‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 66 sur 122 · LIV. IV. — CH. II. — DE L'BWFANT BT DU RESPECT · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CH. II. — DE L'BWFANT BT DU RESPECT

Plutarque écrivait autrefois^ à cette occasion, ces remar> quables paroles :

c Je connais des pères qui sont réellement les ennemis de t leurs enfants. Ambitieux de leur voir faire les progrès les « plus rapides^ et obtenir en tout une supériorité extraordi- « naire, il les surchargent d'un travail forcé dont le poids c les accable. Il en résulte un découragement qui leur rend « les sciences odieuses. Les plantes modérément arrosées c croissent facilement, mais une eau trop abondante en t étouffe le germe. Ainsi T&me se nourrit et se fortifie par « un travail bien ménagé; Fexcès Taccable et éteint ses c facultés. >

Le père de Biaise Pascal avait de tout autres pensées et suivait une méthode bien différente dans l'Education de sa fiaumille. Jacqueline Pascal, sa fiUe, rapporte que ce sage père« en élevant Biaise et rappliquant à Tétude, avait pour principe de tenir toujours Venfant au-dessus de son ouvrage.

Qu^on étudie dans les Mémoires du temps ce que fut l'Edocation de Fénelon, deBossuet, du grand Gondé et de M. Olier, on y verra un admirable tempérament de vigueur au travail et de ménagement pour la faiblesse du jeune &ge ! un habile mélange de prudence et d^ardeur, de grave condescendance et de sage austérité !

C'est ainsi que furent élevés tous ces hommes si forts, qui ont régénéré la France pendant la première moitié du dixseptième siècle et préparé toutes les splendeurs du règne de Louis XIV.

Sans doute TEducation est essentiellement progressive, nous Tavons dit ; mais nous avons dit aussi que sa marche ne doit jamais être violente, ni ses progrès précipiiés, autrement Fenfant n'y résisterait pas : sa liberté en serait blessée, et le fond même de sa nature altéré : son développement physique, intellectuel, moral et religieux est nécessairement une œuvre de temps et de patience. Si vous voulez de cet

enfant foire un homme, il faut y travailler, comme la Providence elle-même, avec respect, avec mesure et douceur. Autrement, vous troublerez profondément cette âme ; vous déconcerterez vous-même toute votre œuvre, et vos plus ardents efforts ne feront que vous éloigner à jamais du but.

C'est pour y parvenir plus sûrement, et dans une pensée de haute sagesse, que TËducalion humaine a été partagée, comme nous Tavons vu, en trois périodes diverses qui se nomment ÏEducation matemelUt YEducation primaire, VEducaiion secondaire.

Malheureusement cette sage et progressive lenteur n'est pas toujours observée.

Une des contraintes intellectuelles les plus fréquentes et les plus dignes de compassion, c'est sans contredit d'appliquer violemment à Tétude des langues anciennes de pauvres enfants qui n'y ont que peu de goût, une aptitude médiocre, et auxquels on n'offre d'ailleurs aucun secours réel pour les aider à réussir dans ce travail si difficile.

Je crois, et je proclame sans hésiter, que l'étude des trois langues et des trois grandes littératures, française, grecque et latine, est chez nous le moyen le plus puissant de la plus haute Education intellectuelle; mais encore faut-il en être capable. Or, parmi ceux qui font leurs classes, sans faire leurs études, dans nos établissements d'instruction publique, combien y en a t- il qui sont absolument incapables de faire autre chose? Combien y en a-t-il qui sont condamnés à l'ignorance et à la stupidité, même en fait de grec et de latin, par la déplorable incurie dont ils sont l'objet? Quand ils demeurent soixante, quatre-vingts et quelquefois cent élèves entassés dans une classe, est-ce que ces malheureux ont une possibilité quelconque d'étude et de succès? Sauf ceux qu'on soigne pour un concours, que deviennent les autres et que peuvent-ils devenir? Qui s'en occupe, qui peut s'en occuper? Le professeur le plus zélé est obligé lui-même de les laisser

iLi^^-: il -z.r'.:^ i* if:-.'^ m il m'y a mocim ^eiii. aiK^^:^ l'jra.^ le .m y«£é« et de la parole hamaine! Uic^iA^ ^ x'^P<>î^ Ml U/^fe^ î» fKoltés îcs plQS adirés de , f^'fjiii drrtnu^rni se d'^*:k*pper en tm !

,«a^ '^(îBiXâeai ae foii-^m pas qne c*esl I^ur faire sa^r la .:.raij:->e i*îcu«:Ui€i*é li piJ« bralale qai fol jamais!

pM-r ûc parier -^ae ies éaiùes* Teat-oa savoir ce quelles ^c^-ori-icûi ÂTec BA parr J sysième ?

