‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 17 sur 122 · H. II. — ŒUVRE DE DÉVELOPPEMENT ET DE PROGRÈS · texte numérisé non relu

H. II. — ŒUVRE DE DÉVELOPPEMENT ET DE PROGRÈS

ter, jusqu'à ce qu'il ail alleint Tâge et la taille de l'homme parfait; mais que de causes déplorables interrompent souvent et troublent les progrès de l'Education intellectuelle et morale ! que d'hommes sont condamnés par une Education fausse ou corrompue à vieillir dans une longue et triste enfance!

En revanche cependant, il est juste de dire que, si l'enfant croît et grandit sans interruption- jusqu'à sa vingtième année, là le développement physique s'achève et s'arrête, tandis que l'homme intellectuel et moral, qui se forme quelquefois avec plus d'irrégularité et de lenteur, va croissant et se perfectionnant toujours jusqu'aux dernières limites de la vie, s'il en a la forte et courageuse volonté.

Après l'Education secondaire, bien ou mal faite, vient celte Education dernière et sans terme, où, heureusement pour rhomme, il peut, quoique au prix de grands efforts, réparer les défauts et les vices mêmes d'une Education troublée et interrompue dans son cours.

Après les écoles classiqucs,il y a encore la grande école de la vie, où les hommes, le temps et les choses, les passions, les intérêts et les affaires, et les épreuves de toute nature, lui réservent dans leurs courants contraires des enseignements et une Education tardive sans doute, mais profondément utile.

C'est ce que je nommerais volontiers la grande etdeimière Institution de rhomme; ou bien encore VEducation sociale^ parce qu'elle se fait dans le société et par la société ellemême.

Elle commence pour un jeune homme à son entrée dans le monde, et les progrès en sont heureusement sans fin.

Je la crois nécessaire à tous : sans celte dernière et forte Education, toutes celles qui ont précédé ne sont pas à Tépreuve : c'est elle seule qui donne une trempe décisive au caractère, à l'esprit, à l'âme tout entière; elle seule qui déter-

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mine la force réelle de résistance et aussi 1^ force conquérante d'ane nature quelconque : comme le dit simplement et admirablement TEcriture : Celui gui n'a pas étéêprouvéy que sait-il? et qu'en pourra-t-on attendre? Destîna-t-on jamais à devenir le grand mât d'un navire l'arbre qui n'a jamais été battu des vents et dont le tronc n'a pas été durci an sein des orages ?

Mais il le faut bien reconnaître aussi, cette Education n'est presque jamais profitable qu'à ceux qui ont été fortement prépanés parles Educations précédentes: elle suppose, en eflef, des facultés déjà formées, un discernement acquis, un cœur ferme, une conscience éclairée, un esprit et un caractère capables de résistance.

Alors cette grande Education, donnée par rhumanitéelfemême, ne fait que couronner l'intelligence d'une sagesse plus élevée, le caractère d'une force plus énergique, la conscience de lumières plus certaines.

Alors l'innocence, sans laisser flétrir sa candeur, s'élève plus haut encore et s'ennoblit elle-même en devenant la vertu ; la vertu, virlus ! cette grande chose ; la vertu, c'està-dire le combat, la résistance glorieuse, la victoire sur soi-même et sur les autres, le triomphe sur les passions abattues !

Dans cette grande lutte, les plus faibles, si une solide Education leur a donné de bonnes ratines, sont encore fermes» tout au moinscomme le roseau qui croît et se nourrit du torrent qui l'agile. Les fortsy deviennent héroïques. 11 y ajene sais quoi de plus grand, de pfus noble, déplus mâle, de plus vigoureux, qui nese trouve bien que parmi les tempêtes ; le chêne s\5 fortifie toujours mieux au sommet des montagnes et au milieu de Tassaut des vents contraires.

Voilà le vrai progrès intellectuel et moral de l'homme, la vraie perfecrtWlitô indéfinie de l'humanité, révélée à tous par

en. m. — OEuvRB de force. • 45

Ja religion. Tottte attire pensée, tout autre langage, est une (îé<îcptlon.

Je dis : révélée à tous par la religion : en effet, dans le christianisme, pauvre ou Hche,toi ou paysan, tous peuvent, tous doivent tendre et arriver, chacun selon la mesure de la grftcè divine et selon la force de ses facultés naturelles, à la sagesse, à la vertu et à la sainteté même qui en est le couronnement. Telle est la noble vocation de tous les disciples âe l*Evangi le : quelles que soient leur condition et leur humble fortune, ils peuvent, ils doivent s'élever jusque-là.

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