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CH. YI. — DE LA HAUTE ÉDUCATION INTELLECTUELLE

de TÉducation intellectuelle ; pour d'autres, ce seront les sciences : les sciences exactes même pourraient convenir en certains cas : une élude approfondie de la Religion m'a plu sieurs fois aidé puissamment. J'étonnerais peut-être trop, si j'indiquais pour certaines natures des études philosophiques et morales^ et pour d'autres des lectures instructives et amusantes dont on les obligera à rendre compte, entremêlées d^exercices gymnastiqUes variés et fréquents, mais réglés.

Mais, quel que soit le genre d'étude et d'application qu'on choisisse, il faut toujours que la loi du travail, qui est la grande loi de TÉducation, soit accomplie.

Quant aux seconds, je reconnais qu'il y a certaines natures auxquelles les formes ordinaires de l'Éducation classique ne paraissent pas convenir, et qui semblent de bonne heure comme irrésistiblement entraînés vers des vocations spéciales, et en apparence incompatibles avec un système régulier d'études littéraires.

Tels sont, par exemple, les enfants en qui se révèle de bonne heure le goût de la marine. Je ne citerai que ceux-là: je suis aise d'en dire ma pensée, et ce que l'expérience m'en a appris.

La Providence semble les signaler elle-même à l'observation attentive : il y a en eux des signes de vocation, des caractères parfaitement significatifs.

Ils ont à la fois quelque chose de fort et de contenu qui les dompte au besoin et aussi quelque chose d'ardent et d'impétueux qui les entraîne : quelque chose de grave qui les porte à réfléchir, et quelque chose d'aventureux qui précipite leurs réflexions à travers les champs de l'espace ; il y a d?ins leurs mouvements physiques un besoin d'exercice rude, de déploiement plus libre ; il leur faut de l'air, un grand horizon, un vaste spaciement^ qui puisse donner à leurs qualités et à leurs défauts un développement légitime et sans dangers ;

330 LIY. Y. — DEa PIVBRSBS SORTES D'ÉDDCATIOX.

il leur faut des cordages à manier, des vûiles à^teiidve, des mâts à dresser, des mers à.parcourir, des tempêtes à braver; il leur faut rOcôan^ les. grandes Indes, les grandes^idéoenn vertes, le Nouveau-Monde, les flots.soulevés !

Les formes de rËducation ordinaire ne leur conviemient pas : je Tai vu,, je Ta! éprouvé plu^eurs fois, mais on Jh&doit point s'en attrister.

Dieu est admirable en toutes .^6s œuvEfis,.^t ila^-donnèit ses enfants tout ce qui est nécessaire pour que sa Providence sur eux fût justifiée.

Ils sont plus sauvages, il est vrai, .mais aussi plus sérieuK et plus attentifs; ils .paraissent violants^ mais «au fond, ils sont doux et généreux ; et, quand il le faut, au milieu .du péril, par exemple^ ils ont un courage d'esprit et un calme extraordinaire. Quelquefois on les croit étourdis, légers, -et' sans grande jcon&cience : on se trompe. Tai connu p^u dlenlants plus méditatifs et plus profondément religieux.

A des natures de ce genre, sans aucun doute, on ne doit pas imposer la marche régulière d'un collège, et les. assujettissements uniformes deirËducation classique ; mais on nje doit pas non plus les abandonner à eux-mêmes. Prêtez-vous^ puisqu'il le faut, aux exigences de leur nature ; mais ne perdez Jamais de vue la nécessité de développer leur intelligence et leur cœur, d'éclairer et d'affermir leur fol, «n mèmfi temps que vous donnerez .à leur caractère, et.au besoin à leur corps, le mouvement qu'il réclame.

Je l'ai dit : il est rarje que ces esprits-là ne.racbètent.pas leurs écarts, par plus d'énergie et de vivacité : donnez-leur donc toute VEducation intellectuelle dont ils .sont susceptibles, et surtout le développement religieux et moral, grave, profond, généreux, dont oes Ames ardentes sont presqiuî toujours plus cajxables gue d'autres.

