Sainl MïUbien, chap. i
48 LÏV. II. — CH. II. — DE l'enfant ET DU RESPECT
venu, ce goût sublime> cet enthousiasme d'admiration qui les transporte tout à coup pour la vérité et pour la vertu ! Ah I qu'ils se trompent, ceux qui comptent pour si peu l'enfance et la jeunesse?
Age pur et brillant! âge noble et sincère! temps héroïques de la vie ! âge admirable^ lorsqu'une Education religieuse ea inspire les affections, en dirige les efforts, en consacre l'ardeur, en modère les passions, en corrige les défauts, en prévient les écarts, en embellit les vertus! C'est l'âge des plus pures pensées, des affections les plus généreuses, des amitiés les plus fidèles,— je l'ai deux fois surtout éprouvé dans ma vie;-- du courage intrépide pour le bien; et, quand il le faut, môme des dévoûments magnanimes !
Voilk les heureux privilèges qui rendent la jeunesse et l'enfance dignes des soins les plus assidus et de l'amour le plus tendre : et ce sera toujours avec une consolation inexprimable et avec un doux respect qu'un religieux instituteur reposera ses regards sur Tenfance, ou ramènera ses souvenirs vers ces vertus si vraies et quelquefois si fortes, si naïves et si simples du premier âge.
Qu'on me pardonne ici des souvenirs personnels : je leur dois le peu d'autorité qui s'attache à mes paroles; je leur dois ces douces émotions d'une ancienne amitié, qui n'est pas encore éteinte en mon âme, qui ne s'éteindra probablement jamais, et à laquelle on voudra bien permettre pour un moment ces retours vers un passé qui m'est toujours présent.
Pendant les bonnes et heureuses années de ma vie consacrées aux soins de l'Education, j'aimaisàvoir les enfants qui m'étaient confiés, à tourner mes regards vers eux : c'était une de mes joies, aux heures de leur récréation, de descendre dans leurs cours et dans leurs jardins, de me mêler à leurs amusements, de les partager quelquefois ; ils peuvent s'en souvenir.
Ou bien, si la fatigue ne me permettait pas Tagitation souvent un peu violente de leurs jeux, j'aimais à m'en rendre le spectateur silencieux et tranquille, et à me promener paî* siblement» au milieu d'eux, parmi la plus grande effervescence de leurs divertissements ; j'y trouvais une paix, une douceur inexprimables. Que de fois, obligé par mon ministère à me jeter pour quelques instants au milieu du monde et de ses affaires, et attristé par les scènes douloureuses de Ja vie, je rentrais au Petit-Séminaire avec une secrète et profonde satisfaction! Une demi-heure passée en récréation avec mes enfants dissipait tous les nuages; j'oubliais auprès d'eux les embarras, les soucis épineux, les tristes mécomptes.
Quelquefois même,sansque je descendisseaumilieu d'eux^ de loin, le bruit de leurs ébats, les éclats de leur joie, leurs naïves disputes, leurs prompts raccommodements, la vivacité de leurs impressions, pourquoi n*ajouterais-je pas, leur joie de me voir, quoiqu'à distance, le redoublement de leur ardeur^ lorsqu'ils m'avaient pour témoin etpour jugede leurs transports et de leurs succès, tout cela donnait à mon âme un rafraîchissement dont je remerciais Dieu, en lui demandani de continuer à bénir cette troupe aimable et fidèle , ce jeune peuple naissant, ce dépôt précieux commis à mon zèle et à mes soins^ l'espérance de la religion et de la patrie.
J'ai vu des hommes du monde, mêlés avec honneur et depuis de longues années à toutes les plus grandes affaires de leur pays, éprouver les mêmes impressions à Ja vue de nos enfants : j'en ai vu^ attendris jusqu'aux larmes, lorsqu'ils contemplaient, sous les frais ombrages de notre maison de Gentilly S cette nombreuse jeunesse répandue de toutes parts en essaims volages, et goûtant au milieu de ses jeux innocents des délices si pures.
1, Petit village à une lieue de Paris, oîi le Peiîl-S«îininaire de Saint- Nicolas avait une maison de campagne.