‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 44 sur 122 · M. GmzOT · texte numérisé non relu

M. GmzOT

sereins, des fêtes plus heureuses, des souvenirs plus doux et plus purs que ceux d'une enfance vertueuse, élevée dans une maison d'Education chrétienne, sous les auspices de la Religion, sous le charmant empire des vertus et des joies qu'elle inspire. Là tout est vrai, tout est noble, tout est simple, tout est riant, tout est paisible, tout est aimable, tout est l'ouvrage et l'inspiralion d'une sagesse céleste; tout marque une autorité qui est au-dessus de l'homme; tout fait sentir je ne sais quelle influence bienheureuse et sainte qui ennoblit, qui élève, qui embellit toutes choses.

Je me souvieus d'un jour de ma vie oi!i je fus très-vivement frappé de cette pensée : me permettra -t-on de le rappeler ici? C'était au matin d'une grande promenade qui devait conduire nos enfants à un pieux et lointain pèlerinage, à Notre-Dame des Anges, dans la forêt de Bondy. Cette fête leur avait été donnée pendant le mois de Marie, après de grands travaux littéraires, où ils avaient montré une application extraordinaire et obtenu tous des succès étonnants par leur âge '. Nous étions partis dès quatre heures du matin, et, avant le lever du jour, nous cheminions déjà à travers la campagne.

Tous étaient transportés de cette fête que le travail et la Religion leur avaient préparée de loin, et marchaient avec allégresse, en rangs pressés, trois à trois, chantant le cantique du départ. Les oiseaux chantaient aussi de tous côtés. Je bénissais Dieu en voyant cette nombreuse jeunesse, si

1. L*un d'eux avait récité avec intelligence et sans une seule faute le Télémaque tout entier.

Un autre avait présenté à l'examen, en dehors des devoirs de sa classe, six mille vers grecs, prêt à les expliquer à livre ouvert.

Un troisième avait écrit, en dehors aussi des devoirs de sa classe, un mol k mot et une analyse grammaticale, qui renfermaient près de soixante mille mots grecs et français.

£n un mot, chacun avait fait de son mieux, et je n'avais pas trouvé au Petit- Séminaire de Paris un seul enfant à qui j'eusse un reproche à faire.

H4 LIY. III. — DBS MOYENS D'ÉDUCATION.

innocente et si joyeuse, si fervente et si pure. Tout à coup le soleil apparut à l'horizon, et son disque resplendissant fit briller sur nous les feux du plus beau jour. Toute la troupe alors poussa un cri de joie. Le soleil! le soleil! et ils se mirent à chanter les beaux vers de notre grand lyrique;

Dans une éclalante voûte,

11 a placé de ses mains

Ce soleil qui, dans sa route,

Éclaire tous les humains.

Environné de lumière.

Cet astre ouvre sa carrière ^

Comme un époux glorieux

Qui, dès l'aube matinale.

De sa couche nuptiale, ^

Son brillant et radieux.

L'Univers, à sa présence.

Semble sortir du néant ; ^

II prend sa course, il s'avance )

Comme un superbe géant.

Oh I que tes œuvres sont belles.

Grand Dieu ! quels sont tes bienfaits I

Que ceux qui te sont fidèles |

Sous Ion joug trouvent d'attraits!

Ta crainte inspire la joie ;

Elle assure notre voie ;

Elle nous rend triomphants ;

Elle éclaire la jeunesse,

Et fait briller la sagesse

Dans les plus faibles enfants ^

Cette scène, si simple et si grande, ne s'effacera jamais de mon souvenir : je me sentis jeté dans une douce et profonde méditation. Ce beau ciel, cette campagne verdoyante, ces

^' ^ousJïEAu, liv. I, ode 2*.

flols de lumière, cet astre rayonnant, ce religieux cantique» Dieu si présent, ces enfants si joyeux sous ses regards: tout celam'apparut comme la vi've et magnifique image de ce que la religion était pour ces chers enfants ; et tandis qu'aux rayons de ce beau soleil ils marchaient et chantaient toujours, je me pris à dire à deux de leurs maîtres qui étaient auprès de moi :

« Messieurs, croyez-vous qu'il y ait en ce moment, sur la « terre, des enfants plus heureux? Croyez-vous qu'il y en a ait beaucoup de meilleurs et qui soient plus bénis du ciel? « Ne vous semble-t-il pas que la Religion, dans leur Éduca- « tion, soit comme ce beau soleil dans la nature? »

Oui, elle illumine, elle vivifie, elle élève, elle anime et adoucit tout; tout se conserve et s'embellit par elle; tout s'obscurcit, se déprave et périt loin d'elle.

