‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 41 sur 122 · Platon, Répuhl,, IW. II, ch. ix · texte numérisé non relu

Platon, Répuhl,, IW. II, ch. ix

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natiOB, la facilité d'ëlocution ; en un mot, la pensée et la parole^ ces deux grandes prérogatives de Thumanité.

Foi^mer Vhomme^ tel que Dieu le demande, c'est en même temps fortifier son caractère^ affermir sa volonté, éclairer sa consdeoee , et inspirer à son cœur une sensibilité généreuse.

C'est placer et nourrir dans son âme tous les penchants vertueux qai le porteront à accomplir la loi des devoirs envers son Créateur, envers lui-môme, envers la société et tous ses semblables.

Tout cela est beaucoup sans doute : ce n^est pas tout encore : si on se bornait là, Toeuvre serait imparfaite, ou plutôt elle ne tarderait pas à être entièrement ruinée.

Nous l'avons vu : l'homme a de déplorables, de nombreux défauts : heureux quand il n'a que les défauts de ses qualités 1 c'est une belle fortune.

Dans une bonne Education, les qualités se fortilient par les défauts eux-mêmes, qu'elles absorbent, dont elles triomphent peu à peu ; et c'est ainsi qu'à la longue, et grâce à la lutte, elles deviennent des vertus. Dans une mauvaise Education, au contraire, les défauts l'emportant, écrasent les qualités et deviennent des vices.

Qnel est donc le grand et souvent le plus pénible travail de l'instiluleur? Le voici :

S'il veut, comme il doit le vouloir, établir cet enfant dans la possession légitime et entière des facultés de sa nature, s'il veut par là en faire un homme^ et un homme véritablement digne de ce nom, il ne i^e bornera pas à .aire croître au fond du cœur de Tenfant toutes les inclinations au devoir et à développer ses qualités ; il s'appliquera diligemment à étudier ses défauts, à déraciner ses penchants dangereux, à réformer ses mauvaises habitudes, à corriger ses vices, s'il y en a malheureusement déjà en cette jeune créature; il s'appliquera à parvenir, s'il se peut, Féveil des passions

QUI EST DO A LA DIGinTB DE SA RATURE. 95

oa da moins de les diriger avec force et sagesse an temps convenable. C'est à ce prix seulement que l'œuvre peut s'accomplir^ et voilà ponrq[uol j'ai dit que TEdocation est essentiellement une œuvre de respect. Je ne sache rien qui demande nn dèvoûment plus respectueux que ce pénible travail. Sans la pensée de Dieo, sans un respect religieux pour la dignité de la natare bomalne, jamais on ne travaillera sincèrement et coarageusement à ia corriger, à la réformer, à l'élever,

Je résume tout ceci : l'Education doit former l'homme, faire de l'enfant un homme, c'est-à-dire loi donner on corps sain et fort, un esprit pénétrant et exercé, une raison droite et ferme, une imagination féconde, un cœur sensible et pur, et tout cela dans le plus haut degré dont l'enfant qui lai est confié est susceptible.

Telle est son œuvre; tels sont ses bienfaits; telle est la haute et vaste pensée qui doit présider à tous les degrés par lesquels passe l'Education humaine : Education maternelle. Education primaire, Education secondaire. L'Education ne quitte l'homme qu^en Yinstituant dans la vie, et qu'en l'y instituant homme fait. C'est alors que, conformément à la belle expression latine dont se sont servis Quintilien et Bossuei, il est permis de nommer TEducalion, à ce haut point de vue, Y Institution de rhomme.

C'est alors qu'est accomplie l'œuvre du religieux respect qui est dû à la noble créature de Dieu.

Mais, me dira-t-on, est-ce qu*il faudra toujours s'élever si haut? est-ce qu'il n'est pas permis de mmns faire? où sont alors les instituteurs dignes de ce nom ?

Je ne suis point ehargé de résoudre cette dernière question; mais je réponds sans hésiter : Non, il n'est pas permis de Bdoins faire.

L'Education, sous peine d'être incomplète, de laisser

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rhomme inachevé, et par conséquent de manquer profondément à la dignité de cette belle nature, doit faire de Tenfaut un homme dans toute son intégrité.

Elle doit le mettre pleinement en possession de lui-même; elle doit, par conséquent, développer, polir, élever, toutes ses nobles facultés, aussi complètement qu'il est possible de le faire : elle ne peut en négliger aucune.

Autrement c'est un travail imparfait, c'est une mauvaise Education : c'est une œuvre misérable; et, quand on songe que celte œuvre est VVhomme même, dont Dieu a dit : Faisons-le à notre image et à notre ressemblance, on est tenté de demander à ces instituteurs indignes de quel droit ils sont venus porter une main téméraire sur l'œuvre et sur l'image de Dieu pour la défigurer; sur de si belles et si pures espérances, pour les flétrir ; sur de si hautes facultés, pour les ruiner! On s'étonne avec raison de ces négligences coupables, de ces superbes dédains dont souffre si souvent VEducalion. On s'irrite enfin profondément de ces mépris sacrilèges, et, je dirai tout, de ces soins mercenaires, hypocrites, dont l'enfance est si souvent l'objet et la victime.

Ce mal, j'aime à le penser, vient le plus ordinairement du défaut d'intelligence et de réflexion; on ne sait pas, et, avouons-le, on ne tient point assez à savoir quelle est cett& grande œuvre de l'Education. On n'en conteste pas, il est vrai, la nécessité radicale pour tous, ni l'immense influence sur l'individu, sur. la famille, sur la société tout entière; on ne se refuse même pas h reconnaître que son but est de former, d'élever l'homme et de le perfectionner; mais ce qu'on paraît ignorer, ou ne savoir qu'à moitié, c'est que pour atteindre ce but, le caractère propre, essentiel de l'Education, c'est de cultiver religieusement, de développer et de fortifier toutes les facultés de l'homme, sansaucune indigne exception.

On ne comprend pas que TËducation humaine doit être comme Thomme lui-môme qu'elle cherche à former : simple, une, constante, entière. L'homme, en effet, n'a rien reçu de Dieu que l'Education puisse négliger : c'est un être digne d'être élevé sous tous les rapports. L'intégrité de son Education est la loi providentielle de sa vie et de son avenir. On ne peut l'en frustrer sciemment ou par négligence, sansle trahir delà manière la plus coupable; et cependant presque jamais on ne s'enquiert ni des instruments, ni des moyens dont l'Education peut et doit se servir pour exercer celte grande action et accomplir son œuvre tout entière avec respect. De là tant d'Educations déplorables, qui sont tout à la fois le malheur des élèves et la honte des instituteurs.

Mais ici se présentent à examiner et à résoudre des questions si importantes, que je crois devoir leur consacrer un e!Lamen spécial et détaillé, et un livre entier.

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