CH. VIII. — DES PETITS-SÉMINAIRES
parla des victimes vouées au sacrifice? seraient- ce des âmes livrées, vendues, malgré elles, au sacerdoce? Que veul-on dire? C'est ici le lieu de s'expliquer.
Destinés! et par qui destinés^ et pourquoi? Par leurs parents et par leur pauvreté, peut-être; on ne s'en rend pas toujours compte, mais le plus souvent on n'a pas d'autres pensées, et ce mot ne signifie pas autre chose. Quand on dit : Combien avez-vous d'élèves destinés, à la prêtrise? c'est le plus souvent comme si on disait dans un langage plus vulgaire : Combien avez-vous d'efants pauvres, qui n'ont pas le moyen de payer leur pension dans votre Séminaire, et qui, pour y être reçus gratuitement, vous ont dit, eux ou leurs parents, qu'ils se destinaient à l'état ecclésiastique?
Toutes les fois que j'ai insisté sur cette question, que j'en ai demandé et pressé le sens, je n'ai jamais trouvé d'autre réponse. En preuve de ce que j'avance, combien de fois n'ai-je pas vu de gens me dire, en me parlant des élèves du Petit- Séminaire de Paris, qui payaient leur pension: Ahl ceux-là ne se destinent pas à l'état ecclésiastique!
Eh bien! voilà, je le répète, la question, le langage qui m'ont toujours singulièrement blessé, et que j*ai trouvé toujours profondément injurieux pour l'Eglise; injurieux pour nos enfants et pour leurs familles, riches ou pauvres, et souverainement contraire à ce qu'il y a de plus esseniieLdans l'idée de la vocation ecclésiastique, qui est le choix suprême de Dieu et le libre dévoûmenlde l'homme.
Je suis heureux du moins d'avoir l'occasion de dire franchement et entièrement ma pensée sur tout cela.
Ma pensée, la voici : c'est qu'il doit y avoir également dans les Petits Séminaires, et sans aucune distinction, des enfants riches et des enfants pauvres : et, si cela n'était pas, ce serait un malheur pour les pauvres comme pour les riches ; Câr les riches sont utiles aux pauvres, et les pauvres sont utiles aux riches.
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AntPéfcnSjîorsqtie TEgltse était richement dotée, on voyait les grands, les riches, destiner aussi leurs enfants à l'état ecciésiastique; il y avait là de brillantes espérances, ti*opulents'bénéfices. Aujourd'hui, tout est changé: on a dépouillé l'Eglise. Nous ne nous en plaignons pas : désormais les Tiches qui viendront à elle y viendront avec un libre ctgéné- •reux tlévoûment. Serait-ce là le motif des efforts qu'on a si longtemps faits pour les empêcher de se dévouer à l'Eglise letde venirà nous?
Quoi qu'il en soit, il y a plus pauvre aussi que l'Eglise. On trouve ordinairementà son service à manger un pain, trop souvent, il est vrai, détrempé de larmes et de sueurs ; mais de là cependant naît encore un péril, et je dois le révéler.
Il y a donc malheureusement des enfants pauvres, — et il faut avouer que les lois sous lesquelles nous vivions ne -permettaient pas qu'il y en eût beaucoup d'autres, — il y a 'donc des enfants pauvres, à qui leurs parents montrent •dans TEglrse le pain qu'ils ne peuvent leur donner, et qui, poussés par eux, viennent frapper à la porte de nos Petils- 'Sèminaires !
"Et TEglise, contrainte par des lois oppressives, impuissante à lire du premier abord au fond des cœurs, et empêchée d'ailleurs de recevoir des enfants libres, recevait ces enfants souvent contraints, ces enfants, comme on aimait à le dire, destinés à la prêtrise : elle essayait de les élever jusqu'à elle: elle n'y réussissait pas toujours.
Voilà la vérité, dont on ni'arrache l'aveu : voilà ces enfants, destinés à laprêtrise, selon l'expression trop connue : déjeunes créatures vouées trop souvent parmi nous à l'état ecclésiastique pai^lamàlheureuse pauvreté de leurs parents, xomme ils l'étaieut autrefois -par l'ambitieuse opulence de leurs' familles; mais toujours par les inspirations de la cupidité.