C'est la fraîcheur et le pur éclat du matin dans Tâme des plus jeunes enfants !

C'est la force et la splendeur du midi dans les heures plus avancées de la vive jeunesse !

Son absence fait les ténèbres de lanuit,rengourdissement du sommeil ou de la mort.

Je le sens : je me suis laissé trop entraîner au charme de mes souvenirs; qu'on me le pardonne. Quoi qu'il en soit de mes récits, dans le vrai des choses, ce que je dis ici de la profonde et immense iufluence de la Religion dans l'Education, n'est-il pas évident aux yeux de la raison comme de la foi? Tout cela n'est-il pas manifeste et sensible?

La Religion, n'est-elle pas en harmonie profonde avec toutes les nobles puissances, avec toutes les grandes facultés de la nature humaine ?

Lumière d'intelligence pour l'esprit, flamme de vie pour' le cœur, puissance encourageante et redoutable pour la conscience, loi immuable pour les mœurs, autorité douce et ferme pour le caractère, grâce et secours pour la vertu : qui

If6 UV. HL — »£S MOTEKS D^ÉOCCATION.

ne comiirenà tout ce qu'^ellepeot sur le développement des tjCTlfeimeàWaoelles, sur U Discipline et raffermissemeut lAes ficxiliès]Dora}e&, sor les soins physiques et la conservatidii ùt 11 sanlf- et des mceius, et par conséquent sur TËdu-

Axsà, iDTsqiie Roassean vint, au dix-huitième siècle, offrir à UM Uii}or dej>:sùs ]o:<glempsdéjà égarée loin des voies de la sa^essôi, zz. rl^n d'Education d^où il bannissait le nom de Dkm et «e rooi de Time^ comme noms et choses inutiles à stiw" p^::Lr le p^^mier âge, et la Religion comme un vain seeswrs d:-:it es peut se passer pour former des hommes ; «pijLMi il «xsa bien chercher dans Tamour de soi> dans Téi^.îisMe de ri:;lèrél personnel, cultivé selon certaines règles, dks iK^yens a Education ; quand, avec la prétention de faire des actes S4i:iesel fv>rte&» il osa dédaigner les ressources de ia^Hetde la pletè; quand il descendit jusqu'à demander aiaxpa^stccrs naissantes de la jeunesse les secrets et les inslùroktiott^ de la vertu, il tit le rêve odieux d'un sophiste sans Itttel.i^^uwet sans cœur, c>st-À -dire un rêve plus absurde (vuIm^Uv euc^re qu'il nVtait impie !

VîttvH' repousser la Religion loin du jeune âge ! mais c'est \w délire!

Cv^iftiWLe si k mctae de la Religion n'était pas profonde il^ai»^ le$ mtrtùlVs de ruumamtè! Comme si ses rapports la èuiettt pa;> les pr\?aùers dans Tordre des choses et les plus nécessaires, et par consé^iueBit ceux que notre esprit comprendplos tùt el plus aisément que tous les autres ! Gomme si ses inspirations n'étaient pas les plus naturelles au cœur de rbommeet de l'enfant! Comme si le nom du bon Dieu n'était pas, sur les lèvres de cet enfant, le premier témoi- , gnage d'une âme naturellement religieuse et chrétienne I Comme si TËvangile du Sauveur, qui le premier sur la terre a béni les enfants, ne devait pas être la première loi de leur cœur et le premier livre de leur intelligence à son réveil !

