LIV. II. — CH. 1". — DE l'enfant, ETC
Je ne craignais pas cependant de leur révéler quelquefois à eux-mêmes le secret de mes devoirs les plus délicats envers leurs âmes ; j'aimais à leur expliquer le mystère du respect avec lequel les pieux instituteurs de leur jeunesse croyaient devoir les élever. Ces chers enfants comprenaient ces leçons; et c'est un hommage qu'il m'est aussi doux de leur rendre qu'il peut leur être glorieux de le recevoir : toujours ils se sont montrés dignes d'être élevés à l'école du respect.
Mais qu'est-ce donc que l'enfant, pour qu'il soit digne d'un respect religieux ?
L'enfant I c'est l'homme lui-même avec tout son avenir renfermé dans ses premières années; l'enfant! c'est l'espérance de la famille et de la société; c'est le genre humain qui renaît, la patrie qui se perpétue, et comme le renouvellement de l'humanité dans sa fleur.
L'enfant! c'est une aimable créature, dont la candeur, la simplicité naïve, la docilité confiante^ gagnent l'affection et font naître les plus heureux présages : c'est la bénédiction de Dieu et le dépôt du ciel, une âme innocente dont les passions n'ont pas encore troublé le paisible sommeil, dont la droiture n'a pas encore été altérée par les enchantements du mensonge et les illusions du monde.
L'enfant! c'est un corps simple et pur, h qui la religion peut se présenter avec confiance, qui n'a pas encore d'intérêts secrets à défendre contre elle, et qui se laisse volontiers attendrir par sa voix maternelle.
C'est ce premier âge de la vie, si doux à voir, si aimable à cultiver, le plus souvent si commode à instruire^ si facile à former aux devoirs les plus saints, et toujours si intéressant à étudier de près ! Âh ! je comprends que l'enfance ait été si chère au Dieu de l'Evangile ! Tout respire en elle l'innocence et la grâce 1 il y a dans ce premier âge quelque
3S LlV. il. — Cil. r^ — bB L'ENFANT ET DU RESPECT
cliose qui vient plus récemment du cieU qui appelait toutes les bènMiclions de cette main divine, et qui nous représente ici-bas les attraits les plus doux de la candeur et de la vertu.
Mais, me dira-t-on peut-être : on le voit, vous prenez plaisir à parler ici de ces enfants de bénédiction, qui sont rinnocence, la docilité, la sagesse mômes ; que la nature et la grâce semblent avoir formés à Tenvi, et qui paraii:sent nés pour être Tamour du ciel et les délices de la
terre.
Non, je parle ici de tous les enfants, quels qu'ils soient,
je prends cet âge dans sa plus grande généralité, et je dis qu'il y a en lui une grâce, une dignité, une noblesse qui lui est propre : c'est je ne sais quoi d'beureux qui respire son origine céleste et qui n'est pas dans le commun des hDmmes : rien encore n'a été flétri et abaissé en cet enfant, tel que je me le représente. Il n'a jamais fait une indignité avec réflexion : il n'a pas encore menti avec habileté : il n'a pas encore méprisé sciemment ou haï la vertu : la justice, l'équité naturelle et la bonne foi sont toutes vives en lui. Sans doute, il porte en lui, avec la tache originelle, le penchant au mal qui est le triste apanage de notre nature : mais c'est un germe enveloppé dans la profondeur de son âme, qui n'a reçu encore aucun développement.
Je connais mieux qu'un autre les défauts du premier âge : et l'on verra tout à l'heure que je n'ai aucune envie ni aucun besoin de les dissimuler. Les longues années que j'ai dévouées au soin des enfants ont été les plus douces, mais aussi les plus laborieuses de ma vie, et si mes cheveux ont blanchi avant le temps, c'est au service de l'enfance. Qui s'est d'ailleurs occupé des enfants sans connaître, sans rencontrer tout ce qu'il y a à réformer en eux et à corriger par l'Education? C'est donc aussi, je le dirai sans peine, c'est aussi dans cet âge qu'on trouve quelquefois, à côté des
QUI EST DU À LÀ momilî DE SA KAURE^ Il
inclinations les plus benreuses^les instincts les phis dèpr«* vés» robsUnation, remportenwtfi^ U\ jalousie, le m^sti^iiif^^ je dirai même l'ingratitude ; c'est surtout à ct't A|t« qud )'<^« goîsme, tout irréfléchi qu'il est, se montre passtoAn<^« caprl* cieux, ardent. Je n'ai jamais rencontré deporsonualiU» plus profonde que chez les enfants.
Quand leurs premières années ont été nourries dans la mollesse, avec quelle répugnance secrète ils rc^poussent toute vérité qui les blesse ! avec quel déplornbto Instlncttla saisissent toul ce qui estfaux ou mal, et qui los flatte I
C'est de plus un Âge curieux, mobile, inctulei, aviita do jouissance, ennemi de lacontrain^te : c'est cet Age qui ouvre avec un si dangereux empressement les yt^ux à la vie pour en découvrir tous les charmes : cet Age ((ui promène nvfc inquiétude ses regards avides sur la riante Bcèno du monde pour en voir les trompeuses beautés; cet Ago, enfln, oh (a cœur lui-même, quoique si jeune encore, s^éveille, et s*A« panouissant pour la première fois h tout eu qui l*eRtoure, sollicite avec ardeur Tallment qu'il faut à ses déHirs, et se hâte de goûter les vaines joies qui peut-être flétriront bientôt son innocence l
J'avoue tout cela, et pourquoi le dissimulf>ralft-Je y Omï précisément Tinexpérience, la faiblesse, les Innombrables périls et surtout les défauts de ce premier Age qui intéres« salent mon cœur, alarmaient ma tendresse, et qui réélis ment de l'indifférence elle-même une sollicitude etdes soins paternels.
Je le répète donc^ l'enfance est légère, inappliquée, pré* somptueuse, violente, opiniâtre : e'est l'âge de la distipaûoiif des emportements et des plaisirs, l'âge de toutes les Ulii' sions, et de là presque tous leê ée^rUi de cet âge et aussi totts les soins laborieux de l'Education ! maiSf ajoutait Kéf»eiMf c'est le seul âge ok rhomme peut encore tout mut l/ui-^ime paaru cùrriger. Et, je le demaiide, qu'y a-l-U de pkw ai*