‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 29 sur 122 · LIY. U. — CH. II. — DB L'BNFANT ET DU RESPECT · texte numérisé non relu

LIY. U. — CH. II. — DB L'BNFANT ET DU RESPECT

Qoe j^aimais aussi à me rendre témoin de lears travanx f Combien de fois je quittai tout à coup mes propres occupa- ^ns pour aller les surprendre à Tétude! Oui, c'était un noble aspect que celui de tous ces enfants recueillis et sileneieux! Ces deux cents jeunes intelligences attentives hèior dier, appliquées à comprendre, ardentes à pénétrer et à admirer les chefs-d'œuvre des grandes littératures humaines, ravissaient mes yeux et mon cœur !

Mais, dans ce genre, rien n'égalait le plaisir que me donnaient leurs examens !

Lorsque je les voyais réciter avec fermeté, expliquer avec goût, interpréter avec fidélité, avec chaleur, avec enthousiasme, les plus belles pages de Virgile, d'Homère, de Cicéron, de Tite-Live, de Fénelon, de Bossuet, j'éprouvais une joie profonde ! Que pouvait-il y avoir de plus consolant pour nous que de les trouver ainsi heureusement sensibles aux nobles plaisirs de l'esprit? Leur raison naissante s*éclairail à la lumière de ces puissantes intelligences, s'enflammait quelquefois au foyer de ces grands génies !

Je trouvais admirable qu'à travers les siècles le génie d'Homère, de Virgile, de Bossuet, de saint JFean Chrysostome,vlnt faire alliance avec ces jeunes esprits, les échauffer, les féconder, les élever jusqu'à eux !

Si leurs jeux, si leurs études me donnaient ces joies, que vousdirai-je de leur piété? Cela ne peut guère se raconter.

Quelle douceur de les voir réunis dans leur pieux sanctuaire 1 quelle foi vive! quelle ferveur dans la prière ! Aux jours de nos fêtes, et dans ces matinées célestes, dont ils ne perdront jamais le souvenir. Fange du Seigneur semblait véritablement les recueilliret les cacher sous son aile sacrée!

C'était surtout en ces jours bénis que j'aimais à me rapprocher d'eux, à m'entretenir avec eux, à voir leurs cœurs de près. Il me semblait y respirer la félicité, la paix de l'innocence et tous les parfums du ciel.

OUI EST DU A LA BlfiNiTÉ DE SA RATURE. 51

Sans doute les nuages de la condition humahie yenaient eu leur temps troubler ees joies de l'innocenceet de la grâce !

mais ces nuages légers de Venfance une fois écariès, on décottvrftit là, au fond de ces jeunes âmes, comme un ciel d'aaur, où Dieu lui-même faisait briller, dans un horizon d^une pureté infinie, des clartés d*une splendeur divine.

C'est alors qu'une aimable, une noble pudeur, cette vertu cfuirs'ignoreprofondément elle-même, donnait un prix nouveau et caché à lout ce qu'ils faisaient. Leurs moindres discours, leurs plus simples paroles, avaient alors des grâces secrètes, ineffables, contre lesquelles on ne pouvait se dé^ fendre. Dans ces douces et intimes conversations, que de fois j'ai recueilli sur les lèvres deTenfance des naïvetés sublimes !

Ma tendresse pour eux était grande; et cependant je ne leur exprimais jamais qu'imparfaitement les sentiments de mon cœur, surtout pour ceux dont je voyais ainsi la grâce transformer peu à peu, adoucir, purifier, ennoblir la nature.

Combien n'y en a-t il pas d'entre eux dont je puis dire que j'ai reconnu, que j'ai aimé en eux Dieu présent et personnifié sous les traits les plus aimables ! Leur enfance était celle du Sauveur : comme lui, ils croissaient en âge^ en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

Je me suis souvent demandé : D'où vient donc le charme inexprimable de l'enfance et de la jeun esse I Pourquoi ce premier âge de la vie a-t-il je ne sais quelle grâce qui charme, qui attendrit, qui ne lasse jamais? Un ami, que je vénère, me répondit un jour : « Sans doute, l'enfance, c'est la simplicité, c'est la candeur, c'est l'innocence ; mais ce qui ajoute à tout cela un charme indéfinissable et invincible... le voici : ^'enfant, c'est l'espérance I Sans doute, il est la joie du présent ; mais il est surtout Tespérance de l'avenir ! »

Cette parole me frappa, etme rappela celle qui fut adressée h Louis XV par une dame témoin de son saere. C'était '

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marquise de Pisîeux : Âh! Sire^ lui dit-elle, c'est vous qu'il fallait voir alors vous étiez beau , beau comme l'espérance !

C'était tout dire. Un enfaut roi ne pouvait lui-même recevoir une louange plus belle et une leçon plus délicate. Mais toujours, et quelle que soit sa condition, Tenfant, c'est la riante, c'est la belle, c'est la douce et pure espérance !

Les divines Ecritures ont ici prodigué les plus gracieuses images.

L'enfant, c'est un tendre rejeton, une faible plante, il est vrai ; mais qui sera peut-être un jour un grand arbre chargé de tous les fruits de la vertu^ et projetant au loin son ombre glorieuse.

C'est une fleur prête à éclore et qui promet un riche épanouissement. Si elle paraît déjà si belle à sa première heure, que sera-ce un jour, lorsque, parée de tous les charmes et embellie de tous les dons des cieux , elle s'élèvera pour orner la terre ?

