CH. VI. — RÉSUMÉ ET CONCLUSION DU TKOISIÈME LIVRE
de rinnocence: le gage des fortes études; rinspiratrice du bon esprit; la conservatrice du respect, la maîtresse, la dispensatrice et la trésorière du temps; le nerf du règlement intérieur, et le ressort puissant de l'Éducation tout entière.
Sans Religion, au contraire, la Discipline n'est plus qu'une police de caserne, avilissante pour ceux qui la subissent, plus avilissante encore pour ceux qui la font subir.
Quelque sévère qu'elle puisse être, je la défie d'atteindre les âmes. Donc, malgré sa sévérité, plus de conscience, plus de mœurS; plus de frein aux passions secrètes, plus de respect.
Jamais il ne sera donné à celte Discipline toute matérielle, toute extérieure, d'élever l'homme, à moins qu'on ne veuille faire de la société une colonie militaire, pour laquelle l'Education serait chargée de former des conscrits 1
Qu'on le sache bien, il n'y a rien de commun entre le régime despotique de quelques collèges dont j'ai entendu tirer gloire, et cette noble Discipline des Ênnes, qui est la véritable Education de la jeunesse.
Dans TËducation^ il ne suffit pas qu'on obéisse, il faut qu'on aime à obéir. El qui fait aimer l'obéissance? La Religion, la Religion seule.
Oh! sans doute, la Discipline militaire, la Discipline à main armée, est beaucoup plus facile à exercer: il sera toujours plus aisé de commander aux corps qu'aux âmes. On a la force, les corps plient^ mais les âmes résistent; ou, si elles plient, c'est qu'elles ont été abruties par une obéissance servile.
Qu'il en est autrement dans l'Education chrétienne I II faut là un art profond ; c'est de cet art qu'on ^ dil: Ars artium^ regimen animarum.
C'est aux âmes que s'appliquent là tous les efforts du gouvernement: l'ordre moral est le but qu'on se propose d'atteindre. L'ordre matériel a son importance sans doute; mais
il S'établit naturellement, par simple voie de conséquence et comme un reflet extérieur de Tordre moral ; tandis que dans ces autres écoles, où s'étalent pompeusement les rigueurs d'une inflexible Discipline, il n'y a trop souvent au fond que désordre et anarchie. Tout ce que l'on y veut, c'est que cette anarchie et ce désordre n'éclatent pas au dehors. Qu'après cela, les enfants ignorent ce que c'est que la vertu et le bonheur, peu importe! Qu'il n'y ait pas d'Education pour le cœur, pour laconscience, peu importe encore!... Ah! je ne raconte ici que ce que chacun sait, et c'est sur Fautorîté de plus d'un exemple qu'a été dite cette parole trop véritable : La Discipline la plus formidable pe%i t cacher des vices affreux *. Malheur aux parents, qui, sur ce point, n'y reg^dent pas de près, ils en pleureront un jour! Malheur au pays où l'Education publique en est venue là : les bons citoyens y seront rares.
Les saintes Ecritures ont dit une belle et profonde parole lorsqu'elles ont défini la Discipline: La gardienne des loiSy Disciplina, custodia legum.
C'est bien ce qui doit être et ce que nous avons vu. Mais comment la Discipline peut-elle accomplir dignement cette grande et auguste mission? C'est en inspirant le respect et l'amour de ces lois mêmes qui sont confiées à sa garde. Si elle est toute matérielle, elle n'enseigne que le respect de la force, c'est-à-dire la crainte servile qui flétrit les âmes sans leur ôter le penchant à la révolte ; si elle est religieuse et morale, elle enseignera à respecter le principe de l'autorité et la loi qui en est l'expression ; elle soumettra les âmes à l'empire de ces saintes notions sur lesquelles repose l'ordre social, soit qu'il s'agisse de la grande société humaine, qui est la patrie; soit qu'il s'agisse de cette autre société plus étroite et plus humble, mais dépositaire des destinées de la première^
i. LeHres sur V Éducation, paf M. LArnsNTiB.