CH. IX. — QU'IL NE FAUT PAS SACRIFIER, ETC
rrâee an baccalauréat^ la plus hante Education inteiiec-
aie n'est aujourd'hui le plus souvent qu'un emmagasina
it de notions mnémotechniques dont on se sert pour vm
imen àjour donné, sauf à Toublier dés le lendemain, et
^e jamais s'en servir !
«e n'est pliK cette belle et noble Education littéraire,
îBée k répandre ses lumières sur toate la vie ; ce n'esl
cette large et forte Education générale, telle qu'il la
aux hommes, aux citoyens d'une grande société intel-
ite ; c'est une petite instruction encyclopédique et s|ké*-
U immi^seet rétrécie, qui touche à tout et n'approfonëil
et qm n'enseigne pas même comme il fa»t les spéda-
qui impartent le plus à une sodétè utilitaire 1
un mot» par là oq ne Mt que sacrifier la grasuie iAs*
lion, la grande Education, la grande société etla petite.
*âce au baccalauréat, l'enseignement de l'éloquence et
phiiosof^hîeelle^méiiie a'a pas un but plus élevé qu'un
te &Lstmen, et voilà pourquoi en ne les étudie plue, on se
(applique plus. Bientôt les classes d'éloquence et de phi-
fphie seront tout k fait désertes.
iCs préparateurs au baccalauréat suffiront à tout et rem^
laceront tonales professeurs littéraires. Le Manuel du bae^
ilauréat rempiacera el ren^iace déjà tous les Hvpes.
'Cuiversité. Après avoir dit que cet examen est une des causes de Taffai-
ilissement des études nnÎTersitaires, il ajoute: « Non qne le principe
. d'un tel examen soit une chose mauvaise; mais, de la manière dont H
f estorganisé, il r^nd impossible ton! tcavail sérieux pendant la dernière
: et la plus importante année des études. Plus de littérature, de philûso-
«( pMe, de sciences étudiées pour eUes*nièmes, mais tout justement ce
K qu'il fiiui de ees eliosea ponrètcev aaoB les. conaaitre, reçu k Tezanen.
« Il faut, pendant cette année, revoir grec, latin, français, histoire, depuis
<c Adam jusqu'il Pie IX, y compris les Lydiens et les Bulgares; rhétori-
« que, géogvaphie,. eUe. Il fanx, en ontre, faire des versions, et beaumop,
«« pour ne pas en. perdre ThabitadA et n'être pas arrêté k la porte. Penr
«< dant le temps qui restera, on fera de la psychologie, de la logique, de
« YsL morale, de la théodîcée, de Tarithmétique, de Talgèi^re, d« la pby-
< SMfne et de la chimie. »
Ob sont, en effet, les professeurs de philosophie et de littêratare qui forment et peuvent séneosement former leurs élèves & bien penser, à bien parler, à bien vivre ?
Si leurs élèves sont forts, ils leur apprennent à avoir un prix au concours. Rien n'est épargné pour y atteindre. Si leurs élèves sont faibles, c'est le baccalauréat qui devient le but. En un mot, ils font des bacheliers et non des hommes.
J*ai nommé les professeurs : J'ai eu tort. Les profei^seurs^ les vrais et dignes professeurs, ne sont pas ici les coupables, mais les victimes. Le grand coupable, c'est le programme, c'est le Manuel du baccalauréat. Leprogramme a créé le Manuel; le Manuel a créé le préparateur : et tous trois sont la ruine de tout enseignement et de toute intelligence ! Le Manuel rend inutiles toutes les études et remplace tous les livres. Le préparateur annule et remplace tous les professeurs ; c'est-b-dire que la spéculation ignorante remplace la science et le dèvoûment : la barbarie remplace les lettres ! J'ai nommé aussi VEcole polytechnique^ et je dois en dire ici toute ma pensée.
