‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 110 sur 122 · M. Saint-Marc GinAKOiR · texte numérisé non relu

M. Saint-Marc GinAKOiR

les renseignements, et même, je ne pois le taire, bien pea de sérieux dans la pensée.

On a vu même des hommes politiques traiter bien hardiment, c*est le moins qu'où puisse dire, cette grave question ; descendre quelquefois ici à d'étranges excès, interroger nos consciences, ne respecter pas même la conscience de nos enfants ni celle de leurs parents; décider avec une étonnante témérité les faits les plus délicats ; abaisser enfin aux termes de la discussion la plus misérable une vocation sacrée, une vocation essentiellement née de Tinspiration

divine.

Je dois rajouter : la langue chrétienne elle-même^ sons rinfluence de la tyrannique oppression qui pesait sur nous, semble s*étre altérée à cet égard. Tout a souffert ici, les mots, les idées et les choses.

Je dois donc à cette importante question un examen sérieux, quoique rapide. Je veux au moins offrir sur ce sujet quelques explications simples, qui suffiront^ je Tespère, à redresser les idées fausses des gens du monde et à prévenir, désormais, des discussions malheureuses et de déplorables malentendus avec les hommes politiques.

11 y a, je l'avouerai tout d'abord, un langage et une question qu'on adresse souvent aux Evéques et aux supérieurs des Petits-Séminaires^ et qui m'a toujours paru singulièrement blessante.

AveZ'Vous dans votre Petit-Séminaire^ leur dit- on, beaucoup cTenfavts destinés à Vétat ecclésiastique? Combien en avez-vous qui ne se destinent pas à la prêtrise?

Celte question renferme un sens étrangement faux et profondément contraire à la liberté des vocations ecclésiastiques.

En effets il faut bien comprendre ce dont il s'agit ici, et expliquer nettement ce qu'on veut dire.

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II s'agit de Petits-Séminaires et d'enfants qui ont, pour la plupart, huit, dix, quatorze ou seize ans.

La situation ainsi donnée,^qu'entend-on par ces enfants DESTINÉS à la prêtrise? Voilà ce qu'il faut bien expliquer.

11 est vrai, et je Fai dit déjà, la spécialité de nos Petits- Séminaires n'est pas seulement une spécialité littéraire^ elle est aussi, elle est surtout une spécialité religieuse et morale : et, devenant ainsi plus importante et plus haute, elle n'en est que plus réelle et plus profonde. Mais il faut bien l'entendre, et faire ici avec sagesse la part de chaque chose.

Sans doute, d'une part, la Religion réclame, dès l'âge le plus tendre, ceux qui pourront un jour devenir ses ministres, et c'est avec raison que la société les lui confie ; mais, d'autre part, parmi ces enfants, il n'en est aucun dont la vocation ne demeure libre, et qui, son Education terminée, ne doive pouvoir entrer dans le monde et dans les carrières profanes, si la Providence l'y appelle.

Voilà les deux points, les deux côtés de la question qu'il importe également de mettre en lumière.

Quant au premier point, la chose est facile : L'Education qui prépare à un état grand et sublime, e qui doit former des hommes plus dévoués et par conséquent plus parfaits, n'est-elle pas la plus difficile de toutes ? 11 faut donc la commencer de bonne heure; autrement l'œuvre serait impossible.

11 est un âge dans la vie auquel un ancien attribuait les propriétés du feu, parce que, comme cet élément, il ne connaît point de repos, et qu'il est sans cesse en activité; un âge où l'on pense sans règle, où l'on réfléchit sans maturité, où l'imagination et les sens exercent sur la raison ellemême un redoutable empire et semblent appeler à eux le droit de régler nos destinées; un âge où les incertitudes, les illusions, les combats des passions contraires, les agita-

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lions et les troubles au dedans demandent au mfoins qu'il y ait la paii et la sécurité au dehors^

Dans cette lièvre de la raison, heureux TenfanVàqui on a ménagé, par la force des goûts et des habitudes d'une Education profondément chrétienne^ un contre-poidsà la force de l'imagination et à rillusion des sens, et qui demeure dans, le port lorsque la tempête commence* à s- élever (

Oui, il faut que les premiers regards de ces enfants^ appelés peut-être à de si saintes et si grandes choses, se reposent au sanctuaire avant d'avoir vu lescandale des moeurs du siècle. Il faut que la Religion épie le premier réveil de leur raison naissante pour l'éclairer; le premierurouvement de leur coeur pour le purifier et l'affermir. Ilfautqu^dle les prépare de longue- main à ses grandeurs^ arussi aux* épreuves de leur avenir et aux périls de leur sacerdoce.

Cette grande transformation intellectuelle et morale, si difficile à préparer^ si délicate à suivre, siimportanteà consommer, et q^ui doit avoir sur leur vie' entière' une influence si profonde: voilà le grand travail, voilà l'àenvre de ces premières et décisives années.