Eh bien, nous ne voulons pas plus de ces mercenaires- là
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que des 'autres ! Tinsiste sur ce mol. Car ils seraient, dans l'Eglise, mercencnres\2i\x môme titre que ceux qui les ont précédés! Les uns, il est vrai, étaient nobles, les autres sont roturiers ; et je souhaHe que le jour du péril trouve les derniers'aussi 'fidèles que leurs nobles devancier!^ le'furent dans les temps orageux ide notre première révolution.
Quoi 'qu'il en -soit, tesdirecteurs desTetits-Sémin^ires li'ontTien de plus important à faire que d'éloigner ceux qui se deitment ou que Ton deètme si résolument ti 7a pfêlfise. Pour dire la vérité, an Peiit^Séminaire de Paris, nous n'étions jamais à Taise qu'avecceux qui ne se prédestinaient pas à l^ôtat ecclésiastique, mais qui étaient prêts à s'y dévouer, si Dieu leur inspirait ce dévoûment sublime.
Et maintenant encore, quand nous recevons ces enfants, riches ou pauvres, dans nos Petits-Séminaires, que faisonsnous, que d€vons-notis faire? Quelque clrose de fort simple ; nous les laissons tous libres ; nous n'en prédestinons aucun à l'état ecclésiastique; nous respectons ces jeunes âmes. Wous les élevons dans l'amour de Dieu et rie leurs parents; dans la piété et dans l'innocence, dans le respect de l'autorité, dans Toubli profonxi de toutes les agitaiions politiques: puis nous leur révélons de temps à^ autre les grandeurs du sacerdoce, et aussi ses périls ; nouiSleur déclarons que, pour porterie caractère sacerdotal, c'est à-dire pour se dévouer tous les Jours de sa vie, il faut être né grand ou le devenir. Nous leur répétons souvent que des cœurs vulgaires, des caractères faibles, des esprits abattus, une Education commune, n'y suffiraient pas ;qu*aûjouni'huisurtoutles peuples demandent autre chose à leurs prêtres, et avec raison.
•Nous leur déclarons que, ë'il en est parmi eux dont le cœur ne soit pas assez ferme, ils doivent s'arrêter au seuil du sanctuaire. Nous ajoutons qu'il est d'ailleurs une gloire réservée à tous : si tous ne sont pas appelés au dévoûment de l'apostolat qui prêche, qui combat, qui se sacrifie, tous
sont appelés à exercer au milieu du monde le noble apostolat des vertus chrétiennes et à en perpétuer dans leurs familles la consolation et l'exemple.
Ces choses n'ont point été assez comprises par les hommes politiques ni par les gens du monde: et je ne m'en étonne pas; je regrette seulement que, sans le comprendre^ on se soit cru fondé à en parler quelquefois avec une si étonnante assurance. Mais nous, à qui elles sont famillières, nous qui y dévouons chaque jour tout ce que nous avons d'intelligence et de cœur, nous concevons sans peine que ceux qui se présentent dans les Petits-Séminairespour y recevoir cette forte et sainte Education n'arrivent pas tous au sacerdoce; nous concevons que les uns manquent le but par défaut de courage, et les autres parce que Dieu leur réserve des destinées différentes. Et il n'y a rien ici qui doive surprendre.
La première Education est le temps de l'examen et de répreuve: c'est alors que, sous l'iniluence d'une direction profondément chrétienne, le germe de la vocation sacerdotale, si Dieu l'a véritablement déposé dans le cœur, peut se développer et mûrir.
Mais cette vocation sublime, c'est Dieu, et non l'Education, qui la donne. L'Education seulement doit étudier les vues de la Providence, ne les prévenir jamais, et ne les aider même qu'avec discrétion et avec respect. Si les vocations sacerdotales se rencontrent plus fréquentes dans les Petits-Séminaires, c'est d'abord parce que la Providence les y amène ; c'est aussi parce que l'Education les y éclaire : mais elle peut, mais elle doit y éclairer aussi des vocations différentes.