SI CQÂ lignes arrivant jamais jsous les yeux vdes jeunes

nCH. Vn. — VE& PETITS-SÉMrNAIRES. ^31

^marins que j'ai élevés, ils •verront que leur ancien atni n'a jamais désespéré d'eux : c'est Bvec un profond attendrissement que je leur envoie ce souvenir et mes vœux, à travers les orages et la vaste étendue des mers qui 4ious ^sé- {larent.

CHAPITHE W

Des Petits- Séminaires.

LHVH nÉCEBBI'FÉ ET LEUR SPÉCIALITÉ

lieS'^ertks-^'SéBiiiiKafrres sont les ipépinièresde rEglis^ de Framce ; x^t It conimie >dans sa premtèfre source, qu'ellle se renouvelle.; lit est le berceau <ée ses prêtres, récote première de ses docteurs, le sol originaire de ses apôtres, Tasile dBtla>plus Teligienxse éducation.

Aussi, onssait ios grands sacrifices que font chaque ^our NN. SS. les Evoques pour assurer l'existence et la prospérité de leurs IPetite-Sômina^s* £n effet, loi^t ce qui concerne «es 'préoieux >ét&blissenfents tanche de près aux droite et an& întépèts les plus chers et tes plus-sacrés de hi Heligron |unrmi3iotts.

iOsnn'a point encoi^e MbBé «vec quelle unanimité de seniiments^ avec quelle^rmeté de conduite, avec quelle iglévalion de langage, TEpiscopat français tout entier a protesté conitreilesenflravesopippiif^Bsîves des ordonnanceâe 4B!SI8.

jËtitODtrëeemmenteiiQore, dans la coiitroverse mémorable «onlevée panr cette grande question, nos Ëvêques ont fait de

3t LIT. y. — DES IUVGRSE& SURTBS O'ÉDUCATIOlf.

nouveau entendre leur voix avec cette modération et cette îoree dont leurs protestations ont offert constamment on si

aoble »H si touchant modèle.

Eunn^le Chef suprême de TEpiscopat catholique, ce Pou ùie immortel liui préside aujourd'Iiui si glorieusement aux iesuuet?< ie loute TEgiise, adresait» naguère, à tous les Elveques du luoude» ces ^iennell^ paroles :

1 Vénérables frères* continuer à déployer tous les efforts,

* :ouie l^rienae ie votre zèle épiscopal, pour l'édDcation A j e^ e II u t s cie res; que par vos soins ou leur inspire^ même « i« s /û^e :e plus :endre, le godt d'une piété et d^une vertu -c Noiiae:^ ; 4u :is soient inities sous vos yeux à Tétude des t lettres, À la pratique des forteset saintes (^sdpliaes. Aag- A meniez, siL le faut, le nombre de ces institutions pieuses;

* \ùace£-v des mailres et des directeurs excellents et ca- » pabios ; veillez sans repos, et avec le dévoùment le pins

* ^uaer, aiixx que dans ces saints asiles les jeunes clercs 4 soient coustamu!eut rbrmésà la science et à la vertu, mais « toujours eu ui'orme ment ^ rensei^emeiit e^tboUquCy sans i le moindre péril de coutact avec Terreur, de quelque es- A pé^e que ce soit. *

Certes, après de telles paroles» on le comprend : attaquer les Peùts-<kminaii^s> ce serait blesser au cœur FE^ise et sou lacerdoce.

ie le sais> quelques esprits^ préoccupés de vieilles rancunes et cédant à des préjugés étroitSy essayent encore de révoquer eu doute la nécessité et la spécialité des Petits- S.'uiiuaires. J'ai déjà combattu ces adversaires de nos samtes^ écoles- : je crois devoir les réfuter une dernière fois, et ieposerdauii cet ouvrage les preuves irrécusab [es de leur erreur.

Meî^ lecteurs, je Tespère» me continueront «icore ici leur burrveiUiujte attention : cette question a d^aCleurs UMQoars excut? itu ju^ie et profond întér»?L Elle est aujourd'hui plus

CH. VU. — DES PBTITS-SÉMINAÎRBS. 333

importante que jamais. Les Petits-Séminaires viennent d'être affranchis de la longue et douloureuse oppression qui pesait sur eux. Les regards des familles chrétiennes se tournent enfin librement vers ces maisons saintes. Il est donc utile de les bien faire connaître, d'en définir exactement la nature, le vrai but, la spécialité convenable; et d'expliquer, par là même, quel religieux respect est dû par tous à la liberté des vocations sacerdotales.