Cette École, non par elle-même, mais par les règlements qui en décident les examens, l'entrée, la sortie et l'âge d'admission, est depuis quelques années une des causes les plus puissantes de l'abaissement littéraire en France. Cette parole est dure ; je l'entends cependant prononcer tout bas de toutes parts ; 11 faudra bien, enfin, que quelqu'un ait le courage de la prononcer tout haut.
Tous ces règlements doivent être changés, ou la France en souffrira Intellectuellement plus qu'on ne peut l'exprimer.
II y a deux manières d'étudier les mathématiques, et deux époques pour f^ire cette étude avec des fruits divers.
On peut les étudier matériellement* machinalement, en demeurant dans les faits mathématiques, dans les mots, dans les chiffires^ dans les formules d'un enseignement sans plénitude et sans élévation. C'est ce dont Descartes disait :
CH. IX. — QU'IL NE PAUT PAS SACRIFIEft^ ETC* 373
IL n^y a rien de 'plus vide que de s'' occuper de nombres et de figures imaginaires
C'est delà sorte qu'étudient ces malheureux et nombreux enfants dont on livre Tintelligence comme une proie aux mathématiques, avant le temps où leurs facultés intellectuelles seraient suffisamment développées et affermies, pour subir sans péril cette rude épreuve ; avant le temps ob leur esprit serait capable de s'élever aux idées supérieures et à la véritable intelligence des sciences mathématiques.
Ou bien on peut les étudier intellectuellement, originalement; en comprenant le sens et le lien des mots, des idées et des choses, en s'élevant aux grandes et simples lumières de la science, en saisissant, pénétrant, possédant réellement la vérité.
En un mot, il y a Técole des artilleurs vulgaires, des simples ingénieurs: et Técole des grands esprits, des Newton, des Leibnitz, des Pascal, et autres à divers degrés.
Je dis à divers degrés : car, sans doute, je ne prétends pas que l'École polytechnique et les écoles militaires ne nous donnent que des Newton et des Vauban : mais je leur demande, selon les divers degrés des intelligences qu'on leur confie, de nous former des jeunes gens qui soient réellement les élèves de ces grands hommes, qui soient de leur École, de leur famille, de leur race : comme les belles et grandes études littéraires doivent former de jeunes esprits qui soient de l'École des Racine et des Bossuet, des Virgile et des Démosthônes, des Ghrysostome et des Fénelon !
J'ai nommé les écoles militaires : je dirai aussi ce que j'en pense.
Il y a deux manières d'être soldat : on peut être ou un sabre grossier et brutal, ou une épée intelligente.
Si le premier Consul n'eût été qu'un sabre grossier, il n'eût pas sauvé la France et dominé l'Europe.
Bonaparte fut Tépée de l'intelligence, et voilà pourquoi
tous les sabres de la Révolution furent à ses pieds et à ses ordres.
Eh Men I tous les règlements relatifs aux écoles spéciales militaires sont institués de manière à ne préparer, àBe<fo9re à peu près que des sabres. Ces règle'ments, ainsi que ceux de l'École polytechnique, font interrompre toutes les fortes études littéraires et intellectuelles, qui seules peuvent former des hommes distingués par Tintelligence et par le caractère, pour les appliquer, avant le temps, à des études qui les épuisent, qui les écrasent, qui les ruinent à jamais.
Qu'on jette un coup d'œil sur les programmes d^examens scientifiques po-ûr l'Ecole polytechnique et les autres- écoles spéciales, et qu'on dise si c'est la nourriture d'intelligefice! « Non, non, » me répondait un jour un jeune homme de beaucoup d'esprit qui avait passé par là et qui s'en était échappé avec effroi, quoique avec le plus brillant suiceès: « non : à moins qu'on n'appelle nourriture de rîntelli^eiice « un amas confus, une multitude indigeste de grains de « sable, sans liaison entre eux, divisés à Tinfi ni comme, la « poussière, et qui passent à trsrvers l'espriti saBS y rien « kiisser que la fatigue, le dégolt, le mépris, et quelquefois « rborreur l »
Je pourrais citer bien d'autres témoignages et prononcer des nom» significatifs : la discrèlion ne le permet pas. A quoi bon d'ailleurs? n'est-ce pas là ce que sous evtendon» répéter chaque jour, nonnseulement aux professeurs des lettres, mais aux professeurs des mathématiques ellesmêmes, et à d'anciens élèves de FËcole polytechnique ?
