LIV. II. — CH. IV. — DR L'ENFANT ET DU RESPECT
tellectuelle, VEducation morale^ VEducation religieuse^ nen ne doit donc être abandonné an hasard, rien ne peut être fait ou assayé à l'aventure .
VEducation physique est beaucoup à cet âge, qvA comprend, comme nous l'avons vu, à peu près les huit ou dix premières années de la vie.
Des auteurs plus ou moins graves ont donné, à cet égard, des conseils infinis, où se rencontraient des choses plus ou moins sages, mêlées à d'étranges détails et à des pensées qu'il nous est impossible d'approuver.
Nous nous bornons à désirer que celte première Education ne soit, ni trop molle : car on développerait ainsi outre mesure ce principe de mollesse et de sensualité, qui résiste plus tard à tous les efforts de l'Education la plus sérieuse et de la Grâce; ni trop dure : l'existence et les organes de l'enfant sont encore si frêles !
« Ce qu'il y a de très-important alors, dit Fénelon, c'est « de ne pas trop presser les enfants, de laisser affermir leurs (i organes, de ménager leur santé et de ne les former que « peu à peu, selon les occasions qui viennent naturellement. »
Et cependant, dès lors aussi, VEducation intellectuelle doit appeler l'attention.
Dans l'enfant, le travail de l'intelligence est prodigieux.
C'estpendant ces premières années que son esprit acquiert, non -seulement dans le langage usuel et dans la connaissance des objets sensibles, mais encore dans la langue et dans la connaissance de choses purement spirituelles, une multitude extraordinaire de notions.
On sait que ce fait a excité l'admiration de tous les observateurs clairvoyants, qui ont reconnu dans ce travail secret et pres(}ue tout spontané un des plus étonnants mystères et un des plus profonds bienfaits de la Providence.
Parmi les enfants que gâte la première Education intellectuelle, il y en a de deux sortes :
Il y a ceux à qui on ne fait rien faire ; puis il y a ceux à qui on fait trop faire.
La première Éducation, si elle est sage et prévoyante, profitera sans doute des étonnantes dispositionsdeTenfance, et de cette merveilleuse ouverture de l'esprit à toutes choses, pour lui donner dès lors des idées simples, justes, claires, précises.
Mais elle se défiera de la manie de créer de petits prodiges de six ou huit ans, qui sont des enfants médiocres à quinze ou vingt.
Si elle est réelle et sans vanité, elle s'appliquera constamment à former la parole de Tenfant et tout son langage à une pureté convenable; mais elle attachera peut-être une faible importance k lui apprendre deux ou trois langues étrangères, dont plus tard, dans le cours de son Éducation publique, il ne pourra pas conserver Tusage; et dont les notions confuses suffisent néanmoins quelquefois pour arrêter rélan de Tesprit dans les études plus sérieuses.
Le défaut que je signale ici n'est pas médiocre. Sans doute» il peut y avoir de grands avantages à apprendre et à parler de bonne heure quelques langues étrangères : mais cette étude mal faite, mal commencée, mal suivie, peut avoir aussi les plus graves inconvénients.
Fénelon, en parlant de la manie qui régnait au temps où il vivait, de faire apprendre aux jeunes enfants l'italien et. Tespagnol, allait jusqu'à dire qu'il y avait beaucoup plus à perdre qu'à gagner dans cette élude,
» Quand même, disait-il encore, vous pourriez avancer « beaucoup l'esprit d'un enfant sans le presser, vous devriez « encore craindre de le faire ; car le danger de la vanité et a de la présomption est toujours plus grand que le fruit de « ces Educations prématurées qui font tant de bruit : on ne « doit verser dans un réservoir si petit et si précieux que des « choses exquises. »
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Il estmaitireste que tout cela demande une grande attention et un rare discernement.
J'ai TU des enfantî condamnés h ne rien faire pendant tes plus belles années de leur jeunesse, de quatorze h dix-huit ans, parce que de six h dis ans on les avait accablés de travail et Épuisés,
D'auti'e pari, ceperjd:mt, il faut bien prendre garde, sous prétexte de ne pas fatiguer les enfants, de les laisser sans rien faire, de les accoutumer à vivre dans l'oisiveté et sans r^gle. Quand un enfant est venu à un ceriain âge sans s'appliquer i rien, on ne peut plus parvenir h. lui inspirer ni aucune estime pour l'étude, ni aucun goût pour les choses solides. Tout ce qui est sérieux lui parait triste : tout ce qui dfimande une attention suivie le fatigue ; la pente aux plaisirs, qui est si forte pendant la jeunesse, l'exemple des en- fiintâ du même âge qui soal plongés dans l'amusement, tout sert à lui laire craindre et fuir l'application d'une vie réglée et laborieuse.
Du resto, ces premières études doivent Être exlrëmemenl simples; j'oserai presque dire qu'elles ne le seront jamais trop. Elles consi.steront dans la lecture, l'écriture, les premiers éléments du calcul, quelques notions d'iiiïitoire et de géographie. Cela suffit abondamment pour ces premières années ; l'important, c'est que tout cela soit bien enseigné, bien appris, biensu-Pfii et bien : Irès-peu et Irèsbien : \oi\k le grand principe.
Lliisioire des premiÈres années du duc de Bourgogne nous montre ce que VEdwation intellecluelle peut et doit laire pour l'bomme à cet âge, ce qu'elle trouve en lui de ressources pour le former et l'améliorer.
On sait que Fénelon, pour orner rinlelligence de son élève, en même temps que pour lui faire apercevoir ses défauts, avait composé une suite de Fables et de Dialogues : • On voit, dit M. de Bausset, par la simplicité, la précision.
« la clarté de quelques unes de ces fables, qu'elles s'adres- « sent à un enfant dont il fallait éviter de fatiguer rintelli- « gence, et à V esprit duquel on ne devait présenter que ce « qu'il pouvait saisir et conserver. Ces fables prennent ent suite un caractère un peu plus élevé ; elles renferment « quelques allusions à l'histoire et à la mythologie, à me- « sure que les progrès de l'instruction mettaient le jeune « prince à portée de les comprendre. »
En développant rinlelligence de son élève, Fénelon avait donc grand soin de ne pas l'écraser sous le poids de connaissances trop fortes pour son âge; et il savait néanmoins profiter habilement de tous les moyens pour élever les facultés de l'enfant et les préparer convenablement aux éludes les plus hautes et les plus délicates de la grande instruction littéraire.
Ce sage tempérament est bien rare de nos jours : d'une part, on voit des enfants chargés de bonne heure d'une lourde érudition, sur lesquels la mnémotechnie a épuisé le trésor de ses dates et de ses nomenclatures; ou condamnés à lire de ridicules petits traités moraux, tantôt d'une sécheresse désespérante, tantôt d'une fade sensibilité^ et toujours d'un pédantisme odieux, dont ils sontabsolumentincapables de rien comprendre, de rien sentir : ce qui faisait dire spirituellement aune dame de grand sens : a Que les enfants « élevés à lire Peau-d'Ane^ le Prince Tity et la Barhe-Bleue^ a ont plus d'imagination et de vraie raison que tous cespau- « vres enfafits élevés à lire de petits traités pédants. »
D'autre part, combien d'enfants, même parmi ceux qui sont destinés à recevoir la plus haute Éducation littéraire, restent sans aucune culture intellectuelle jusqu'à l'époque où on les livre à l'instruction primaire! Toutes leurs facultés sont en friche. Quelquefois il faut que plusieurs années soient employées à les tirer de ce triste état: souvent les soins les plus assidus n'y suffisent pas; et l'on doit s'estimer fort