‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 48 sur 122 · XII, CI · texte numérisé non relu

XII, CI

Et ce n'est point seulement par son influence sur les mœurs que la Discipline est un gage des fortes études, c'est elle aussi qui commande et impose le silence. Or le silence est lui-même une leçon salutaire, de toutes la plus importante peut-être, celle au moins qui assure le succès de toutes les autres. En maintenant le silence en classe, la Discipline arrête l'élan d'une curiosité ou d'une ardeur indiscrète, ménage à la réponse le temps de parvenir à la maturité convenable, et

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fie tolère ainsi, dans le sanctuaire de la science, que des paroles dignes et graves ou empreintes d'une douce aménité.

C'est elle encore qui aiguillonne la paresse et ne souffre point qu'elle se dérobe au travail commun; c*est elle qui demande compte des devoirs imposés et proscrit toute élude étrangère, quand même cette étude seraitutile en elle-même, si elle est d'ailleurs hors de propos.

Instruire la jeunesse sans flétrir son innocence, apprendre auxjeunes gens à exprimer leurs sentiments et leurs pensées avec grâce, avec dignité et avec force, et les préserver en même temps des dangers de la mollesse ou de l'orgueil de l'esprit ; nourrir leur imagination de tout ce que la littérature ancienne et moderne peut offrir de plus intéressant et de plus beau, sans jamais ternir par la moindre tache la pureté du cœur: c'est un problème dont les temps où nous vivons rendent la solution difficile.

La discipline peut seule aider à les résoudre : elle ne laisse jamais entre les mains des élèves aucun auteur, aucun mo dèle, aucune page capable d'égarer leur cœur ou de fausser leur jugement, quand même il s'y trouverait d'ailleurs, pour l'imagination, les plus attrayantes beautés. Dans les modèles classiques eux-mêmes, là où la raison humaine, privée des lumières de la foi, se couvre d'ombres, elle relève les préjugés et dissipe les erreurs. Là où le cœur égaré dans ses affections se nourrit de passions misérables, elle jette avec soin un voile pudique sur les tableaux dangereux *.

La Discipline préside enfin si intimement à tous les travaux des études, que par elle on peut juger infailliblement des progrès ou de la décadence d'une classe. Une classe bien tenue est toujours une classe studieuse : aussi la Discipline tient lamain à la plus ferme observation des lois qui règlent

i. Major adhibenda tum cura esi, ut et teneriores annos ab injuria sanctitas docentis cu$todiat, et ferociores a licentia gravitas deterreat, <Qdintil., II, 2.)

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el maintiennenltouteréconomie classique, lui impriment un mouvement uniforme et produisent ce bel ordre qui fait l'ornement, la prospérité et la gloire d'une maison d'Éducation.

4<> La Discipline est la dispensatrice du temps.

Elle en sait tout le prix; elle en prévoit sagement, elle en règle, elle en protège constamment l'emploi ; elle réprime la légèreté qui le dissipe, le caprice qui en abuse, la paresse qui le consume, la frivolité qui le perd.

Laissez tomber la Discipline, rompez celte enceinte impénétrable aux abus et aux désordres : les heures se perdent, les études fléchissent, les esprits se troublent, les mœurs se corrompent, les cœurs se pervertissent, le torrent impétueux des passions se déborde avec l'oisiveté, les murs du collège ne peuvent le contenir, et bientôt il répand partout le ravage et la destruction

5<* La Discipline conserve le bon esprit^ la docilité^ raffeclion et le respect.

En conservant la piété, l'innocence des mœurs et l'amour du travail, la discipline conserve le bon esprit qui leur est nécessairement associé: une Discipline sage, uniforme, invariable, commande impérieusement le respect, entraîne les volontés et bannit tout esprit de critique et de censure. On s'y soumet avec plaisir, on l'apprécie, on l'aime; parce que toute nature qui n'a pas été dépravée a un goût sain et estime le véritable beau, qui est, dans les choses intellectuelles, la vérité, et, dans les choses morales, l'ordre ou lo vertu ^ Mais il faut que les instituteurs de la jeunesse l'entendent bien : rien de plus subversif de ce bel ordre et d'une bonne Discipline que la variation, l'inégalité, la divergence dans l'application des règles disciplinaires. La Discipline devient alors comme un corps élastique, que chacun étend ou resserre à sa

1. Omnium hon^slarum rerum semina animi gerunt, quœ admonitione excitantur : non aliter quam scintilla fïatu levi adjuta ignem suum explvcat. (Sejîec , Epist. 9-4.)