Et encore, si en sacrifiant tout à Hnstruetion professionnelle, si en négligeant presque complètement î'Educalson qui doit former l'homme d'inteMigence, on s'appliquait au moins à doter chacnn de5> vertus de son étati
\:%âmcQXwn morale et reiigietiseM^ dans^le but général
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de préparer à tout et dans le but spécial de préparer à telle ou telle voeatiou serait un grand bien^ et pourrait, jusqu'à ou certain point, suppléer TEducation intellectueUe. Mais^ hélas! le plus souvent on ne pense pas plus aui vertus particulières de chaque état qu'aux qualités de i'h^wnéU homme en général. Et VEducation intellectuelle elle-même, conçue et faite son pas au point de vue étroit de telle ou telle branche de connaissances^ mais comme développement ém jugement, de la raison, du raisonnement, du bon goût^ ele., est aussi tristement sacrifiée à TlnstrucUon professionnelle que le reste !
Le plussouventoa sacriGetout au besoin unique d'ac^érir les connaissaaces spéciales qui apprendront à mcmter une bonne machine pour tel bateau à vapeur, à construire un vaisseau à voiles, h faire un chemin de fer, une belle et forte chaudière, etc., etc.
Il n'y a pas, même dans cet entraînement aveugi-e, le discernement des destinées ultérieures qui peuvent être réservées à ces pauvres jeunes gens: ni même la vue bien nette de ce qu'il serait le plus utile aux professions qu'oa veut doter A'hOKimes spéciaux.
Les jeunes gens de l'École polytechnique, par exeBqole, qui soiQt appelés à tOEt en Fra&ce^ et qui ont eu^ depuis trente années, une iji&aence quelquiClois si décisive sur les destinées de notre pays^ ne devraient-ils pas recevoir une £iiitcation complète? N'est-il pas manifeste que l'Eâucatioa essentielle qui en ferait des hommes distingués, supèrieurspar toutes les qualités intellectuelles et morales, ne lieur est pas moins nécessaire que certaines connaissances spéciales qui e& font de bons artilleurs ou des ingénieurs habiles?
Encore une fois, je tiens à le redire, afin qu'on ne se méprenne pas sur ma pensée : en demandant que VEducation morale ex religieuse, et même la grande Educaiion deVeifrit^ c'est-à-dire le développement fort et étendu des £acuhés.in-
tellectuelles, ne soient jamais sacrifies aux exigences de VJnstruction professionnelle, je ne prétends pas détruire l'importance de celle-ci ; mais, certes, je ne veux pas non plus priver l'homme de sa liante Education essentielle^ afin de pourvoir le médecin, le militaire ou le marin d'anatomie ou de mathématiques.
Car alors je ferais peut-être un médecin^ un militaire ou un marin ^ tel quel, de plus, mais j'aurais un homme de moins.
Et combien n'y a-t-il pas de familles en France à qui ce malheur est arrivé I combien n'y a-t-il pas de parents aveugles, inexpérimentés, à qui je l'ai moi-même prédit ! combien d'enfants^ avides de Tindépendance des écoles spéciales, h qui j'ai dénoncé d'avance ce qui était à mes yeux la ruine de leur vie intellectuelle et morale ?
C'est avant seize ans qu'il faut se présenter aux écoles navales.
C'est donc de douze à treize ans qu'il faut cesser toutes les études littéraires, et la grande Education de l'intelligence et du cœur^ pour ne plus s'occuper que de mathématiques !
Chaque année, six à sept cents candidats se présentent : c'est donc habituellement deux ou trois mille qui, toutes études littéraires interrompues, travaillent dans ce but.
Quatre-vingts à cent tout au plus sont reçus;
Que deviennent les autres?