L'enfant, c'est encore un faible ruisseau, une source naissaute; mais il deviendra peut-être un fleuve majestueux? L'instituteur est cet habile fontenier dont parlent les saints Livres; sa main dirige ces eaux dociles, les incline où il lui plaît et ne permet pas que jamais des eaux étrangères, impures ou amères viennent troubler leur cours.

Oui, l'enfant c'est l'espérance, l'espérance du ciel môme : car c'est rhéritier des palmes éternelles ; l'objet des complaisances de Dieu, le frère et l'ami des anges !

C'est l'espérance de la terre, dont il est déjà la richesse et le trésor, et dont il sera un jour la force et la gloire. C'est Tespèrance de la patrie et de l'humanité tout entière, qui se renouvellent et se rajeunissent en lui. C'est ici-bas, surtout, l'espérance de la famllle,dont il fait déjà la joie et les délices, dont il sera un jour la couronne et l'honneur.

Aimable créature l sa première apparition dans le monde *

QUI EST DU A Lk DIGNITÉ DE SA NATURE. 53

son premier sourire, son premier regard est un signe de paix, un présage de sérénité pour tous; voyez-le : il n'y a pas un nuage sur ce front ; il ignore le passé, il sourit au présent; il s'élance vers l'avenir, et semble y transporter * tout le monde avec lui.

Je me suis aussi demandé quelquefois : Pourquoi fait-il surtout la joie de ses plus vieux parents? - lis ne peuvent se lasser de le voir, de le bénir, de l'entendre, d'admirer sa force^ son agilité, sa grâce. L*éclat> la douceur de ce sourire; la pureté, la transparence de ce front; la limpidité, la flamme de ce regard, tout cela leur rappelle sans doute que nous vieillissons, que nous pâlissons, que nous mourons chaque jour; mais aussi que nous ne devions ni pâlir, ni vieillir, ni mourir : et cet enfant est sous leurs yeux comme un souvenir, comme un reflet de cette immortelle jeunesse qui fut l'apanage primitif de notre nature.

Certes, plus j'y réfléchis, et je le dirai au risque de me répéter, moins je m'étonne que le Fils de Dieu, dans son passage sur la terre, ait aimé les enfants et mis sa joie à les bénir : Jésus-Christ aimait les hommes et il les bénissaittous en bénissant l'enfance, qui est l'espérance de la grande famille humaine. Qui ne connaît les scènes évangéliques ? Notre- Seigneur parcourait les villes et les bourgades en faisant le bien et guérissant les malades. Les mères, toujours si habiles à deviner les cœurs dignes d'elles, accouraient sur ses pas et lui amenaient leurs petits enfants, lui demandant de les bénir. Les enfants et les mères étair nt en si grand nombre, que les apôtres importunés s'en plaignaient et voulaient les éloigner. Mais le divin maître ordonnait qu'on leur lit place : Laissez venir à moi les petits enfants, disait-il^ le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Puis, prenant ces petits enfants, il imposait ses mains sur leurs fronts, il les bénissait avec tendresse, il les pressait contre son cœur, et il répétait : Laissez venir à moi les petits en-

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fantsi le royaume des deux est pour ceux qui leur ressem-blent.

C'était iùxxi dire : le prix de la vie étemelle était révélé : lai nécessité d'une régénération et d^une nouvelle innocence était proclamée ; et désormais les portes du royaume des cieux devaient demeurer fermées à quiconque refuserait de descendre jusqu'à cet âge.

Quand le Fils de Dieu ne serait venu des cieux que pour dire cette parole, elle suffirait à sa gloire et au bonheur de rhumanité. Qui avait dit cela avant lui? qui avait pensé ef senti de celte sorte? Depuis quatre mille ans, ^ part quelques Iroides paroles échappées à la raison d'un philosophe, l'enfance était sur la terre Tobjet du mépris des sages et delà cruelle insouciance des législateurs î Mais au milieu de la corruption universelle, elle était les plus chères et les seules amours du ciel ; et, quand le père de famille vint rechercher ses enfants, quand le Créateur voulut se faire connaître des siens, ce ne fut pas par des paroles fastueuses qu'il se déclara. Non, avant de se donner pour le maître et le docteur du monde, il lui plut de se révéler sous un aspect plus touchant et sous un noni plus doux : on y sentait bien la grandeur et la puissance du Roi des cieux ; mais c'était surtout un père tendre; on y sentait avant tout son amour, et, lorsqu'il dit : Laissez venir à moi les petits enfants^ le royaume de» deux est pour ceux qui leur ressemblent.,,^ les pères et les mères attendris se prosternèrent à ses pieds et Tadorèrent!

Âh l je comprends pourquoi les prophètes ont exalté par de si magnifiques louanges la gloire des patriarches, et le noble orgueil de la fécondité maternelle! Volontiers, en achevant ces lignes, je m'écrierai avec eux et redirai l'exclamation évangélique : Heureuses les mères dont les entrailles saintement fécondes ont donné à la terre et au eiel des enfants nombreux ! heureuses les mamelles qui lesontallaitést Jamais une mère ne mit de plus nobles joyaux âur soa

QUI EST mi À lal dignité de sa rature. 5&

cœûTj jamais plus bdle eonronme ne ceignit son front g'io* rîeviL l

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