‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 53 sur 122 · OUI · texte numérisé non relu

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Vos élèves, dites-vous, apprennent et récitent Fénelon, TÉvangile et les meilleurs ouvrages; soiti

Mais ne sentez-vous pas que, quand vous feriez éternellement réciter à ces pauvres enfants les enseignements de la morale, les versets même du Nouveau Testament, si vous n"* essayez rien, si vous ne dites rien pour faire pénétrer tout cela jusque dans leur cœur, votre Education morale sera éternellement stérile?

Et môme ne comprenez-vous pas que le perpétuel silence que vous gardez sur Dieu, sur l'âme, sur les plus sacrés devoirs, parle très-haut et trop signifîcativement contre toutes ce^ grandes et saintes choses?

Hélas ! il le faut avouer avec confusion et douleur, voilà où nous en sommes depuis cinquante années I

Cette Education, qui consiste dans la formation du caractère; cette Education, qui fait germer au cœur de l'enfant les inclinations vertueuses propres à assurer le repos et l'innocence de la vie ; cette Education, qui éclaire la conscience de lumières certaines, ayant pour elles Taulorité des siècles ; cette Education, qui fortifie l'enfant et le jeune homme contre le danger de sensations nouvelles et dangereuses, parla force des impressions premières de la vertu: cette partie même de l'Education, qui fait des connaissances un moyen d'étendre l'esprit, d'affermir le jugement et de fortifier la raison : en deux mots, VEducation morale, et môme le haut Développement iniellecluel^ sont laissés dans un déplorable oubli. VInstrucLion sèche, décharnée, matérielle, l'instruction sans cœur^ sans âme, sans conscience, et quelquefois même l'Instruction sans intelligence, voilà le grand bien qu'on poursuit et qu'on nous vante.

Un Ministre de l'Instruction publique, dans un rapport

qui fut présenté au roi et au pays, il y a peu d'années, et

qui a gardé toute l'autorité d'une apologie officielle, fait un

aveu bien remarquable, et qui suffirait seul pour convaincre

les plus incrédules et pour justifier aussi toutes les réclamations des pères de famille.

Le Ministre déclare:

« Qulà regard de TEducaiion, dans les meilleurs collèges, « les efforts même les plus éclairés et les plus soutenus n'ont « qu'une puissance bornée; que ce n'est pas le collège, mais « la famille, qui commence l'Education, que c'est la société « qui l'achève. »

Malgré ce qu'il a d'habile, certes, ce langage révèle' un mal profond; car, enfin, qu'est-ce à dire: la famille cornmence VEducatton^ la société V achève ? M^is cependant où se fait-elle, et qui est-ce qui la fait?

Elle se commence dans la famille els^achève dans làsociété; mais de huit ou neuf ans à dix-huit ou vingt, qui s'en occupe?

Hélas î vous l'avouez vous-même, pendant les années où l'enfant est au collège, où toutes ses facultés morales et religieuses doivent se développer, où la grande œuvre de l'Education doit se faire ; là, même dans les meilleurs collèges, les efforts les plus éclairés et les plus soutenus n'ont qu'une puissance bornée.

L'effroyable lacune de ces dix années est ici trop manifestement découverte : il était impossible pourtant de la mieux dissimuler sous l'enveloppe d'une phrase bien laite. On voit» en effet, VEducation qui commence^ puis V Education qui s'achève : on la croit faite, elle ne l'a pas été ; elle ne pouvait pdiSVèiYe^mème dans les meilleurs collèges ! Ain&ï disparaît dans un jeu de paroles, dans une habileté de langage, ce

qu'il y a de plus Important au monde, TEducation !

Ainsi, chose étrange 1 dans un siècle et dans un pays où l'on a voulu inaugurer pour le genre humain une ère nou-

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velle, où Ton a voulu rendre à Vhomme tous ses droits^ on n'a pas pensé à lui donner toute sa valeur ! on négligeait de développer toute sa puissance morale et intellectuelle^ et on l'accablait de connaissances positives! Depuis plus de cinquante ans, c'est-à-dire depuis l'origine même de la société actuelle^ voilà où nous en sommes^ en fait d'Education !

C'est ce qui touchait l'âme d'un des membres les plus honorables de rUniversité, lorsqu'il s'écriait avec un sentiment de si profonde amertume :

« Nous ne faisons pas plus des citoyens que des dévots dans c nos collèges! Que faisons-nous donc? Nous instruisons, « nous n'élevons pas ; nous cultivons et développons l'esprit, « mais non le cœur! » (M. Saint-Marc Girardin.)

Après de tels faits, certes, c'est avec raison que M. le Ministre auquel, dans notre gouvernement, est remise cette charge si grave de présider à la formation des jeunes intelligences, ne reçoit officiellement, comme nous l'avons déjà remarqué, que le titre de Ministre de r Instruction publique. Instruire^ c'est évidemment là tout ce qu'on se propose ; élever^ on ne s'en occupe pas, on n'y pense plus, et peutêtre, pouvons-nous dire, on n'ose plus Fentreprendre. Et pourquoi? Ah! sans doute, l'œuvre est difficile; mais elle vaut la peine qu'on s'y applique. Arduum sed necessarium. Si l'on ne fait qu'instruire^ si l'on n'élève pas, si l'Instruction est tout et l'Education rien, que deviendra ce malheureux pays?

Ah ! désormais, tous ensemble^ tous de concert, nous aidant les uns les autres, faisons alliance dans la paix commune, pour travailler courageusement tout à la fois à Vinstruction et à VEducation de la jeunesse^ pour ne plus jamais les séparer l'une de l'autre, pour répondre enfin aux espérances des familles, aux besoins des générations naissantes et aux vœux de la France alarmée l

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