Quant à l'Ecole polytechnique ;
Douze cents se présentent chaque année ;
Trois ou quatre mille travaillent tous les ans pour y arriver :
Cent vingt ou cent trente sont reçus ;
Que deviennent les autres ?
Quant h Saint-Cyr :
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Dix-sept cents se présentent :
Quatre mille travaillent;
Trois cents sont reçus :
Que deviennent les autres?
Je ne parle pas des Eaux et Forêts^ ni des écoles commerciales industrielles; je m'en tiens aux écoles militaires et savantes.
Tout cela fait à peu près sept ou huit mille enfants, l'élite des familles françaises, sans en excepter les plus illustres, qui interrompent toute instruction littéraire, toute haute Éducation intellectuelle, et quelquefois toute Education religieuse et morale, pour se jeter dans les carrières ou plutôt dans les études spéciales qui y préparent, et qui, pour le plus grand nombre, n'aboutissent pas !
Et rien ne peut arrêter ce funeste entraînement I
V Ecole polytechnique! V Ecole polytechnique î Les parents croient avoir tout fait, tout dit, tout obtenu, quand ils peuvent, en parlant de leur fils, dire : Il se prépare à VEcole polytechnique! Le triomphe de l'orgueil paternel et maternel est au comble lorsqu'ils peuvent dire : Il est entré ou VEcole polytechnique! Le jour de la sortie est souvent moins heureux; et moi, qui prévoyais jusqu'au bout, je répondais en silence : Hélas! hélas! de ce pauvre enfant je voulais faire un homme, j'espérais faire un homme distingué : tout y était, l'esprit, le cœur, l'imagination, la sensibilité, le caractère, la volonté, la conscience : et sur les ruines de cet homme, il n'y aura peut-être pas même un mathématicien !
Après avoir renoncé à ses études littéraires et perdu par conséquent les premières années de son enfance, dans deux ou trois ans, il se dégoûtera peut-être des études mathématiques et y renoncera après avoir perdu encore le reste de sa jeunesse. Voilà ce qui se voit chaque année pour plusieurs milliers de jeunes gens en France I
Quand il était qaestion d'Ëcole militaire, le langage des paavres parents était un peu moins fier : Cest une carrière, disaient-ils, il ne sera pas du moins sur le pavé de Paris. Soit; mais est-on bien sûr que le pavé de TEcole spéciale est toujours meilleur qne le pavé de Paris ?
Quoi qu'il en soit, yoîlà ce pauvre enfant : sa raison n'est pas formée; son esprit n'est pas développé ; son jugement n'est pas encore affermi; sa conscience n'est pas encore mise en garde contre les attaques des passions; son caractère n'est pas fait 1 — N'importe, il faoït qu'il soit militaire on marin ; il sait assez de grec et de latin ,^ et même de Religion, passons aux mathématiques. — Mais il va tomber de cbute en chute ; sa jeunesse sera flétrie par dix années de funestes expériences dans le désordre ; il ruinera peut^ être sa santé, sa fortune ; il déshonorera peut être son nom ; ou au moins il ne sera qu'un homme médiocre ; il n'isttteindra pas le rang auquel il était destiné I — N'importe, il faut en finir, prendre un parti et lui faire faire quelque chose. Vous-même ne nous a\ez-vous pas dit que rien pour lui ne serait pire que de ne rien faire?
Telles sont les paroles qu'un instituteur, qui a la conscience de sa mission, est condamné à entendre chaque jour de la part d'un grand nombre de parents.
J'ai entendu tout cela mille fois.
Vainement plusieurs me disaient encore : Les Ecoles spéciales ont de grands avantages. Les enfants y sont traités plus sérieusement. On y élève les jeunes gens comme d'os hommes : et d'ailleurs TËducation si religieuse que mon fils a reçue dans votre Petit-Séminaire suffira à le préserver des périls que ce genre nouveau d'Education pourrait lui faire courir!
Aces tristes raisons, je n'avais, je n'ai encore qu'unechose à répondre :
Voit- ' "Ta l'Education religieuse des miracles