CH. IX. — QU'IL NE FAUT PAS SACRIFIER, ETC
Oui, lorsque Louis XIV fit toutes ces choses, il prépara sans le vouloir les roués de la Régence, le règne de Louis XV et au delà.
Les grands seigneurs, une fois corrompus, corrompirent le reste. C'est une histoire que je ne veux pas faire ici, et qui est d'ailleurs assez connue. L'ancienne bourgeoisie française résista longtemps : elle céda enfin. Le bon peuple résista à son tour aux bourgeois et aux grands seigneurs : aujourd'hui enfin il a cédé et son temps est venu. La bourgeoisie en sait quelque chose.
Le tout est constaté par un des hommes du siècle de Louis XIV, qui sut le mieux se dégager des préjugés de son temps, se défendre contre l'entraînement universel, juger sans faiblesse et avec une fermeté indépendante tout ce qui l'entourait^ et dont le regard perçant découvrit dans le siècle suivant tous les malheurs que nous avons vus !
C'est de Fénelon que je parle.
De Cambrai, à la fin du xvii* siècle*, il écrivait :
En ce temps ^presque toute la jeunesse d'une condition distinguée est ruinée et abîmée dans le vice.
Il y avait trente ans que cette jeunesse n'était plus élevée, si ce n'est dans la licence des camps. Du reste, la guerre n'en allait pas mieux.
Fénelon écrivait encore : Vous avez beaucoup d'officiers généraux inappliqués.
Autrefois^ le royaume était plein de noblesse guerrière et affectionnée^ de peuples riches^ nombreux et zélés. Aujourd'hui, vous avez un nombre prodigieux de colonels jeunes et sans expérience. Tous les ressorts sont relâchés. La plupart des places qui nov^ restent sont dépouî'vues. Après la perte d'une bataille^ tout tomberait comme un château de cartes.