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guise : elle n'esl plus par conséquent l'expression de la vérité et de l'ordre, qui est un, simple et constant. Plus d'unité de principes, plus d'unité d'action. L'arbitraire, la sévérité exagérée ou hors de propos, la faiblesse ou la crainte de l'impopularité*, prennent la place d'un zèle assidu, d'une fermeté sage et paternelle.

Il suffit d'un seul maître ainsi disposé pourfaireun grand mal dans une maison d'Education : s'il s'en rencontrait plusieurs, bientôt tout y tomberait en ruines.

6c La Discipline est le nerf du règlement.

Les meilleures institutions, les meilleures lois, tombent en désuétude et bientôt dans un oubli complet, si elles ne sont maintenues par une constante et infatigable application. Comment le règlement d'une communauté d'enfants échapperait-il a ce triste sort, si une Discipline sage et attentive ne veillait avec le plus grand soin à sa conservation?

C'est elle qui doit en rappeler toujours et partout la lettre et Tespril ; en toutes les occasions convenables, elle expose son importance, son mérite, sa nécessité : elle décerne de justes éloges à ceux qui y sont fidèles; elle presse avec zèle ceux qui seraient portés à se relâcher; mais elle ne tolère jamais les intracleurs; elle reprend, elle prie, elle excite, elle menace doucement, elle exige fortement, elle réprime avec fermeté* : et avec la règle, l'ordre, le bien, la religion, les

1. La crainte de Timpopularité est toujours inconciliable avec le devoir : un triste mépris en est souvent le seul fruit réel. J'en ai toujours fait l'observation, et le sage Quintilien l'avait observé avant moi : ^on austeritas ejnf tristiSy non dmoluta sit comitasy ne inde odium^ hinc contemphis oriatur. (Qdintil , II, 2,)

2. mis avt hehetibus et obtusiSy aut mala con&uctudine obsessist diu rubigo animarum effricanda est. (Senec, Epist. 95.)

Inest intérim animis volnntas lona ; sed torpet, modo deliciis, modù officii inscientia. Obid.)

Sunt quidam nisi institeris^ remissi : quidam imperia indignantur : quosdam continet motnSt quosdam débilitai, (Quintil., I, 3.)

mœurs et les lettres prospèrent, et toutes les œuvres entreprises sont couronnées de succès.

Cette vie toujours active, toujours nouvelle que la Discipline, par son infatigable vigilance, procure au règlement, «st sans contredit le plus grand,' le plus précieux des avantages; car par là on prévient, autant qu'il est possible, les rigueurs de la justice, en prévenant les infractions ellesmêmes; rinflexible sévérité devient moins nécessaire à la correction, parce que la Discipline ne laisse guère possibles que des fautes de fragilité, pour lesquelles on peut admettre les ménagements d'une indulgence éclairée. Ceci aide encore à entendre comment c'est l'exactitude, la vigilance, ^ Tuniformilé constante, plus que la sévérité, qui constituent i une bonne Discipline.

7<> Ew/îw, la Discipline est^ quand il le faut, la vengeresse '

des infractions^

Je me bornerai à rappeler ici que c'est le soin de ne laisser jamais rien de coupable passer sans une répression convenable, qui fait de la Discipline le nerf du règlement et le vengeur respecté de ses infractions. Non-seulement cette exactitude à ne rien laisser dévier sans le redresser est le devoir de la Discipline répressive ^m^ïs elle en fait toute la vigueur et l'honneur. C'est par là, en effet, que la répression a toujours un noble caractère ; elle n'apparaît jamais comme un caprice de mauvaise bumeur, ni comme une boutade de sévérité, mais toujours comme la protection de Tordre et de la règle. C'est par là aussi que la répression est vraiment efficace; car c'est surtout l'exacte répression qui enlève au coupable, ou à ceux qui seratent tentés de devenir ses imitateurs, tout espoir d'impunité.

C'est l'exactitude et la constance de la répression qui fait de la Discipline une œuvre intelligente et non une œuvre matérielle et violente, une œuvre de conscience et non une œuvre de fantaisie et de hasard, une œuvre de

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