Qu'avais-je donc à faire, que faisais-je donc, moi, par exemple, supérieur du Petit-Séminaire de Paris, pour acquitter ce que je devais à la confiance de Monseigneur l'Archevôque, à ces enfants, à leurs familles, et aux espérances de l'Eglise ?
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Que faisais-je, lorsque les pères de famille venaient me présenter leurs enfants?
Si c'étaient des pauvres, ma sollicitude peureux était plus vive encore et plus profonde, en les recevant au Petit-Séminaire, je leur disais : « Mes enfants, soyez au large; la Providence est grande et vous elfes libres. Ici, nulle gêne ; ne soyez prêtres que si Dieu le veut. Vos parents ne sont peut-être pas riches: n'en ayez pas pour vous d'inquiétude; n'étudiez que la volonté de Dieu, et, s'il ne vous destine point à son sacerdoce, je ne vous abandonnerai pas. »
Les enfants me comprenaient vite : leur cœur d'abord entendait le mien ; les parents, pas sitôt. Ils me répétaient souvent encore: «JVotts/etoiiwons à l'état ecclésiastique.» Jene les brusquais point; je souriais et je leur répondais : « Non, c'est Dieu seul qui destine à ce grand et sublime état. En cela, comme en toute autre chose, il n'y a que lui qui sache l'avenir et qui en décide; pour vous, je ne vous demande qu'une chose : si Çieu le fait, ne vous y opposez pas au jour où il le fera ; et d'ici là, priez pour votre enfant. »
Si c'étaient des riches, Dieu me faisait aussi la grâce de n'oublier jamais en face d'eux la délicatesse de mes devoirs: lorsqu'un père chrétien me présentait son fils, lorsque sa pieuse mère venait en secret me confier qu'elle avait offert ce cher enfant au Seigneur, qu'elle serait mille fois heureuse si une vocation sain te couronnait un jour le vœu qu'elle avait formé dans son cœur, je lui disais : « Vous avez déjà prié, priez encore ; celui-là seul qui vous a inspiré celte sainte espérance peut la réaliser. Pour moi, je partagerai avec zèle, vous n'en pouvez douter, mais aussi avec une profonde réserve, les désirs de votre cœur ; laissons Dieu faire son œuvre, et attendons en silence qu'il lui plaise de révéler lui-même à voire enfant ses desseins sur lui. )>
Et cependant j'étudiais avec tendresse tous ces enfants si chers, si précieux ; je les observais avec sollicitude, j'exa-
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BUûfti&ida.pràsilû trempe «ée leur caractère, les intlinations de leur cœar. J'observais surtout, avec les dévetoppements suocessifs de Tâge, les diverses tpansformattons morales de ienr^me: je laissais 'ainsi les aimées les pltts heureuses t}e leur. vie s'écouler innocemment dans la paix deDieu et sous les douces influences d^neEducâtion qu'il inspirait ; jeiie les pressais jamais, je les^attendais.
Puis venait le jour où, de concert 'avec des- pafrents Chréliens-et des enfants* vertueux, je décidais.
Quand la volonté de la Providence était manifeste, riches ou pauvres, jeleuT disais: «Demandez lahénédictiou'de votre père et de votre mèpe, et entrez au sanctuaire avec confiance. La grâce divine qui tous appelle ne tous manquera pas. »
*Él'C'est alors que souventj'àibéni la bonté 'de Dieu, qui s'étaitservi des vues* intéressées des parents pour décider le bonheur et la g^loire des enfants : -ceux de ces enfants •pauvres qui entraient ainsi dans les Ordres le faisaient avec pleine connaissance de cause et entière liberté, et devenaientd'excellents prêtres: de ces prêtres pauvres d'argent, mais riches de cœur et de foi, divites in fide^ de ces prêtres évangéliques dont le dévoûment et les vertus enrichissent et «auvent le monde.
