M. OZANAM
coupable et pécheur que le travail lui fut imposé comme une loi : dans le séjour bienheureux de Tanlique Eden, Thomme innocent dut travailler: Posuit eum inparadiso voluptatis^ ut oyeraretur eum (Genèse). Le travail fut une des conditions de son bonheur, de sa dignité, de son existence.
Bientôt, il est vrai, le travail, qui ne devait être pour lui que le charme et Tornement de sa vie, devint une partie de son châtiment; bientôt fut prononcé contre lui cet arrêt formidable qui le poursuit encore jusque dans sa postérité la plus reculée : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage; in sudore vultus tui vesceris pane (Genèse)»
« Mais bientôt aussi une volonté miséricordieuse fait en « sorte que le châtiment répare la faute^ et dans l'humiliation « courageusement subie, Thomme trouve une autre gran- « deur. En fécondant la terre de ses sueurs, comme le soleil « la fertilise de ses feux, et les nuées de leurs pluies, il ren- « tre dans Tordre régulier de l'univers: Dieu l'emploie, et « par conséquent le réhabilite: dès quMl sert, ilcommenéeà « mériter. Voilà le dogme chrétien du travail, dont le sens « profond n'est plus compris*. »
Certes, après de si fortes, de si nobles raisons, après de si religieux motifs, j'ai bien le droit de le dire à ceux avec qui je m'explique en ce moment :
Vous voulez être quelque chose en ce monde, vous voulez vivre et ne rien faire : eh bien I toutes les lois morales et sociales, toutes les lois naturelles s'y opposent!
L'oisiveté, c'est la ruine inévitable de toutes les facultés. Ces facultés sont essentiellement actives; elles demandent perpétuellement la culture, le développement, c*est-a-direle travail; sinon elles demeurent ou elles tombent en friche. Elles ne donnent plus, dit l'Ecriture, que des ronces et des épines, spinas ac tribulos. Des fruits amers, des fruits sau-