Comme si le but de TEducalion, qui est de faire de l'enfant un homme, n'était pas aussi, providentiellement, d'en faire un chrétien, puisque le Christianisme- est manifestement la perfection intellectuelle et morale do rhumanilé! Comme si une première communion bien fgtite n'était pas incomparablement plus puissante que tous les discours et toutes les phrases philosophiques pour la bénédiction de cette douzième année^ qui est la grande et solennelle année des bénédictions de l'enfance chrétienne : facius annorum duodecimy dit l'Evangile ! Comme si cette sainte action n'était pas l'action la plus douce et la plus forte pour le perfectionnement intellectuel et moral de l'enfant ! comme si elle n'avait pas l'influence la plus heureuse et la plus profonde ; une influence ineffable sur tout son avenir, sur son esprit, sur son cœur, sur sa conscience, sur son caractère, sur les destinées de sa vie tout entière! Comme si, enfin, l'Education humaine ne devait pas être essentiellement religieuse et chrétienne, sous peine pour le genre humain de manquer son but suprême, de marcher à l'aventure hors des voies providentielles de Dieu sur lui, de rétrograder de dix-huii siècles 1

Et voilà l'odieux système qu'on a bien eu le courage de préconiser parmi nous comme une œuvre de génie!

Certes, je ne veux pas être injuste envers cet homme; si je sais le mal qu'il a fait dans son paysetàson siècle, je sais aussi le mal que son pays et son siècle lui ont fait ; et c'est ce qui m'inspire pitié pour lui. Je ne puis taire, toutefois, ce que je pense de l'effroyable roman d'Education qu'il a bien osé présenter à la France. J'ai lu récemment et j'ai dû lire cet Emile si vanté.

J'ai compris , en lisant , que ce malheureux homme

n'aima jamais rien sur la terre, excepté lui, et surtout qu'il

n'aima jamais les enfants, ni les siens ni ceux des autres I

On sent qu'il n'avait de cœur et d'entrailles que ce que l'im-

pitoyable orgueil en laisse à un sophiste, pour le décider, malgré les vœux et le cri de la nature, à abandonner son père , et à jeter, sans pitié, ses enfants aux Enfants- Trouvés !

Du reste, je ne crois pas avoir jamais rencontré sur ma route un livre plus misérable, une raison plus faible et plus vaine dans l'ostentation de sa force, un éclat plus trompeur, des lumières plus fausses, des raisonnements plus vides de sens, avec des images plus véhémentes, un style plus enflammé et des principes d'égarement plus redoutables pour les imaginations fascinables, pour les jeunes gens et pour les femmes, et au fond une impiété plus grossière, quelquefois même une niaiserie plus étrange et une corruption plus hypocrite.

Dans ce livre, Rousseau est au-dessous de lui-même et audessous de tout. Je ne dirai pas au-dessous de Bossuet et Fénelon ; rien ne pourrait me décider à faire à ces grands et saints personnages une si grf^tuite et si cruelle injure. Que peut-il y avoir de commun entre lui et ces hommes. On Ta dit, il est vrai ; en fait d'Education, Rousseau n'a été que la ridicule et odieuse caricature de Fénelon ; et, quant au nom de Bossuet, il n'ose guère le prononcer.

Comme sagesse et vérité morale, Rousseau, dans ce livre, est au-dessous des païens eux-mêmes. Le paganisme aurait flétri ses indignes théories et banni leur auteur.

Ce livre rétrograde non-seulement au delà de dix-huit siècles, il rétrograde au delà de l'humanité ; car, chez toutes les nations et dans tous les siècles, l'Education, c'est la vertu; et la vertu, c'est la Religion !

Si j'insiste sur ces choses, c'est qu'elles importent; et sur cet homme, c'est que l'influence de son génie malfaisant a été grande parmi nous et l'est encore. Quoique l'Education de la jeunesse se fasse trop souvent avec Voltaire, il y a une pudeur qui ne permet pas de citer le nom et l'autorité de

Voltaire, en fait d'Education : ce' serait pousser trop loin la dérision et Timpudence ; mais on ose bien citer encore quelquefois le nom et Tautoritô de Rousseau.

Eh bien! pour en finir, je le dirai sans crainte : à mes yeux, en fait d'Education, son nom est un nom infâme, et son autorité une effroyable déception. L'homme qui repoussa loin de lui ses propres enfants, qui ne leur dit jamais le nom ni de leur mère ni de leur père, et qui décida philosophiquement tant d'autres pères et tant d'autres mères, dans unesociété chrétienne, à ne pas faire baptiser leurs fils ni leurs filles, et môme à ne pas prononcer le nom de Dieu et le nom de leur âme avant leur vingtième année, celui-là est un ennemi de Dieu et des hommes.

