‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 43 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lia religioB.

La Religion ! ce Lien sacré qui rapporte, qui rattache la créature à son Créateur, l'homme à Dieu, la terre au ciel, le temps à l'éternité, et qui, par conséquent, élève dans l'enfant la vie présente jusqu'à la vie éternelle I

La Religion ! cette sainte et diMgxx^XB Institutrice^ qui révèle au plus jeune âge les enseignements les plus élevés et les plus purs : le bienfait de la création et la souveraineté du Créateur, dont la volonté féconde et toute-puissante nous a lires du néant ; le bienfait de la rédemption : le dévoûment et la charité du Sauveur, qui, sans rien perdre de sa gloire et de son bonheur inaltérable, s'est fait homme semblable à nous, est venu ici-bas chercher sa créature égarée et nous

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a rachetés par son sacrifice et par sa mort sur la croix, nous donnant par cet admirable abaissement et par ses souffrances une merveilleuse démonstration de s^on amour !

La Religion ! cette Autorité sublime, qui ordonne à tout être capable de connaissance et d'amour de connaîlre et u d*aimer ce Dieu infiniment grand, infiniment aimable, infi- d^^ niment parfait ; de Taimer comme il doit l'être, c'est-à-dire souverainement^ plus que soi-même, par dessus toutes choses; et, selon les paroles si simples et si énergiques des saintes Écritures, de tout son cœur^ de toute son âme, de tout son esprit, de toutes ses pensées, de toutes ses forces;

Qui ordonne de l'adorer, de le prier avec celte foi vive, avec cette humble conscience, avec cet anéantissement de soi-même qui attire les regards de ce Dieu très-bon, touchent son cœur et font descendre sa miséricorde sur ceux

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qui l'invoquent. .

La RBLUiiON 1 cette Inspiratrice mystérieuse, qui donne la Grâce pour faire le bien, et fortifie même les plus tendres courages pour accomplir les devoirs les plus pénibles ; qui fait germer, éclore et fleurir dans tous les cœurs fidèles à ses lois, les plus aimables, les plus touchantes, quelquefois les plus héroïques vertus : la douce et ferme piété, la foi, la vive espérance; la résignation, la patience ; la noble pudeur, l'innocence, la chasteté courageuse ; la sobriété, la tempérance ; l'amiiié, la compassion, l'équité; en même temps qu'elle éloigne du mal, et qu'elle donne l'horreur de l'ingratilude, de l'injustice, de la dissimulation, du mensonge et de toute bassesse.

La Religion! celte Puissance secourable qui soutient l'enfance et console la vieillesse dans les voies quelquefois si rudes et si âpres de la vie, qui prévient nos chutes, ou les relève ; qui nous inspire les pieux regrets, les saints remords, et cette seconde innocence que donne le repentir, qui nous enseigne la crainte de Dieu : celle crainte filiale

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que Bossuet nomme le plus ferme appni de la Terta et le fondement même de la vie humaine, et que j'appellerais volontiers la plus belle des craintes, puisqu'elle exclut toutes les autres !

La Religion, enfin, cette unique et immortelle Conciliatrice des sociétés humaines, qui rapproche tous les enfants de Dieu, qui n'en fait qu'une seule famille de frères et leur apprend à ne se refuser jamais les uns aux autres ni la vérité, ni la charité, ni la justice; qui réunit toutes leurs pensées, toutes leurs affections en une seule et même affection, en une seule et même pensée, la pensée et l'amour du Père commun ; qui les rassemble dans les fêtes religieuses pour ' n'être tous de concert qu'un seul cœur, une seule âme, une seule voix, et chanter unanimement les louanges du Créateur, apprendre à l'aimer ensemble et à s'aimer les uns les autres pour l'amour de lui !

La Religion! « qui se sert, comme le dit éloquemment « Fénelon, de l'encens leplus exquis, des cérémonies les plus 8 majestueuses, des temples les plus augustes, des assem- « hlées les plus solennelles, des hymnes les plus sublimes, « de la mélodie la plus touchante, des ornements les plus « précieux, de Texlérieur le plus grave et le plus modeste « des ministres des autels, » pour nourrir dans le fond des

iâmes toutes les vertus que là piété et l'amour de Dieu inspirent, pour lui présenter l'auguste sacrifice de l'autel, et •rendre ainsi plus sensibles l'adoration, la reconnaissance I et la soumission sans bornes qui sont dues à son souverain J domaine sur la créature !

t Telle est la Religion !

, Eh bien ! maintenant, je dois ajouter que la Religion, ce lien si sacré, cette puissance si auguste, cette autorité si sublime, cette grâce céleste, ce secours divin, C'EST UN moyen d'Education !

Et qu'on ne pense pas que, par là, je fasse descendre la

Religion de ses hauteurs et l'abaisse I non : l'Education humaine est une si grande chose, que rien n'est trop grand pour elle.

Sans doute, partout et toujours, la religion est le rapport essentiel de Thomme avec Dieu; la fin unique de la création divine et de la vie humaine; dans l'Ëducalion, comme ailleurs, la Religion est le but suprême, le commencement et la fin, Valpha et Voméga de tout ce qui se fait.

