‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 116 sur 122 · CH. IX* — Q«'IL NE FAUT PAS SACRIFIER, ETC · texte numérisé non relu

CH. IX* — Q«'IL NE FAUT PAS SACRIFIER, ETC

absurdes et contre nature : vous voulez qu'à quatorze, quinze ou seize ans, rEdocalion ait donné à Tàme mie trempe, à la raison une fermeté, au caractère une résistance, à la conscience une incorruptibilité, dont vous n'êtes vous-mêmes peut-être pas capables à quarante ans !

Et quant à cet étrange principe^ qu'il faut élever les enfants ùommeées hommes, je n'ai jamais été de cet avis. Il faut élever kas enfants comme des enfants, si on veut qu'ils deviennent des hommes un jour ! — Il n'y a plus d'enfants, dit-on encofe, ou du moins ils ne veulent pins l'être si longteiBps qu'autrefois. 11 faut bien leur faire en cela quelque concession. — Je ne puis non plus partager cette opinion. C'est depuis qu'il n'y a plus d'enfants parmi nous, qu'il n'y a plus guère d'hommes aussi et qu'on les cherche vainement pour toute chose !

Laissons donc chaque chose, chaque temps et chaque âge à sa place !

Et voilà pourtant avec quelle légèreté de raison, avec quelle témérité de paroles, on jette souvent ce qu'on a de plus cher au monde, ses enfants, au milieu des plus affreux périls I Sous prétexte de leur donner une carrière, on les éloigne ainsi, quelquefois pour toute leur vie^ de toute carrière, de tout travail, de toute intelligence, de toute

vertu I

Il n'y a, je dois le dire, qu'une excuse à une telle conduite et à de telles erreurs. Ce sont les règlements officiels de la plupart des Ecoles spéciales, qui forcent quelquefois les parems les plus sensés à interrompre et à briser malgré eux l'Education de leur fils, s'ils veulent lui procurer ' une entrée dans la carrière à laquelle il parait véritablement appelé par la Providence et par les aptitudes de sa

nature.

Hélas 1 à cela je n'ai qu'une chose à dire, mais ce n*est pas aux parente que Je le dis : le reproche ici monte plus

haut; et qu'on Teuille bien pardonner à ma douloureuse et immuable conviction la gravité de mes paroles :

Lliistoire parle d*un tyran qui aurait voulu que le peuple romain n'eût qu'une seule téte> afin de pouvoir rabattre d'un coup.

Si un tyran voulait abaisser, abattre, abrutir intellectuellement toute une nation d'un coup, il lui suffirait de faire un règlement par lequel cesserait avant la quinzième année toute la baute Education intellectuelle, morale et religieuse de la jeunesse. En trente ans, cette œuvre de la tyranifie, la plus abominable qui fût jamais, serait consommée!

Ce n'est pas ici une supposition chimérique : cela s'est vu. Des barbares qui avaient les lumières en horreur ont essayé de telles choses.

Qui ne sait l'entreprise et les lois de Julien l'Apostat?

Et ce qu'il y a ici de plus déplorable, c'est qu'on peut être un Jalien ou un barbare plus facilement qu'on ne croît, sans le vouloir même et sans y penser, par simple imprudence !

Louis XIV lui-même eut à cet égard de graves reproches à se faire : lorsque, dans Tentrainement de ses passions ambitieuseset guerrières, il précipita dans le tumalte et lalicence des camps toute la jeune noblesse de son royaume ; lorsque, après avoir attiré à sa cour tous les grands noms, toutes les grandes races, toutes les grandes familles de France, il les condamna, pour lui plaire> à envoyer la plupart de leurs fils à Tarmée dès l'âge de seize à dix-sept ans, quelquefois de quatorze à quinze, quelquefois même dès leur douzième année ! lorsqu'il les condamna par là même à in- ' ^errompre toute la forte et sérieuse Education de cette jeunesse qui était cependant toute Pespérance de la France, qui aurait pu en devenir un jour la force, la vertu et la gloire, et qui devint, on le sait, la triste société du règne suivant.

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