J'aimerais presque mieux Voltaire : son immoralité fut aussi méprisable, mais moins haïssable peut-être, — Je ne décide pas.

Heureusement, et grâces immortelles en soient rendues à la divine Providence, en défpit de ces lâches et odieux corrupteurs de la jeunesse, en dépit de la dépravation publique, qui, parmi nous, est leur ouvrage, l'Education morale et religieuse gardera toujours seule le grand nom d'Education. Toujours il sera vrai que l'Education de la jeunesse, c'est surtout la religioii et la vertu I

Le paganisme lui-même a parlé cette langue ; et je ne tarderai pas à en citer les graves et beaux témoignages, à la honte éternelle de ceux que Timpiétéafait descendre parmi nous bien au-dessous des païens euxmém^s.

Mais où en sommes-nous aujourd'hui dans la pratique à cet égard! Il est temps de nous le demander. Quelle place la Religion occupe-t-elle réellement dans l'Education de la jeunesse française ? Hélas 1 j'entends de toutes parts éclater des regrets, des plaintes amères !

Je ne viens point ici, qu'on veuille bien le croire, entreprendre une controverse pénible : le temps des discussions

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et des reproches estheureusementpassé. Je viens seulement, et dans l'intérêt de tous, constater des faits. Mes autorités seront, du reste, irrécusables.

Il y a, parmi nous, trois' manières de concevoir et défaire l'Education de la jeunesse :

Il y a la spéculation, V administration et Vapostolat.

La spéculation^ qui veut et cherche la fortune ;

L'administration, qui veut et fait Tordre disciplinaire et matériel ;

Vapostalat, qui cherche et veut les âmes, selon le grand mol des saints livres : Da mihi animas, cœtera toile tihi.

L'apostolat seul, laïque ou ecclésiastique, donne à la religion, dans l'Education, la place qu'elle doit avoir.

L'apostolat seul fait que la Religion inspire l'Éducation tout entière.

Quant h IdL spéculation, voici ce que disait un rapport officiel fait au roi en 4838, parle ministre de l'instruction publique : Chez les uns, les études ne sont plus qu'une profession : le désir de s'enrichir voue l'enseignement à une froide routine.

Quant à V administration : En France, disait expressément M. Saint-Marc Girardin, la science de VËducatien est un objet d'administration,.. Nous n'élevons pas.

Quant à Vapostolat, où est-il? et qui n'a gémi de ce que VInstruction et la Discipline sont si souvent séparées de la Religion; de ce que la plupart des jeunes gens arrivent au terme de leur Education sans aucune foi religieuse positive ? Le pur et simple déisme; leur manque, aussi bien que le catholicisme le plus fervent.

« L'Education religieuse, s'écriait à la tribune française « M. de Gasparin, elle n'existe réellement pas dans les col- « léges. Le jeune homme qui arrive à Paris ponr se livrer à « des éludes|sérieuses;eslforcément repoussé vers le scepti- « cisme. »

it Vers je ne sais quelle déplorable indifférence de Tave- « nir moral deshommes et de leur destinée, » disait encore k la tribune nationale un des membres du Conseil royal de rnstruction publique.

D'où viennent ces pénibles aveux et ces gémissements étranges? Jevois cependantun aumônierdans chaque grande maison d'Education ; il s'y rencontre même souvent des professeurs qui sont des hommes très-honorables, personnellement religieux et quelquefois fort bons chrétiens.

