ce que doivent décider un père éclairé, un sage instituteur.
Je crois même qu'il faut sacrifier quelquefois tel genre d'instruction, telle partie des humanités, des lettres grec-
1. Gondé. avait reçu chez I as Jésuites, au coilSge- des Bourges, laiplus lîaute, la plus forte Education intellectuel! e. Dans son enfance^, il ne poiir vant 'Obtenir 'aucQire faveur de son père, sans lui en présenter la requête danS'une lettre écrite ^en-'latini
A quinze ans, il avait achevé les Inatitutes de Justinien; il écrivait' ki son père, le 21 novembre 1635 : Ut finem hodie InMutionibus JuslkiiannÂmpomerim felieiten
ques OU latines ; mais TEducation, jamais. D'une manière ou d'une autre, achevez toujours de développer, d'élever l'esprit de l'enfant, de former son caractère, sa conscience et son cœur.
Je ne dois pas quitter l'examen des choses qui nous occupent en ce moment, sans répondre à uue dernière question qui se présente naturellement après celles que nous venons de poser et de résoudre :
Que faut-il faire pour ceux à qui cette haute Education ne convient évidemment pas, et qui sont nés cependant dans une position gui semble la réclamer î
Je réponds qu'il faut d'abord distinguer ici deux natures d'enfants :
\^ Ceux en qui une incapacité radicale pour l'élude des lettres se trouve, et à qui la haute Education ne convient pas, uniquement à cause de l'instruction qu'elle donne;
2» Ceux qui, avec des facultés très-heureuses, ont une nature irrégulière et fortement prononcée, qui les empêche de se plier aux formes ordinaires delà haute Education intellectuelle.
Quant aux premiers, il faut observer de près leur aptitude ; déterminer, d'après celte observation, les études qui leur conviennent, et les y appliquer spécialement ; en faire le fond, le pivot de leur Education intellectuelle : mais il ne faut jamais oublier qu'il doit toujours y avoir Education : intellectuelle, autant qu'on le pourra ; morale et religieuse, sans restriction.
J'ai eu déjà occasion de l'indiquer en traitant de l'enfantet du respect qui est dû à la liberté de son intelligence. Les humanités ne sont pas le seul moyen de développer l'esprit : il y a les arts; il y a les sciences naturelles; il y a surtout Vhistoire.
L'histoire peut devenir, pour certains enfants, le pivot