CH. YIII. ^ DES PETITS-SÉMINAIRES
garde, surtout en des temps comme les nôtres, de donner la tonsure et Thabit ecclésiastique à la légère, de peur d'en faire un souvenir et un poids pénible dans la vie, pour ceux qui ne croiraient pas devoir s'engager irrévocablement au service des autels^ lorsque la maturité de Page et de la raison serait venue.
C'est toujours un inconvénient d'avoir travaillé pour un but, de s'être destiné à un état, et puis d'y renoncer pour se tourner ailleurs et en embrasser un autre.
A tort ou à raison^ cela est regardé comme un signe de légèreté d'esprit. Après avoir étudié en médecine, se faire avocat semble indiquer qu'on ne sait ni ce qu'on veut ni ce qu'on fait.
La chose est plus grave quand il est question d'un état plus parfait encore : ce n'est plus alors simplement changer, c'est déchoir.
D'ailleurs, Je ne saurais trop le redire, le sacerdoce est essentiellement libre; tout ce qui engage avant le temps, tout ce qui ressemble à la violence morale, à plus forte raison ce qui est une violence matérielle, y répugne profondëment. Et voici, d'après ces principes, la règle de conduite que nous avons à suivre.
L'habit ecclésiastique est pour nous, prêtres ou évéques, l'habit long, la soutane : nous le portons tous.
Quant à nos enfants, ne le porte pas qui veut, et souvent nous le refusons à leurs désirs. C'est une récompense, et la plus haute qui se puisse accorder parmi nous. Le supérieur ne décide jamais seul, et, avant de permettre à un enfant de revêtir ce saint habit, il délibère en conseil. Non-seulement il faut que l'enfant le demande lui-même ; non-seulement il laut que ses parents y consentent; il faut de plus qu'il n'y ait pas un reproche à lui faire, il faut que son travail, sa piété, sa docilité, sa politesse même et la convenance de ses manières le rendent digne de cette faveur.
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On œ les autorise, d'ailleurs, à le p(Nrter qu'aux jours des fêtes ri^gieoses.
Haintenant me permettra-t-oa ée dire quelle é&aii la ooi^ sèquenee nécessaire de toute cette législation sans lumière sur les Petits-Séminaires, de toutes ces tristes entraides, de toutes ces interdictions odieuses qu*one loi nouvelle vient de faire enfin tomber?
Tout ce déplorable système allait droit à la ruine ou au moins à rbumiliation du sacerdoce, en forçant les pères les plus respectables, toutes les plus honnêtes familles, à écarter leurs enfants des Petits-Séminaires. Où trouver, en effet, nn père qui se regarde comme assez sûr de la vocatÂen d'un enfant de dix k quinze ans, pour le placer entre la nécessité d'embrasser forcément, à dii-buit ans, Tètat ecclésiastique, ou de recommencer ces études après qu'il les a bien faites, ou en^n d'en perdre tout le fruit, en se voyant fermer toutes les carrières libérales?
Et rinstitution des Petits-Séminaires n'était-eJle pas dès lors frappée au co^r? et VEgUse eUe-mème, réduite à ne se recruter jamais que dans les rangs les moins élevés de la société, n'élail-elle point par là menacée parmi nous d'un abaissement continu?
Eh bien ! je le déclare sans hésiter, non- seulement tout cela était contraire à la liberté des vocations sacerdotales, et par conséquent h la conscience et à la religion; mais tout cela était aussi une faute politique, une faute sodaie immense. Je ne suis pas le seul à le penser.