11 est vrai ; mais à quoi tout cela importe-il, si la Religion ^ est d'ailleurs comme officiellement bannie de l'Education ;

si une main fatale et invisible la repousse impitoyablement loin, bien loin des regards de la jeunesse ; si, comme le proclamait encore M. de Gaspardin, « la religion est reléguée à « son heure, le plus souvent comme la dernière des leçons; « si l'Evangile est renvoyé à une place tellement infime, « qu'il ne peut presque plus contrebalancer l'influence de « ces détestables doctrines si bien adaptées à nos penchants « naturels? »

M. de Gaspardin ajoutait ces graves et effrayantes paroles, que je n'ai jamais pu lire sans une singulière émotion : « Je tt me souviens, avec terreur, de ce que j'étais au sortir de « cette Education nationale : je me souviens de ce qu'étaient « tous ceux de mes camarades avec lesquels j'avais des re- 1 « lations : nous n'avions pas même les plus faibles com-

i « MEMGEMENTS DE LA FOI ET DE LA VIE EVANGELIQUE ! »

Je cite, on le voit, des autorités qui ne sont pas suspectes : à ce titre, je citerai encore M. Chambolle, qui disait dans la séance du 45 juin 1843 :

« Il est des vérités morales qu'il est nécessaire de répan- « dre dans les collèges. Qui est-ce qui en est chargé? Je vois ft bien le texte de la loi, mais un texte stérile. Vous connaisa sez tous les élèves de nos collèges ; vous les avez inlerroa gés, jeles ai interrogés aussi. Eh bien! quand on leur

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c( adresse, certaines questions^ ils savent a peine ce qu'on

a VEUT LEUR DIRE I

« Quand je me demande qui est chargé de cet enseignea ment moral ei religieux dans ces collèges, je m'inquiète « encore, car je ne sais pas qui en est chargé, excepté Vau- « monter gui y fait de temps en temps une apparition ; » et M. Chambolle aurait pu ajouter : A qui on ne permet guère de faire autre cliose.

« Ne nous y trompons pas, disait encore M. de Kéralry, ce « n'est point la présence dans les écoles, à jour fixe, d'un « ecclésiastique, quelque respectable qu'on le suppose, qui « inculquera aux enfants un esprit religieux de quelque duce rée. Cet esprit ne s'acquiert que par la continuité d'un ena seignementoù la loi divine se trouve comme infusée. Les « études, fussent-elles purement littéraires, doivent s'en res- « sentir. Que serait-ce si le dogme devenait jamais un objet « de doute? Il faut à la jeunesse des vérités incontestées en « matière de religion; pour elle, toute foi controversée est « bientôt une foi morte, j»

Voilà, certes, le mal éloquemment et justement déploré! Qui ne Ta senti, en effet? Evidemment, il ne suffit pas que la religion soit affichée à la porte ou sur le frontispice d'un collège! il ne suffit même pas que la Religion ait une part quelconque dans l'Education, et y fasse de temps en temps une apparition.,. Tout cela n'est rien, si elle ne pénètre pas, si elle n'inspire pas, si elle ne soutient pas tout de sa divine infiuence, si elle n'est pas Tâme de l'Education tout entière I

Il est manifeste que, pour être puissante et efficace, il faut que la Religion ait une action forte et suivie ; il faut qu'elle anime tout de son esprit ; il faut qu'elle prête son langage et le secret de ses remèdes kVInstruction et à la Discipline? ï\ faut qu'elle accompagne, inspire partout ces deux maîtresses presque exclusives de la vie des enfants : autrement, le»

>J1W Ij^ », ^ — ^ I . I .- ..■ .J J __- . ^

CH. If. — LA RELIGION. 423

rares solennités où il lui est permis de faire entendre sa voix ne suffisent en rien au succès de son action.

De bonne foi, que peuvent ces froides et pénibles entrevues? que peut faire la Religion, le plus souvent éloignée des regards, des éludes, des succès, des jeux, des repas, du sommeil, des conversations, des plaisirs et des peines, et de tous les intérêts de ceux qu'elle nomme en vain ses enfants! condamnée à l'indifférence apparente pour tout ce qui^ occupe leur vie et intéresse leur esprit ou leur cœur! apparaissant de temps en temps à la limite du territoire, comme une triste exilée, pour leur parler une langue inconnue?

Qui ne sait, qui n'a senti, en y entrant, que la chapelle d'un collège est comme le terrain neutre sur lequel se rencontrent parfois la Discipline, l'Instruction et la Religion, les professeurs, les proviseur et ccnceur, et l'aumônier, sous la protection des maîtres d'études?