Mais elle y est aussi, elle y est en môme temps un moyen ! moyen essentiel, moyen infaillible, moyen tout-puissant, qui influe en toute chose, mais qui a aussi son influence spéciale, comme Vinstruction, comme la discipline, comme les soins physiques.

Je l'avoue : je ne sais rien qui fasse mieux comprendre la grandeur et la noblesse de cette œuvre extraordinaire qui se nomme l'Education humaine. Elle est manifestement la plus noble, la plus grande œuvre qui soit au monde; car elle embrasse tout le monde, l'homme tout entier, tel que Dieu l'a conçu, tel que Dieu l'a créé ; et elle continue cette œuvre divine dans ce qui s'y rencontre de plus haut, qui est la création, la paternité des âmes l

Et c'est pour cela même que la religion, qui doit présider à tout dans cette œuvre admirable, y est cependant considérée comme un moyen spécial et particulier.

C'est elle, en effet, qui est appelée spécialement à former le cœar et la conscience de l'homme : comment le fait-elle? Voilà ce qu'il importe de bien entendre. J'essayerai de l'expliquer succinctement.

VEducation forme l'intelligence de l'homme par l'instruction; elle dirige, contient ou redresse sa volonté par la discipline ; et ce serait là toute l'Education, au moins toute l'Education de l'âme, si Thomme n'avait encore un plus magnifique privilège, une bien plus sublime destination, qui 'élevant au-dessus des choses sensibles et de l'ordre passa-

ger du monde, le met en rapport avec les choses éternelles et divines ; lui découvre l'idée du bien et du vrai, Tidée de la droiture, de la rectitude suprême, de la perfection morale et religieuse, et la lui fait aimer.

C'est là un autre ordre de rapports, un état supérieur de son intelligence et de sa volonté, plutôt qu'une faculté : c'est ce qui, dans la conscience de l'homme, tient la première place ; c'est l'intelligence et la volonté du devoir : c'est là ce qui fait invinciblement connaître à l'homme le beau, le juste, rhonnête, et lui ordonne de l'aimer et de le pratiquer ici-bas.

Eh bien 1 pour cet ordre supérieur, c'est spécialement la Religion qui forme, élève, éclaire, fortifie l'âme, et voici comment : la Religion^ qui est lumière comme l'instruction, révèle à l'homme par la foi cette destination suprême, surnaturelle, qui est le but, le but ultérieur, final de sa vie.

La Religion^ qui est aussi loi, règle, autorité, comme la discipline, ordonne à l'homme tout ce qu'il faut faire et pratiquer pour s'élever jusqu'à cette fin sublime et éternelle; et c'est par là qu'elle forme sa conscience, en lui révélant avec certitude la connaissance du bien et du mal, et lui inspirant Tamour de l'un et la haine de l'autre.

Par là même, elle forme aussi le cœur de l'homme et nourrit en lui cette sensibilité noble et pure, qui est la source des affections vertueuses. — Elle forme en même temps son caractère, en l'exerçant à la pratique ferme et patiente de tous les devoirs.

Enfin la Religion, qui est de plus charité, grâce, assistance divine, donne tous les secours pour arriver à ce but dernier et magnifique de la vie humaine !

Voilà pourquoi elle est le moyen le plus puissant de TEducation de l'homme.

Donc, pour ennoblir tout ceci : ennoblir les sentiments de l'homme, éclairer son intelligence, en ajoutant les lumières

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de la foi à celle de la raison ; diriger, purifier sa. volonté, former sa conscience, affermir aussi son caractère et son cœur, et élever en lui la vie présente jusqu'à la vie éternelle : tel est le devoir de l'Education morale et religieuse.

Telle est la tâche particulière^ l'influence spéciale de la Religion dans TËducation.

Mais en même temps, on le voit, dans cette œuvre divine la Religion ne demeure et ne doit demeurer étrangère à rien. Si elle n'y était qu'une pratique spéciale sans fin ultérieure, un moyen particulier sans influence générale, elle n'y accomplirait pas sa mission tout entière ; elle n'y déploierait pas loute l'efficacité dont elle est douée. Quand la Religion est dans l'Education tout ce qu'elle doit être, elle ne se borne pas à corriger les fautes, elle atteint les défauts: en purifiant la conscience, elle réforme la nature ; en donnant la foi, elle fortifie la raison ; en touchant le cœur, elle forme et ennoblit le caractère.

La Religion, dans l'Education, est donc un moyen qui pénètre, qui soutient, qui éclaire, qui anime tous les autres moyens. Tout s'égare et s'affaiblt sans elle. Sans elle, tout est^faible, tout est vrai, tout est faux, tout est pervers, tout est méprisable.

C'est la Religion seule qui fait de l'Education tout entière une école de respect. Sans contredit, ce fut une observation attentive et profonde qui arracha, malgré les préjugés du temps, au protestantisme philosophique, cette belle parole: Le Catholicisme est la plus grande, la plus sainte école de respect qu'ait jamais vue le monde * ï

Mais, en même temps que la Religion fait de l'Education tout entière une école de respect, elle en fait une école de vérité et de vertu, une école de bonheur.

Et je ne sais pas s'il se rencontre dans la vie des jours plus

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