‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 36 sur 122 · LIV. II. — CH. IV. — DE L'ENFANT ET DU RESPECT · texte numérisé non relu

LIV. II. — CH. IV. — DE L'ENFANT ET DU RESPECT

« de leur corps, jointes à leur enjouement, leur font aisé- « ment prendre toutes sortes de formes pour représenter ce te qu'ils voient de ridicule.

(( Cette pente à imiter, qui est dans les enfants, produit « des maux infinis quand on les livre à des gens sans ver- « tus, qui ne se contraignent guère devant eux. Mais Dieu a » mis, par celte pente dans les enfants, de quoi se plier fa- « cilement à tout ce qu'on leur montre pour le bien. »

Combien ces sages pensées de Fénelon, combien ces observations, si fines et si pénétrantes, auraient d'utile et décisive influence sur l'Education du premier âge, si elles étaient bien méditées et bien comprises!

En effet, que les impressions de ces premières années, que les habitudes prises à cet âge soient les plus fortes et les plus durables, c'est une vérité que personne n'a jamais contestée, mais dont on ne s'avise guère de tirer les conséquences pratiques.

De là naîtrait une loi trop sévère pour les mœurs publiques, une loi de sagesse et de circonspection imposée à tous ceux qui s'approchent de l'enfance et lui doivent des leçons et des exemples. Dès que Tenfance commencée à penser et à sentir, son esprit et son cœur ont besoin d'un aliment qui les nourrisse, et cet aliment quelconque se change en leur substance.

Les idées, les images qui se présentent à l'enfant forment peu à peu la trempe de son caractère, et, pour ainsi dire, le fond de son âme. Tandis que ses sens et son imagination sont pleins de ce qu'il voit et de ce qu'il entend, pour lui se prépare en silence la règle des jugements et le mobile des actions. Et voilà pourquoi les préjugés de l'enfance ont une force incroyable !

Choisir avec une sévère discrétion les objets qui, les premiers, frapperont ses regards, fixeront son attention, et sur lesquels s'exercera la sensibilité de son cœur ; voilà donc

quelle devrait être VEducalion domestique, et voilà ce que malheureusement elle n'est pas toujours parmi nous. On s'est depuis trop longtemps exercé à tout mépriser, à tout profaner, pour qu'on respecte encore Tenfance. On le sait': il est un degré de corruption dans les mœurs publiques, où il devient très-difficile de conserver même la décence dans l€S mœurs privées.

Hélas! combien d'enfants ne trouvent plus de sûreté dans la maison paternelle, où quelquefois leurs regards, leurs oreilles, tous leurs sens, ne reçoivent pour toute nourriture qu'un poison subiil et mortel qui pénètre les infortunés sans qu'ils le sentent, et va détruire dans leurs cœurs le germe môme des vertus! Ainsi s'altèrent les dons de la nature : et souvent des âmes qu'elle fit propres aux grandes choses dé génèrent par l'Éducation, et ne peuvent plus s'y élever qu'avec effort 1

C'est surtout quand il s'agit de la pureté des mœurs que l'Éducation du premier âge doit redoubler de zèle, et entourer les enfants des précaucions les plus attentives et de la plus sévère vigilance.

Fénelon voulait qu'on évitât absolument les spectacles publics et tous les autres amusements passionnés^ qui ne sont propres qu'à donner aux enfants le goût des choses dangereuses, et ne peuvent manquer d'ailleurs de leur faire trouver fades tous les plaisirs innocents. Il flétrissait sans pitié la coupable imprudence de tant de parents qui accoutument ainsi le cœur si tendre encore q\ l'imagination si vive et si volage de leurs enfants, aux violents ébranlements des représentations théâtrales^ aux tons languissants de cette musique efféminée, qui n'est bonne qu'à énerver les forces de i'âme, à rendre les mœurs de l'enfant molles et voluptueuses, et qui ne fait tant de plaisir que parce que Vâme s'y abandonne à l'attrait des sens jusqu'à s'y enivrer.

Fenelon allait jusqu'à vouloir qu'on inspirât aux enfants

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