Hélas I on peut le dire aussi : la Religion est là encore comme une mère éplorée, à qui un père, tristement ombrageux, ne permet plus de voir librement ses enfants. Elle les attire sur son sein, dans le secret du foyer domestique, et làleur prodigue, avec inquiétude, dans des heures rapides et comptées, ses leçons et ses conseils; leur livre à la hâte les trésors les plus chers de sa sagesse et de son cœur! Mais vainement, hélas ! ces pauvres enfants ne savent plus la ( reconnaître ! les moins jeunes ont môme appris des gens de

la maison, à rire de ses cheveux blancs! les meilleurs ne comprennent pas ses accents et ne la regardent plus que comme une p auvre et malheureuse étrangère I

Je le dis sans amertume, mais non sans tristesse, et avec vérité : parmi toutes les fonctions plus ou moins laborieuses du sacerdoce évangélique, je ne connais rien de plus pénible, de plus douloureux au cœur, que le ministère de nos pauvres aumôniers dans la plupart des collèges.

On en gémit, nous l'avons vu, on s'en étonne ; on a tort

Pourquoi s'étonner? Tout cela est simple, tout cela est la conséquence naturelle de ce qu'on a prétendu.

Qu'a-t-on prétendu? Tout le monde le sait : on ne s'en est pas caché; on a prétendu séculariser l'Education de la jeunesse.

La sécularisation de l'Education a été un des trois ou quatre grands mots d'ordre depuis cinquante ans.

Et on en est venu à bout.

Le SIÈCLE, VEtat laïque^ comme on l'a dit encore, s'est fait le distributeur de l'instruction et le maître de la discipline dans les collèges.

Puis on y a attaché, d'une manière accessoire et postiche, un représentant de la morale et de la religion qu'on a appelé l'aumônier, auquel on a affecté un certain traitement, un certain logement, un certain enseignement. Il a son jour, son heure de classe, comme le maître de danse, d'escrime et d'anglais.

Mais, de là, toutes les conséquences dont on gémit aujourd'hui.

C'est le siècle, au lieu de l'Evangile, qui fait Téducalion de la jeunesse. On se plaint : c'est injuste- Le siècle ne pouvait donner en ce genre que ce qu'il a : une discipline matérielle telle quelle, et une sèche instruction.

Le siècle s'adresse naturellement à la partie inférieure de rhomme. Il ne peut pas atteindre l'autre ; il n'y prétend pas, du reste ; il ne s'en vante même point. Et c'est un hommage à lui rendre, que son affiche n'est pas trompeuse.

En sécularisant l'Education, on l'a donc supprimée, et on l'a bien senti. Aussi le nom même d'Education est un nom effacé de la langue officielle. On ne s'en sert plus : c'est Vinst7'uction^ l'enseignement tout au plus, dont il est question. Nul ministre, pas môme M. deFalloux, n'a osé, jusqu'à ce jour, se nommer le ministre de V Education publique. Le mot n'était pas plus possible que la chose.

Vainement un honorable législateur a-t-il proposé d'instituer dans tous les collèges de PElat des professeurs de morale. L'Assemblée législative à laquelle fut faite celte proposition, se prit à rire. Qu'était-ce à dire? de quoi riait on ? de la morale ou des professeurs? Non, sans doute, mais de la proposition. La morale vraie et les vrais professeurs de morale ne sont pas si plaisants : La proposition seule était ridicule; on aurait pu môme la trouver pire encore. Mais, faite innocemment, on ne la trouva que plaisante; et le rire de TAssemblée suffit à rappeler que des hommes sérieux et de bonne foi n'admettent pas de morale sans dogmes, parce que se serait une justice sans tribunaux ;

Pas de dogmes sans religion, parce que ce serait une philosophie sans âme ;

Pas de religion sans sacerdoce» parce que ce serait un culte en l'air.

Malgré la profonde sagesse de cet éclat de rire, la questiou n'avança point.

Aujourd'hui encore on discute; on ne se rencontre pas.

Tous s'accordent bien à dire : Il faut une Education religieuse ei morale.

Et pour maîtres de morale, on a toujours les maîtres d'études !

Je n'ai fait qu'efûeurer cette grande question. Je ne tarderai pas à y revenir; et, du reste, je la traiterai constamment. Toutes les autres questions s'y rattachent et en dépendent.

*26 LIV. m. — BES MOTOS D'ÉDUCATION.

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