‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 52 sur 122 · CH. IV. — L'INSTRUCTION · texte numérisé non relu

CH. IV. — L'INSTRUCTION

Le développement même des facultés intellectu^es : combien de professeurs ne s'en occupent que s'il se présente à eux tout offert par la nature, à l'occasion de leur enseignement! autrement ils ne cherchent guère à Texciter. On sait ce que deviennent les faibles dans la plupart des classes. Si on s'applique à développer réellement l'esprit des forts^ c'est une exploitation de l'intelligence, dont le gain sera, pour les maîtres du premier ordre, la gloire du concours, et pour les maîtres du second ordre, l'achalandage de leur maison.

£n attendant, on ne fait la plupart du temps de V Instruction que comme instruction^ et non comme moyen de haute Education intellectuelle et morale.

On enseigne, et voilà tout. On ne fait que du grec et du latin I on ne fait pas, on n'élève pas, on ne forme pas les esprits <ît encore moins les cœurs I

Vainement dira-l-on que les connaissances données par rinstructon sont de deux sortes : qu'il y a des connaissances littéraires, scientifiques purement spéculatives, et qu'il y a aussi des connaissances morales et pratiques ; que^ sons ce rapport, on peut distinguer: V Instruction littéraire eiV Instruction morale; et que si l'instruction littéraire ne lait pas toujours l'Education de l'âme, on peut attendre mieux de l'inslructiou morale.

Tout cela est possible ; mais on se tromperait étrangement si on pensait que VInstruction morale fait seule ï Education morale^ que les connaissances moralas constituent les habitudes morales : ce sont encore là deux choses très-distinctes. A ce prix, Sénèque eût été le plus vertueux des hommes. Non,on peut être très-instruiten morale et très-peu vertueux. Cela est facile à comprendre. VInstruction ne s'adresse jamais directement qu'à Yesprit^ et les connaissances qu'elle donne, même en morale, ne sont après tout que des connaissances intellectuelles. Il faut donc, de plus, VEducation

morale.qm consiste à développer les facultés, les habitudes» les inclinations, les vertus morales.

VEducation morale a sans doute recours à VInstruction morale pour éclairer Thomme sur ses devoirs, mais il faut qu'elle y joigne des exemples, des exhortations, des pratiques, etc. L'Education morale, bornée à elle-même, peut 7"" enrichir l'esprit de belles maximes, mais VEducation morale ^^ seule peut les faire aimer, pratiquer et leur obtenir Tassen- ^j. timent du cœur; seule, elle peut ajouter à VInstruction ma- ^. raZe le goût, l'amour, l'exercice, l'inclination des vertus.

En un mot, VEducation morale s'adresse à l'esprit, au cœur et à la conscience, et embrasse tout l'homme.

VEducation morale, sans aucun doute, ne peut se passer de VInstruction morale; mais il est capital de le bien entendre : l'une n'estpas l'autre. Donner des connaissances, même morales, c'est intruire en morale, mais ce n'est qu'instruire, ce n'est pas élever moralement. Elever moralement^ c'est former le caractère, attendrir et fortifier le cœur; affermir la volonté ; dresser, rectifier la conscience ; purifier, ennoblir la sensibilité; élever l'âme tout entière !

Dans l'Education publique, quand fait-on ces choses ? sontils bien nombreux, les maîtres, les professeurs, qui y consacrent leurs exhortations, leurs conseils, leurs leçons et les exemples de leur vie?

Dans les classes, quand s'applique-t-on à faire admirer avec conviction les beautés religieuses de Bossuet? quand s'applique-t-on à faire remarquer même la beauté morale de Quintilien?

Quand reprend-on les écarts d'une jeunesse imprudente avec la fermeté et la tendre sollicitude d'un père, et non avec la farouche sévérité d'un pédagogue?

Quand cherche-t-on à éveiller la raison, la sensibilité, la conscience, dans les natures ingrates, par les moyensque la véritable Education saurait fournir?

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