‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 76 sur 122 · LIV. IV. — CH. IV. — DE L'ENFANT ET DU RESPECT · texte numérisé non relu

LIV. IV. — CH. IV. — DE L'ENFANT ET DU RESPECT

mi nous pour détruire les titres et les illustrations de naissance: les révolutions se font bien plutôt parmi nous pour les conquérir : chacun veut en jouir à son tour, ou du moins les remplacer sur la scène. Aussi c'est un fait curieux à observer : les révolutions dans notre pays n'ont su que multiplier les titres et les vanités de cette nature.

Quoi qu'on en ait, toujours une nation intelligente honorera un sentiment de dignité héréditaire qui, pour engendrer la vanité chez quelques-uns, n'en est pas moins éminemment raisonnable et utile en lui-même.

Toujours, en France, le mérite éclatant qui surgira de Tobscurité verra son illustration nouvelle consacrée par quelque titre nouveau ; toujours aussi, il faut bien le dire, en dépit du progrès démocratique, la vanité ambitieuse cherchera à se revêtir d'un éclat d'emprunt, et la contagion en gagne tellement qu'il n'y aura bientôt plus, dans notre pays, un village qui n'ait couvert de son nom le nom obscur porté jusqu'ici par une illustration inconnue.

Sans doute, ici c'est l'abus du droit; mais le droit est de force à y survivre: il est dans la raison et dans la nature; et, au-dessus de toutes les illustrations douteuses, au-dessus de tous les noms équivoques, il y aura toujours de grands noms, de grandes races, des familles illustres et toujours aussi, le peuple instinctivement les aimera, comme l'écrivait M. de Chateaubriand : Le peuple regrettera toujours la tombe de quelques Messieurs de Montmorency, sur laquelle il voulait se mettre à genoux durant la messeK

Et M. de Chateaubriand lui-môme, malgré lesi^iblesses de sa vie, malgré Tétonnement et les regrets que les Mémoires de sa tombe donnent à ses admirateurs, laissera lui aussi un nom illustre: son tombeau aura peut-être des pèlerins; et, si je venais dire au jeune héritier de son sang, ou à celui

i* Génie du Cliristianisme,

d*une des renommées héroïques de TEmpire, à M. le duc de Montebello, par exemple, que le nom qu'ils portent n'est rien, ils ne me croiraient ni l'un ni l'autre, et ils auraient raison ; et le peuple ne me croirait pas davantage. La sévérité avec laquelle on demande de grandes vertus aux grands noms n'est-elle pas elle-même un juste, mais irrécusable témoignage de l'hommage naturel et instinctif que leur rend l'opinion ?

Un grand nom, sans doute, c'est Théritage d'une famille ; et un homme illustre, en donnant à ses fils l'éclat de la naissance, leur impose aussi l'obligation de ses vertus: car noblesse oblige, suivant un axiome d'honneur tout français. Mais un grand nom, un grand homme, c'est aussi la gloire d'une nation, c'est la gloire de Thumanité même : par cette raison profonde que c'est un nom, c'est un homme en qui la Providence a fait resplendir ses dons, et que tous réclament leur part de cet honneur fait à la nature humaine. Voilà pourquoi Tinstinct national honorera toujours les noms glorieux et les grandes races.

Si ce préjugé est resté si puissant en France, c'est que nulle nation ne fut peut-être plus riche en véritables grands noms, en véritables illustrations. La vieille noblesse français doit son antique honneur et sa gloire impérissable au sacrifice qu'elle a fait héroïquement de sa vie pendant quatorze siècles. Depuis Clovis,la race franque n'a pas cessé de verser son sang pour la cause de Dieu, des pauvres et de la patrie, sur tons les champs de bataille de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe. La noblesse nouvelle a glorieusement aussi conquis ses écussons et les a payés de son sang, bien qu'elle ait encore besoin d'une tradition soutenue par de dignes héritiers et confirmée par le temps.

Maintenant donc, redescendant de ces hautes et générales considérations au sujet pratique que je traite, je dirai sans

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