‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 40 sur 122 · LIV. II. — CH. V. — DE L'ENFANT BT DU RESPECT · texte numérisé non relu

LIV. II. — CH. V. — DE L'ENFANT BT DU RESPECT

pense et vit ! Le Vrai, le Beau, le Bien, seront Tobjetessen- ' tiel et unique de renseignement intellectuel et moral dans son Education I

E( c'est dans raccord parfait des grandes facultés humaines avec le vrai, le beau et le bien, avec la vérité, la beauté et la bonté suprêmes que se trouvera le principe de l'harmonie, du repos, de la plèpitude et de la force de ces facultés : Tœuvre de TEducation n'est pas autre chose?

Cette sublime théorie des facultés de Thomme, que je me borne à indiquer en ce moment, et que j'exposerai plus tard, n'est que le principe et le fondement de la théorie de l'Education elleHooême. Cette théorie domine le développement et Texercice des facultés humaines ; seule, elle en révèle le jeu, la nature et Taction dans l'homme fait comme dans l'enfant. Et, en même temps, c'est elle seule qui édaire les sciences, les langues et les littératures, la poésie et les arts qu'on lui enseigne. En toutes ces choses. Dieu tout d'abord apparaît: son nom, sa splendeur, éclatent de toutes parts et font res« plendlr comme dans un jour divin toutes les beautés de la ^nature humaine et toutes les richesses que Dieu lui a données. La perfection divine, à l'image de laquelle cet enfant fut créé, est donc le but, la forme, l'image, le type essentiel de l'Éducation qu'il recevra : Faisons Vhomme à notre image et à notre ressemblance : la parole de Dieu ne pouvait être plus formelle. C'est ainsi que Dieu deviendra tout à la fois, pour cet enfant, la perfection de son être, la nourriture immortelle de son intelligence, l'inspiration de son amour, et la vie de son âme tout entière.

On comprend maintenant pourquoi j'ai dit que l'Education était une œuvre divine ; pourquoi j'ai dit que le respect dû à la nature et à la dignité de cet enfant était un respect religieux et devait s'élever jusqu'à Dieu.

Mais ce qull faut aussi comprendre ici, c*est que cette belle et grande nature, c'est que tous ces dons du Créateur

OUI EST DU A LA DIGNITÉ DB SA IfATURE. 94

demandent à germer et à croître, et sollidtent d^eux-mémes le développement et la culture de ce religieux respect.

Vie, intelligence et amour; esprit, talent, génie; bon sens, bon goût; volonté, caractère, conscience ; lettres, sciences, arts, industrie même ; religion, morale, vérité, vertu: toutes ces grandes et divines choses de l'humanité sont sans lumière et sans nom dans un enfant, et demeureront enfouies dans les profondeurs de sa nature, si on n'a pris soin de les étudier avec respect et de les cultiver religieusement.

G*est là la belle œuvre de l'Education : mais, encore un coup, une Education respectueuse peut seule satisfaire de si nobles exigences et répondre à ces instincts sublimes. Un dévoûment,un respect véritablement, sincèrement religieux, peuvent seuls cultiver convenablement les dons admirables du Créateur lui-même, élever ces belles facultés à la force de leur intégrité naturelle, Uê établir dans la puissance et la plénitude de leur action, les orner de leur plus bel accroissement, les couronner enfin des fleurs et des fruits de la science et de la vertu !

Et voilà pourquoi l'Education, telle qu'elle m'est apparue, n'est pas autre chose que le plus profond témoignage du respect dont la nature humaine est digne. Si haute que puisse paraître cette théorie, elle est le fond môme sur lequel repose et doit s'élever l'édifice de l'Education tout entière.

Ah 1 sans doute, cette œuvre n'est pas facile : elle a de vastes proportions, et, dans son apparente simplicité, elle offre des aspects nombreux et Imposants : et le respect y manque profondément toutes les fois qu'on ne s'applique pas à la comprendre, à l'embrasser et à la faire dans toute sa grandeur,

Oui, toutes les fois qu'on ne se dévoue pas religieusement, à cultiver, à élever dans l'enfant la nature et la dignité humaines ; toutes les fois qu'on néglige de former en lui

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rhommc tel que Dieu Ta conçu, Tliomme tel que Dieu Ta créé, rhomme tel que Dieu veut qu'on le forme et qu'on l'achève ; toutes les fois qu'on ne fait pas ces choses, on trahit, on viole le respect qui est dû à cet enfant et à sa grandeur originelle, et, je dois l'ajouter, ce malheur n'est pas rare.

Ce que les instituteurs delà jeunesse ne doivent donc jamais oublier, c'est que l'enfant, c'est l'homme lui-même, dépositaire de tous les dons de Dieu, de toutes les espérances de l'humanité ; et, tout jeune qu'il est, revêtu déjà de toute la grâce, de toute la dignité que Dieu à communiquées à la nature humaine. Ce souvenir suffira à soutenir le courage des instituteurs et les empêchera de défaillir jamais dans la noble et laborieuse tâche à laquelle ils se sont dé* voués.

Certes, quand le Créateur lui-même voulut faire l'homme, il travailla à ce grand ouvrage sans négligence et sans dédain : ce ne fut pas un jeu pour lui, comme l'avait été la création du monde matériel. Il est remarquable que Dieu ne se servit plus de cette parole impérieuse et brève, avec laquelle il avait fait sortir des entrailles éternellement stériles du néant la multitude des créatures vulgaires qui charment nos regards, y compris la lumière et le soleil ; non, il se recueillit en lui-même, prononça une parole de conseil, et, si je le puis dire, de respect; celle grande et immortelle parole : Faisons Vhomme à noire image et à notre ressemblance. Puis il agit avec la gravité digne d'une œuvre si solennelle.

La création de l'homme fut donc avant tout le résultat d'une délibération suprême, puis une action toute divine, et enfin un soutfle, une inspiration de l'éternelle vie : spiraculum vitœ.

Telle fut la grandeur de la création de Thomme : telle doit être Tœuvre, la gravité et la grandeur de son Education ; tel le respect qui lui est dû.

Voilà ce qu'il est capital de bien entendre, quand on touche à cette œuvre.

J'entrerai maintenant dans quelques détails pratiques.

L'Education a pour but de former rhomme ; mais qu'est-ce à dire et quelle est donc la tâche réelle de l'instituteur? Le voici :

L*homme est tout à la fois corps et âme : intelligence, volonté, cœur et conscience : Dieu Ta fait ainsi.

Donc former Vhomme, c'est faire atteindre à l'enfant tout le développement, toute l'élévation, toute la force, toute la beauté dont ses facultés physiques et intellectuelles, morales et religieuses sont susceptibles ;

C'est donner à son corps la vigueur, la souplesse, l'agilité nécessaire au bon service de Tâme; mais cela, on le comprend, c'est peu de chose encore : les païens eux-mêmes trouvaient que l'homme n'est un beau spectable que quand la beauté et la force de rame sont en harmonie avec la beauté et la force du corps *.

Gratior et pulchro veniens in corpore virtus.

(ViBGlLB.)

Mens San a in corpore sano.

fJUVÉNAL.)

Donc former Vhomme^ c'est encore, c'est surtout donner à son esprit toutes les belles connaissances, lui révéler toutes les nobles doctrines qui seront l'ornement et la lumière de sa vie; c'est lui faire acquérir toute sa force et toute son étendue par des exercices convenables, par des travaux intelligents; c'est développer en lui le jugement, le raisonnement, le goût» la pénétration, la mémoire, Timagi-

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