C'est alors que', sous les- hautes inspirations de la fôi^ il faut, s'appliquer principalement à former l'esprit et le caractère desNonfants, h fixer leurvolonté, à leur inspirer Tamour religieux du travail et le goût des occupations les* plus saintes. C'est* alors* que la prière recueillie, les enseignements les plus graves de la Religion, la^médltation des vérités leâ:plu& sérieuses^ des retraites régulières aux époques leflypkus solennelies de l'année, etenfin la fréquentation dés sacremeniSî viennent nous aider à accomplir une oeu-vre qut; sans^ces. moyests^.esl absolument impossible: Non'^ sans ces puissants*secoars,o«iessayerait vainement d^ faire prendire àicosfjeunes g^eofi les précieuses habitudes de Tordis, dé là règie^du rospectietdeladociiîté^, d*^ donner àMèur pensée 'm pur'et légitimeessor ; de-développer avec sagesse là vi va-

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cilèjie leur imagination; d-exciter, en. les moilèrsHit, les élans .d'uae .vertueuse sensibilité ; niaissurtout de donner ^à leur âme tout entière cette forte trempe, eette^énergie courî^useet.patientequiestlefond du dévoùm^nt'sacerdotàl.

Cette œuvre est grande, sans doute; elle estidiffîcile, mais elle n'est pas impossible à réaliser, quand on la commence aux jouns iavoDables.

..Qui, quand on.a eu le bonheur d'inspirer à ces jeunes CffiiïEsle^ût de la vérité et de la vertu, quand une Education pleine de sincérité et d^'hronneur, c'est-à-dire profondément chrétienne, après savoir dompté leurs passions *narssantes «t redressé leurs inclinations dangereuses, a ouvert leur âme à l'amour de tout ce qui est vrai et honnête, 'à l'admiration pour tout ee qui est foi;gcnéreuseoiichurilé sublime : alors, cette oeuvre est possible ;^et nwis croyons que toutes les maisons d'Education où on laisse sincèrement présider la Religicra peuvent l'accomplir.

.Au milieu d'une génération sans obéissance et^ans respect, j'ai vu la Religion formerdes jeunes gens graves, réfléchis et moéestes; remplis d'ardeur,'et cependant réservés et dociles; j'ai vu ces jeunes esprits, affranchis des fantaisies dépravées et des folles humeurs de leur âge, sentir avec bofibeur 4e noble plaisir d'écouter la voix de l^autopité«t'tte la raison; je les ai vus obéir avec une docilité honorable à la voix sacrée de la conscience, obéir avec vénération et avec enthousiasme à la voix plus auguste «encore et plus chère de la Religion ; et, après les jours de leur éducation, j'ai vu les uns, courageusement-fidèles è une vocation sainte, se dévouer tout entiers aune carrière de charité et de zèle, et attendre avec impatience le moment ide se sacrifier pour leurs' frères.

J'ai vu les autres, fidèles aussi à dos vocations différentes, retourner au milieu du monde; et mon œil lésa suivis dans cette voie qui était pour eux celle de la Providence, et je les

admirais de loin, jusqu'au milieu des hasards de la guerre, conservant cette double couronne de Finnocence et du bonheur que la Religion dépose sur le front de l'enfance vertueuse. Je les voyais réclamer pour leur vertu une noble indépendance, environner leur jeunesse d'une singularité glorieuse ; et en les voyant, je les bénissais; je les bénis encore, et comment ne pas le faire? On sent que cette jeunesse est aimée de Dieu, et on Taime ; et le monde lui-môme, charmé d'une vertu si noble et si pure, se dit en les voyant: Oui, un jeune homme qui, par le bienfait d'une Education chrétienne, a conservé jusqu'à vingt ans son innocence, esty à cet âge j le plus généreux^ le meilleur et le plus aimable des hommes*.

Voilà les enfants que la Religion forme à son école. O monde! ô impiété! montrez-nous les vôtres.

Mais c'est ici que se rencontre ce qu'il y a de plus délicat dans le sujet que je traite. Car enfln^ peut-on m'objecter d'après mes propres aveux el mes paroles, en même temps que vous formez de jeunes lévites et des prêtres^ vous élevez donc aussi des jeunes gens pour le monde l cela doit-il être ainsi?

Et puis revient alors la question et le mot que je citais naguère : Tous les élèves de vos Petits Séminaires ne sont donc pas destinés à la prêtrise, au culte ^— à Vétat ecclésiastique? disent ceux qui ont le meilleur langage.

Voici le second côté, le second point du sujet que je traite; je vais mettre dans tout son jour, je l'espère, la vérité sur ce point si délicat et si grave; et, afin de ne rien laisser sans réponse, j'entrerai dans les moindres détails.

Mais, d'abord, il faut qu'on me le dise une bonne fois, qu'entend-on par ces enfants destinés à la prêtrise? destinés au culte? quel est ce langage? que signifie- 1 il? Entend-on

i. Rousseau.

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