Les lois solennelles que l'Eglise a portées pour instituer les Petits-Séminaires, toutes les règles qu'elle a tracées à ce sujet, le fait même de leur existence dès les premiers siècles du Christianisme," prouvent invinciblement qu'ils ont toujours été jugés indispensables.

Je dois l'ajouter : les hommes d'Etat les plus éminents ont reconnu et proclamé la. nécessité de ces maisons spéciales non-seulement'pour l'Eglise, mais pour l'Etat et pour la société elle-même.

Cette nécessité des Petits-Séminaires est manifestement fondée sur la nature des choses.

N'est il pas évident qu'il importe de former de bonne heure les jeunes gens aux habitudes ecclésiastiques ; de les préserver, dès le premier âge, des dangers du monde et du scandale des mœurs publiques ; d'étudier et de cultiver en eux le germe de vocation qu'ils peuvent avoir reçu de Dieu; de les appliquer enfin à des études spéciales et en rapport avec les fonctions sacrées qu'ils rempUront un jour?

L'Église, en établissant ces Écoles, en réglant tout ce qui constitue leur existence, en les entourant de toute sa sollicitude, n'a donc faitque céder à un impérieux besoin, qu'obéir au devoir qui lui est imposé de former elle-même et de perpétuer soh sacerdoce.

Et voilà pourquoi l'existence des Petits -Séminaires avait précédé les lois elles-mêmes ; ces lois ne sont venues que

<■■» lit» m «MMiwv» iP •««â*^',. »«-^rTai^

334 LIV. V. — HB6 J>lWmiSR6 SORTES D'ÉDUCATION.

pour . fortifier .jOu iî^ver âesâûfititutionfi déjà fondées: il est facile de f^en con^vaincre en .consultant les annales tie rÉgli^e.

Dès les premiers lemps, des ëcolâs cléricales ûorlssaTent à Alexandrie, à .Rome, k iHip|)one> et dans toutes les parties du monde catholique ^saint Léon le Grand le suppose,lorsqu'il ordonne au&.Étèqoes d!Âfîrique, que ceux-là seuls soient promus aursace^ooe qui /auront passé leur vie entière, dès leurs premières années, dans les exercices de la discipline ecolésîastiqiie < .

Après les troubles des premiers siècles, dit le savant pnpe Benoit XIV, etlonsque la tranquillité fut rétablie, on s'empiKiâsa .d'èrigôr fies .Séminaires épiscopaux, dans lesquels, sous les yeux de TÉvêque, les plus jeunes clercs devaient être élevés et instruits iusqu%«ce qu'ils eussent atteint Tâge de receviolrles ordres saeréB;'eti d'après le cinquante-cinquième canon duConcile^deNicée, il est ordonné aux chorévèques d'élever les clercs, de les distribuer dans les églises, et de veiller à ce qu'ils soient bien enseignés. Aux siècles suivants, il est moins question des Séminaires épiscopau-x, parce que, dit encore BenoîtXW, on érigea des collèges de clercs dans Tintérieur des ononastères.

On le cûmpDendrjene viens p&s faire ici sur ce point une dissertation savanle: je .me.boroe à quelques citations décisives; si ce que jla^Kmce était contesté, je m'engagerais facilement à le prouA^er.par tous les monument?» de rhistoire ecclésiastique^ Jlai à^k eité saint Léon et Benoît XIV : les Souverains i^(nilifes ne M99nt pas seuls à élever la voix : les Conciles panrlent>&leurnour; je me bornerai à en citer quelques-uns :

« Nous ordonnons, dit le Concile de Tolède (563), que les

(1) Non promovendisunt,,. nUi illi quorum omnis œtas a puerilikiis oxordiis usque ad provectioré$ annosper disciplines ecclesiasticœ stipendia

Gffl. mi, — TJfiB PETITS-SÉMINAIRES. ÎJS

m eixtents destines ila ciéricatare «oient instraits, dès 'leurs •« 'pvinuères années^ ^tens la maison de TËglise, stras Tœil ^ 'de rÉvôque, «ef pw te«dhef qii^l désignera. »

(LeClonmie de Vmmt ^29) 'allait i)lus loin encore, etordonnait'que laimaisBude ^chaqne prêtre àeiiùt en quelque sorte un Pelit-Sémîaaire, et il afilestàit que c'^ait î*nsage «ini^WBel €fn Italie * .

