CH. IV. — ŒUVRE DE POLITESSE
grâce, exlérieiire et trompeuse. C'est le reflet d'une âme meilleure. Un villageois d'un air grossier, ou si vous le voulez, ridicule avec ses compliments importuns, s'il a le cœur bon et l'esprit réglé, est au fond plus poli qu'un élégant mondain, qui, feous des formes accomplies, cache un cœur ingrat, injuste, capable de toutes sortes de dissimulations et de bassesses.
Donnez, tant que vous voudrez, à votre élève des manières élégantes; de la vivacité, des tours plaisants dans la conversation, de la facilité pour parler et saluer avec grâce, et tout ce qu'on nomme gentillesse mondaine, vous ne lui aurez pas donné la vraie politesse.
Cet enfant sera peut-être même si parfaitement poli, que le moindre défaut de politesse dans les autres lui paraîtra un monstre. La plupart des gens lui sembleront fades, ridicules et ennuyeux. Il sera souvent moqueur, dégoûté, dédaigneux de la meilleure grâce du monde ; et le monde, en conséquence, jugera que cet enfant a tous les charmes de la plus exquisse politesse. Fénelon, qui fut l'homme peutêtre le plus poli du siècle de Louis XIV, en a jugé bien autrement:
a Rien n'est estimable, dit-il, que le bon sens et la vertu: l'un et l'autre font regarder le dégoût, non comme une délicatesse louable, mais comme la faiblesse d'un esprit malade.
a L'esprit qui goûte la politesse, mais qui sait s'élever audessus d'elle, dans le besoin, pour aller à des choses plus solides, est infirdment supérieur aux esprits délicats et sur- « montés par leur dégoût *. »
Ainsi donc, pour tous, pour l'ouvrier des villes, pour le paysan des campagnes, comme pour les enfants de la bour-
1. Fénelon aUait jusqu'à dire : « Lorsqu'on doit vivre avec des esprits « grossiers, et dans des occupations qui ne sont pas délicieuses, la rai- « son, qui est la seule bonne délicatesse, consiste & se rendre grossiers « avec les gens qui le sont.
22 LIV. r^ — DB L'ÉDUCATION EN GÉfilÉRAL.
^eoisie et ceux des plus hautes clauses, TEducationdoU p^ljf en développant et fortifiant, à des degré§ divers, bm entendu ; mais la dignité et la politesse convenableç u'ï PWvent manquer, sans que rEdjiçâtion sgit en défaut,
Sans doute il est à regretter que depuis quelque teiops la rudesse et la vulgarité commencent à s'injlroduire ^bes^ ugu^ dans la plus haute Education elle-même, et que rimpoliles&e «t la grossièreté collégiennes tendent à/leye»ir proverj^i^les. Il en est une raison profonde que je vien^ d'indiquer et que je traiterai bientôt longuement. Quand le respect nwique au fond des âmes, la politesse doit manquer au dehors* et le respect manque toujours quand rautorjié s'affaiblit; l'auJtOrité, cette grande ^t sainte çluose, devam lagudle Vesprit ^'incline sans que le cœur s'abaisse • 1
Et combien peu d'Eduçatiqjas ^'aoîoipplissenl aujo^rd^bvii sous la loi de rautorité et du respect! Tautorité douce «t forte, c'est-à-dire paternelle ; Jç respect inviolable^ P'es^^.- 4ire religieux et filial I
Quoi qu'il en soit, il dejneure certain que développer sans polir, ce n'est pas élever; et qu'aussi le développeipent des facultés doit être le fruit sérieux d'une Education sans mollesse. Les Educations floondaines ne font pas cette çeuvre : on n'en recueille le plus souvent que les goûts et les habitudes <l'une élégance frivole, qui cache tout au plus, sous des formes et des dehors plus ou moins agréaUles, une grossièreté réelle de mœurs, une mollesse violente au besoin, un esprit "vraiment inculte, et un caractère dont l'orgueil insociable se trahit tôt ou tard. Il faut que l'Education soit jnâlp, sèrij^use ei sincère; sans dureté, mais aussi sans foiblesse : une certaine austérité douce et grave lui convient bien et la fortiftie.
C'est là le vœu de la nature ; c'est le besoin de la société ; c'est la richesse de l'enfant; c'est rornemeat de «a vertu ; €*^t lo devoir impérieux de son instituteur.