Quand je ne reconnaissais pas à des signes suffisants la •vocation de Dieu, alors, sans hésiter, riches ou pauvres, je les éloignais, et m'employais moi-même, autant qu'il m'était l)Ossible, à ouvrir devant leurs pas d'autres carrières; et, isans prétendre me taire une gloire tiu plus étrange des re- T>roches, quand je trouvais en eux, avec la piété magnanime •ôes preux, l'élincelle de la valeur, je les envoyais à l'armée d'Afrique, oùils se baltaiont'bravementpour leur pays. Et,
s'il y eut jamais un étonnement légitiçie, c'estle nôtre, quand mous avons vu que notre respect pour ees jeunes âmesdevetwit un reproche- pour nous auprès de certains hommes poli-
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liquesv^ct leur vertuease délicatesse*, uwpéril pour tewr^aî^nip social ; x^r, e&Mii, il y'avaitaa'aiokisiei un rësHltat commun et nécessaire: résultat u4iie à.tous, qimi» que fassentlès dèsseins de Dieu sur chacun^ iMiifeau pBy«9 iJFlibe-aux' familles «: c'était de former en ceux qui ne^seal.pas • appelés^au^saoer^ dooe des^ jeunes gens siQcèreifi«nt chrét^ens^: et n^esl^l) pas manifeste que rirréfieiion^^ et la «légèreté irréli^iecnie peavedKt seules ne* pas apprécier convenablement un tel avantage?
Voici ce cfu'enpensait un magistrat éminent, dont } 'ai déjà cité les paroles :
« Lasmuté^ disait M;.PonaVis, n'a rùn œ-crainâr^^si^ des y^' jeunes gens sortis des Petits-ySéminaires^ew^^ent'duiwHes « ccarnères omks^Baurqu&i ne' ditnisjepaS'tonia ma pensë&? « elle ne petU qu'y gagner. Les^' jetmes gens' fsjçonwés^ par (( d'iavéresmains-znae celles- d€simiiiuimrs^cwils\ étevétâàns « V4i^ autre Disoipline, pins i^eUgi&use^^phisgraioe, phui^dé^ « sintéressée des chosesde lat^rre^ ne'seraîent^l^paS'CtaYni «' le inonde, dan^^ certaines a^faires> entre' roFdpeecciésiB»^ » tiqiie et Tordre ci-vii, coosme- une sorte declassetioternié»' io diaii^e, oomiae un : moyen-: de ' rapprocli^ement ?^ Nib' ma»-» sr quons-nooifi pas,.qii(elqiMfol6, dan«sies»a£ifàirea^ d^MM&iueB « suffisamment instruits des choses ecolésiastiqoeef et « n- a*t-on. pas- souventijuigé ce genre spécial d'étwéesHitties « pour Texercice de œrtaines fonctions?
«'Ainsi se trouvera» oompléiée-laîPepréseirtatiaEr'de' toutes « les. croyance»^ et de toas les initèrêcs' moramtî parce « moyen la société frzuniçaisan» se- ttottvewypwrée' d'aucon («'des éléments^ sociaox. Ue clergé ' cessera- d'êlre* iselè du « reste de* hommes paît uner séparation ppofoiiée',11- awa « ses analoguesdana lesiècla^: lai seiccùlé apprendra' à* lé a connaître mieux paT'oes^^hoimBesswtis^p^ur'^ ainsi' dire», « de^owisân, et qui serontaunilHeaxlîeHe )»
E-t'ce: n'estfpas' d^UeuroJe^imple bon' sw» qui ' oMi^ge' S
^^^gg^^^^as^ -3.:*c Lz. ji i^--'cu- ,i:.-^ mes j'iutoriié
jw .leauoa *c:ê3ia«iriiie. amr^ -;tii.;q[ie Ion peut
i*«r MOT . ELOie :ùT'^iitrp. ou /E«ie d^s arts et métiers, ru jvosseorî i,ia ir':ttK ies Tonaiiouâ peur la marine, à âauxe >a.iTwzeaa3 yf""''-s=acerio-:e.la(ii:iis d'une manière 'if^itiTii ivam .a T'.r.zî « oni^tne année.
^^•'^î««s int,.i^-^£nènie(iuuEialicl se défler de la ■"" t 'la ïeie imprudent, et qa'oa ne saurait trop prendre
'^"enret.ie