Le sixième Concile de Paris tient à peu prts le môme 'langage.

iïe d«TOis'auTK«m»^î!BppBler quelqnes-ims de œs anciens monuments, iwrce q«e plusieurs écmàiro modernes om avancéiïfre «e soin i^^alfterenîance 'cléricale était postéricttr*au 'Goncîte'deT rente : tTeStllà une étrange et p'ossfère wpoor; rimmoriifl «Oiwcile n'avait, sur xse -point, que confirmer tous les décrets des Conciles précédents ; voici ses ignrvesparroleB::

oc II n'est pas possible que les jeunes gens, sans une pro- « 1«tflion de'DieufïftBAjHiisswn*eet toutepatticuîière, ye per- ^ fecHannent'etjiwé^rertt dans la discipKne eccVisiastiriue^ « s'ils n'ont été formés 'à la piété et à^a religion dès leur « ><mâre jfetifievfie, wraivt~que leshslbitudes des^vicesTies posa 6èdeitt'ei»tièFenv»i; ^^samt Cencileordenue que toutes <( 'kfi Églises caO^èftriAes, œétropdlitâines et autres sup'é- « neiires à>o&!tesH3i,<ibacutte "selon 1b mesure de ses 'iiscul- « lés et rèlendue'fte»H'éîocèse,«seTont tenues eft obligées de « nourrir «t îëlever4hns la piété, et fl^inStruire dans la pro- « Cession 'eft disèîi^titte ecéFèsiastîque, un 'cenâin nomtre « iTeirftnrts delenr^'^âiie cttfiorc%se, ou de leur province/»

Au reste, je Tai dit, nous Tie isomrmespas seuls à penser lainBi sur la^nécea^lè 4es Ëcoles spéciiftes 'au -sacerdoce :

« llTaut,<éHBaitV«ta^iBli6,il faut que'la 'jeunesse destinée

1. Pioduit 4*<.omnas jMM^im Qui .itmt,in^aKinshm G9nttikUi, ateun- Jum consuetudinem quam per totam Italiam satis salubriter teneri cogno- ^imus, juniores lectores secum in domo recipiant, et ervdin vontend&nt.

« à la clëricature soit nourrie, dès l'âge le plus tendre, k 4 Tombre du sanctuaire , qu'elle y croisse dans la piétë, « qu'elle y soit disposée, par la prière et de religieuses habi- « tudes, à cette vie de sacrifice et d'abnégation qui doit être « la sienne; qu'elle soit enseignée par les pieux exemples « autant que par les leçons des maîtres.

<r Pour cela, il faut des écoles spéciales, toutes spéciales., a tout ecclésiastiques.

« Ces écoles, ce sont les Petits-Séminaires : les Petits-Séc minaires, qui sont la condition nécessaire de l'existence « des Grands-Séminaires, comme les Grands-Séminaires « sont la condition nécessaire de l'existence du sacerdoce : c les Petits-Séminaires, qui sont la pépinière des élèves a destinés à recruter les Grands-Séminaires, d'où sortent « les prêtres.

« Ces Petits-Séminaires doivent exister par cela même c que les Grands-Séminaires existent.

« Ils ont existé de tout temps en France. On les trouve c déjà dans les canons du sixième Concile de Paris, tenu « en 827, sous Louis le Débonnaire. » u

Depuis le Concile de Trente, ils ont été l'objet de la sollicitude de nos rois. Un grand nombre d'ordonnances en fait foi, et notamment la déclaration de 4698, portant :« Insti- « tution de diverses maisons d'Éducation pour les jeunes « clercs pauvres, âgés de douze ans, et qui paraissent avoir « de bonnes dispositions pour l'état ecclésiastique, p

Voici encore comment un ancien ministre de l'Instruction publique, un protestant % démontrait, pour notre époque, la spécialité des écoles ecclésiastiques :

c A d'autres époques , quand les croyances religieuses « étaient très-générales et très-puissantes, quand les rai- « sons mondaines d'entrer dans la carrière ecclésiastique « étaient puissantes aussi, quand cette carrière ouvrait la

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