Voici en quels termes M. Sain^MarcGirardin appréciait le péril qu'on fait courii* à la société, en même temps qu'à TEglise, lorsqu'on éloigne du sacerdoce les classes aisées, lorsqu'on n'y attire que les classes pauvres :
a ..... Ce seraientsurtottt, disait-il, les enfants des classes « indigentes et grossières qui entreraient dans les Petit»-
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tt SémiDEires, et par suite daiïs TËglise : noirrean danger a pour TËglise, qui ne doii recruter ses ministres ni trop « liant ni trop bas. Pas trop haut, parce que les enfants ëietf vës dans les habitudes de la richesse, s^accommodent mal ce de la simplicité de la vie sacerdotale ; point trop bas, parc^ « qu'alors ils n'ont ni le ton ni les manières d'hommes bien « élevés, et que, sans vouloir mettre la politesse au-dessus « de la vertu, TËglise, pour avoir sur le monde Tinfluence « qui lui appartient, a besoin que la vertu de ses ministres « ne soit ni grossière ni sauvage. »
M. Saint-Marc Girardin ajoutait : t Depuis vingt ans, TE- « glise s'est plutôt recrutée dans les classes inférieares que ( dans la bourgeoisie, et c'a été un mal pour la bourgeoisie, « pour FEglise, pour la société elle-même ! » M. ie comte Portalis tenait le même langage : ff A la tendance peu favorable du siècle vers les vocations « ecclésiastiques, faut-il ajouter une nouvelle défaveur; un a nouvel obstacle? faut-il ainsi décourager les familles aisées « et pieuses qui auraient le désir de vouer leurs enfants au « sacerdoce? convient-il de priver l'Eiat et TEglise du bien (c d'avoir des prêtres doués de l'avantage inappréciable ce d'une première éducation si difficile à suppléer par la se- « conde ? Non, vous ne le voudrez pas ; car vous renonceriez a à un bien certain et qui n'entraîne aucun inconvénient sé- « rieux, pour le maintien d'une règle absolue, qu'une excepc< tion fondée en raison et en droit confirme et corrobore. »
La conclusion de tout ceci , c'est que rien n'est plus grave et plus délicat, rien n'est plus respectable que la liberté des vocations ecclésiastiques. Si je me s»is décidé à lever ici des voiles sacrés, à ouvrir aux regards du monde les portes du sanctuaire, à lui révéler les secrets de la vertu qui s'y cache et les vttttx des familles chrétiennes qui viennent y abriter leurs enfant&y je n'en ai que plus le droit de dire au monde
et à la politique : Respactez désormais la liberté des vocations sacerdotales ; respectez des cœurs sincères; respectez des enfants pauvres, mais désintéressés, mais généreux, mais nobles de cœur, et qui, s'ils connaissaient les discussions auxquelles vous nous condamnez quelquefois, craindraient peut-être désormais de paraître suspects à nos yeux, parce qu'ils sont pauvres.
Hais, non, il n'en sera pas ainsi^ et, grâce à Dieu^ ni le monde, ni la politique n'aurait cette puissance ni sur nos enfants ni sur nous : ces chers enfants liront toujours dans notre cœur, dans nos regards^ notre respect pour leurs âmes, notre affection pour eux, et la confiance qu'ils nous doivent.
Et, quant aux enfants qui sont riches, il est vrai, mais dignes aussi de respect, puisque, en se destinant au sacerdoce, ils n'ont manifestement aujourd'hui d'autre ambition que de servir avec humilité et courage FEglise de Jésus- Christ, sachez aussi les respecter, et ne cherchez plus^ par une législation habilement oppressive, à les éloigner du sanctuaire !
J'ai achevé ce que j'avais à dire sur ce sujet.
Tel est donc le vrai but^ tels sont les moyens^ telle est l'œuvre de VEducation dans les Petits-Séminaires.
Je le demande : n'est-ce pas là rendre un noble service à son pays, en même temps qu'à l'Eglise ? n'est-ce pas travailler à résoudre le grand problème de l'Education publique? N'est-ce pas faire humblement une grande et sainte chose ? n'est ce pas dignement acquitter sa dette envers la Religion et envers la Patrie?
Oui, et c'est plus, c'est mieux encore : grâce à l'heureux mouvement des esprits inclinés à des rapprochements depuis longtemps désirables, parle besoin de s'entendre et de s'entr'aider, et peut-être aussi par une force supérieure et dijyine, c'est renouer la noble et antique alliance indigne-