CHAPITRE lY
L'Enfant : cpielques conseils pour sa première Éducation.
Je ne veux pas rester sur ces tristes pensées. Je n'écris point pour contrister le cœur des mères, mais pour les aider dans la douce et difficile tâche que leur a imposée la Providence. S'il en est quelques-unes parmi ellosà qui le courage,
i. MoimiGNB, EnaiBf liv. Il> chap. yin
jeu'ose pas dire rinteUigence, manque pour accomplir sans faiblesse de si grands devoirs, il en est un bien plus grand ' sombre à qui la religion et Tamour maternel ont révélé Tart admirable d'élever leurs enfants, selon le cœur de Dieu et selon le voeu de la nature. C'est à ces femmes véritablement bénies du ciel que je voudrais demander en ce moment quelques conseils pratiques, dont je pourrais alors présenter la lumière et l'autorité avec plus de confiance à toutes les mères.
On le comprend : ce n'est point un traité d'Education élémentaire que je prétends leur offrir ici, mais seulement, je le répète, quelques conseils, quelques aperçus dont leur pénétration et leur tact exquis sauront bien saisir la portée et faire l'application. On a d'ailleurs écrit beaucoup déjà sur ce sujet. Je me bornerai donc à quelques points essentiels. . L'Éducation commence à la naissance même de l'enfant. Tous les sages^ tous les bommes d'expérience, tous les maîtres de la morale, les païens eux-mêmes, l'ont proclamé : le jour où cet enfant ouvre son premier regard à la vie et fait entendre ses premiers cris, toute une série de devoirs relatifs à son Education est imposée à tous ceux qui l'entourent.
L'Education de ces premiers temps, qu'on ne s'y trompe pas, est le fond, la base de tout ce qui recevra plus tard son développement dans l'Education la plus avancée, et son application mêmedans tous le cours de la vie. En toutes choses, tout dépend des principes : c'est une vérité banale à force d'être vraie; mais c'est surtout en fait d'Education qu'il y 1* faut prendre garde et qu'on doit s'attacher aux principes les meilleurs, les poser fortement dès l'abord et les suivre avec persévérance.
Voici en quels termes le grand Bossuet faisait remarquer l'importance décisive de ces commencements :
« Si de très-bonne heure on &'0CQupe avec soin des en-
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c fants, alors Faction paternelle et de bons enseignements « peuvent beaucoup. Au contraire, si on laisse de mauvaises « et funestes maximes entrer une fois dans leur esprit, alors « la tyrannie de l'habitude se rend invincible en eux, et ii « n'y a plus de remède qui puisse guérir le mal. Pour em- « pêcher qu'il ne devienne incurable, il faut le prévenir *. »
Et cependant qu'arrive-til, et que fait-on de ce premier âge de la vie? On l'abandonne, dit Fénelon, à des femmes indiscrètes et déréglées. Et c'est pourtant Vâge^ ajoute-t-il, où se font les impressions le^s plus profondes^ et qui, par conséquent^ a la plus grande influence sur tout l'avenir d'un enfant.
La sagesse antique a parlé le même langage.
a Tu n'ignores pas, disait Platon, qu'en toutes choses la « grande affaire est le commencement, surtout à l'égard « d'élres jeunes et tendres; car c'est alors qu'ils se façon- « nent et reçoivent l'empreinte qu'on veut leur donner. Ea a ce cas, souffrirons-nous que les enfants écoutent toutes « sortes de fables imaginées par le premier venu, et que « leur esprit prenne des opinions, la plupart du temps con- « traires à celles dont nous reconnaîtrons qu'ils ont besoin « dans l'âge mûr? (Platon, Républ. liv. Il, t. IX, p. 405-406.) « Nous engageons donc les nourrices à ne raconter auxen- « fants que des fables bien choisies, et à s'en servir pour « former leurs âmes avec encore plus de soins qu'elles n'en « mettent à former leurs corps. »
Les parents, même chrétiens, sont quelquefois, il faut l'avouer, si ignorants de leurs devoirs, si aveugles en ce qui touche la première Education de leurs enfants, et surtout si imprudents, si inconsidérés dans le choix qu'ils font de ceux et de celles qui devront donner leurs soins à ces premières années, qu'il est malheureusement trop nécessaire d*insister
QUI EST DU A LA DIGKlTÉ DE SA NATURE. 77
sur ce point, et que je crois parliculièpement utile de mellre sous leurs yeux ce que disait autrefois sur ce sujet le paganisme lui-môme.
Plutarque, dans un traité fait exprès sur l'Education des enfants, s'exprime avec plus de force encore que Platon :
a II faut employer tous ses soins à bien choisir les nour- « rices chargées de la première Education. En effet, s'il est c nécessaire de façonner les membres des enfants, aussitôt « après leur naissance, pour ne leur laisser contracter aua cun défaut naturel, on ne peut aussi former trop tôt leur « caractère et leurs mœurs,
« L'esprit des enfants est une pâte flexible, qui reçoit sans € résistance toutes les formes qu'on veut lui donner; une « fois fortifiés par Tâge, on les plie difficilement. Les sceaux « se gravent vite s ur une cire molle ; de môme les préceptes a qu'on donne à ces esprits encore tendres s'y impriment « facilement et y laissent des traces profondes.
« C'est pour cela que le divin Platon recommande si ex- « pressément aux nourrices de ne point entretenir les ena fantsdecontesridicules qui remplissent leur esprit d'idées c fausses et absurdes.
a On doitencore, par le môme motif, choisir avec soin les « jeunes serviteurs qu'on place auprès des enfants pour les a servir oupour être élevés avec eux. Il faut particulièrement « qu'ils aient des mœurspures , en second lieu qu'ils sachent « bien leur langue^ etqu'llsla parlentcorrectement. Dessbr-
a VITEURS CORROMPUS COMMUNIQUERAIENT BIENTÔT AUX ENFANTS « LES VICES DE LEUR LANGAGE ET DE LEURS MŒURS. »
Le sage Quintilien a consacré aussi de belles pages à ce sujet si important. Il serait trop long de les citer.
Je l'ai dit : les soins donnés à ces premières années sont le commencement de tout ce qui recevra plus tard son application ou son développement. Tout y demande donc l'attention la plus sérieuse. VËducation physique, VEducation in-