Vv.ci ce ^:ie ;Ki2uaiu u y a p^a de teatps. sur le niveau ies c — ^es^ xii\tr:kalîx.s* le prolesseur de puiloeophie d>in i^^:»5' .:;i^^tuuii> l\ctes vie Fraatce:

€ C, X.»- iA rti prrt5eî;.caieal si bas. que c'est aoe ques- * ^v^ ie >4%,Lr s... >îuiiKùssereiif«)re-— Partoat,iaéaieà j. ?x^ .algB>auj*;^^iv:^in.o^a3rx5^a*Joael.pêdie^llcllafae 4 a., u e -ts ^î^ Jf l-a;. .s >;;> :sie la proTînce, la Moyeaae < cv> ,iAs«îes est i<.i..v.*x:I.-ixien; ^bie. A Paiîs» emtre les 4 c:^^ ou ^ix pr^uùers ei «e reste de la dasse, il y a an « ;iUme; u yea a aa amure eatrelesdi^sHTaatsei ce qv'oa 4 S), peue la queue de la classe. Or cette qaeaeesl îDtenm- 4 uabîe» si biea qu'eaire le lingtièaie ei le soi^aatièflie, i « a> a pas de diOereace sèneose. Le sofxaatièBe esl aa < zèta^ k Tiogtîèiae e4 on iaÛBimeal petit.

« l>aas les départements, c*e^ la aiéaie cbese, si ce n'est

« que la classe est décapitée des cinq ou six élèves d'élite a que les lycées parisiens coniienaent, el qui semblent ab- « sorber à leur profit touie la sève de TU Diversité.

a Ces appréciations se vérifieni de la ma&ière la plus ir- « réfragable et la plus triste aux épreuves du baccalauréat. « — Les Facultés ne sont pas bien méchantes; et cependant a la proportion des candidats refusés pour n'avoir pas su « faire passablement une version est vraiment formidable.

a Quant aux épreuves orales, je prie Dieu de toute mon « âme qu'il n'y amène jamais uo spectateur allemand ou « anglais, ou du moins q^'il épargne à mon aiBOur-propre « national la douleur et rhumiliation de m'y trouver à c6té « de lui. Je n'ai pas le courage d'en dire davantage; on peut « aller voir. f>

Pourquoi s'étonnerait-on maintenant que des études ainsi faites, qu'un pareil abaissement aient inspiré parmi nous, à tant d'esprits distingués d'ailleurs, un souverain mépris et une sorte d'horreur pour le grec et pour le tatiu? Je ne dis pas assez: chez plusieurs ce sentiment va jusqu'au mépris et à l'horreur des livres et de toute instruction littéraire, ie pourrais ici multiplier mes preuves ^

1. rm connu, Je connais encore un de nos ardittectes les pins habiles, qui avait eu le malheur dans son enfianee de suImt cette odieuse oootrainte. Il ayait fini cependant par secouer le joug, et ses parents se décidèrent, malgré Tayis de ses maîtres, à lui faire interrompre le cours de ce qu'on appelait ses études, et k rappliquer aux aots du dessin, pour lesquels il ayait un goût et une aptitude remarquables. C*est ce qui m'a sauvée me disait-il , sans cela . iirrELLECTDELLEMENT et moralement fêtais perdu. Xatouemême que, sans le vouloir, f en ai conservé longtemps pour les Uores une répugna/nce instinctive âoni J9 rouginaii; mais j'ai ew beam faire, il m* a fallu, pardonnez-moi ce souventir et ce langa§$yme dit-il alors en souriant,!/ m*a fallu quinze ans pour me remettre du dégoût que les livres el les haricots du collège m'avaieni inspiré : je haïssais autant les uns que les autres, et c*estseulommt Vannée àemitre que j'ai pu, sms ré* pugnance, manger des haricots, et lire avec plaisir une traduction de Virgile.

Combien de jeunes gens parrai neua, ooabiiea d'inomanei dont c'est la déplorable histoire !

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Je viens de parler de ceux qui n'ont ni goût ni aptitude marquée pour le grec et le latin, et qu'un système de négligence nécessaire eteffroyabie condamne à ranëantissement: je dois parler aussi de ceux dont on ne néglige pas la culture,que des instituteurs dignes de ce nom s'efforcent d'instruire, mais qui, par le vice et l'ingratitude de leur esprit, sont absolument incapables de l'instruction qu'on les contraint à recevoir : c'est encore un grand malheur.

Une Education dont j'ai déjà eu occasion de dire quelque choseï celle du grand Dauphin, est demeurée en ce genre un monument d'une triste et irrécusable célébrité.

Feu Monseigneur^ écrivait madame de Maintenons savait à cinq ou six ans miUemots latins^ et pas un seul quand il fut maître de lui.

La manière rude avec laquelle onle forçait d'étudier^ écrivait madame de Caylus*, lui donna un si grand dégoût pour les livf es^ qiCil prit la résolution de n'en jamais ouvrir quand il serait son maître : il a tenu parole.

Mais, me dira-ton^ que faire de ces enfants incapables, et eu qui on ne remarque absolument aucun goût, aucune aptitude pour l'étude des langues et des lettres? Qu'en faisiezvous vous-même ; car enfin vous avez dû en rencontrer?

La réponse est bien simple ; il faut étudier leur nature, cherchera découvrir ce dont ils sont capables et les y appliquer en dehors des règles communes et des systèmes généraux d'instruction : c'est ce que j'ai eu plusieurs fois occasion de faire ou de conseiller à des parents éclairés. Bien que les langues et les lettres soient le plus puissant moyen d'Ëducation intellectuelle, il y en a d'autres qui ont aussi leur valeur. C'est ce que j'expliquerai en détail, lorsque je traiterai de la haute Education littéraire.

En ce moment, il me suffit de dire qu'avant tout il ne faut

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