CH. II. — ÉDUCATION ARTISTIQUE BT COMMERCIALE. 2T
un grand ensoignemcnl public. Si les arts différent des sciences et des lettres en ce qu'ils produisent des ouvrages sensibles et matériels, ils n*en sont pas moins dignes do la plus haute estime sociale, soit qu'ils travaillent à rimitalion du beau, soit qu'ils aient pour finTacquisition de Vutile,
Le grand génie de Bossuetn'a pas dédaigné dans le Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, de louer magnifiquement Tarc/^^V^c^ttr^, qui donne, dit il, la commodité et la beauté aux édifices particuliers, qui orne les villes et les fortifie, qui bâtit des palais aux rois et des temples à Dieu ; et aussi la mécanique usuelle, qui fait jouer les ressorts et assujettit les éléments pour le plaisir ou pour les aises de la vie.
Quant au dessin, h la sculpture et à la peinture, qui font revivre les belles formes et les animent de Texpression, de la beauté noble du sentiment, et quant à la musique ellemême, qui, par la juste proportion des tons donne à la voix une force secrète pour délecter cl émouvoir, nul n'en contestera le charme et rutilité,et]a Religion n'oubliera jamais les services qu'ils lui ont rendus, tant qu'ils sont restés fidèles à ses inspirations.
LesArls,dit encore Bossuet, règlent à leur tour les métiers^ appelés arts mécaniques. Ainsi V architecture commande aux maçons, aux menuisiers et aux autres : et c'est surtout rutile qui est l'objet de ces travaux tout matériels, mais cependant très-dignes d'estime : car partout l'homme peut se montrer supérieur et inventif. En pénétrant par les sciences les œuvres de Dieu et en les ornant par les arts, il fait voir qu'il est vraiment créé à son image et capable d'entrer dans ses desseins.
Cette importance générale de l'industrie, du commerce et des arts s'accroît encore de la prépondérance qu'ils ont acquise de nos jours.
Aussiy qui ne comprend aujourd'hui la nécessité de donner
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bienpeutse rencontrer: en ce moment, je ne constate qu'une vérité: c'est que la classe moyenne est de fait à peu près souveraine dans toutes ces petites assemblées délibérantes, qui sont, tour à tour, la source, le principe, l'écho ou le conseil de nos grandes assemblées politiques. Combien n'importe-t-il donc pas qu'une classe si influente et si active soit de bonne heure entourée de tous les soins, éclairée de toutes les lumières d'une Education intelligente et dévouée!
Sans doute, la haute Education littéraire lui est communément moins nécessaire; mais, je l'affirme, il faut encore un développement solide, étendu, élevé, du jugement et de la raison, à tout industriel et à tout commerçant: il faut du goût, de rimagination, et de la sensibilité à Tartiste. Que deviendrait VArt s'il n'avait pas d'autres enseignements qu^ l'école communale de dessin ei de chant, ou même que l'imitation matérielle des grands maîtres de l'École .des Beaux-Arts, sans histoire, sans poésie, sans haute littérature, sans inspiration religieuse?
Que deviendrait VIndustrie elle-même sans le coup d'oeil inventif, sans la force du jugement, sans la puissance de conception que donne une Education largement conçue?
Si l'on suivait mes vœux, VÊducation industrielle^ commerciale et artistique devrait arriver à la haute Eâucation intellectuelle^ pour tout industriel, commerçant ou artiste que la nature en montrerait capable et digne.
Dans rétat de choses établi en Europe, et spécialement en France, par la Providence et à la suite des révolutions, combien d'hommes, nés dans une condition industrielle ou commerciale, à qui une haute Education intellectuelle sera nécessaire, en vue des fonctions étrangères à leur profession proi^ement dite, auxquelles ils peuvent être appelés ultérieureçaent !
Tout le monde en France peut parvenir à tout. Est-ce un bien ? estf-ce un mal? Encore un coup, je ne l'examine point :
c'est un fait. Il est donc important, sous peine de voir les positions les plus élevées envahies par des incapacités déplorables, qu'il y ait en France une Education qui élève les intelligences à la hauteur de leurs destinées providentielles et sociales.
Ici, sans doute, il ne faut pas agir à l'aveugle, ou se laisser imprudemment guider par Ja perspective de pçssibilitès chimériques; mais il faut consulter les facultés naturelles en même temps que les autres indices de la Providence : quand ces facultés sont éminentes, on doit les favoriser, lors môme que la profession ne l'exigerait pas essentiellement.
Si tel enfant, dont on veut faire un négociant, un banquier, etc., a un grand esprit, le commerce ou la banque ne lui suffiront peul-élre pas; il voudra, il pourra être homme politique, député, représentant; il lésera. Prévoyez donc cette carrière ultérieure*; autrement il ne sera qu'un représentant inutile et muet, ou, ce qui serait pire encore pour son pays, un homme sans intelligence et parleur.
Sans doute, ce que je demande ici, je ne le demande pas pour tous. Je comprends, par exemple, que la plupart ignorent la métaphysique^ qui traite des choses les plus générales et les plus immatérielles. Je comprends qu'ils ignorent la rhétorique, qui fait parler éloquemment; la poétique, qui fait parler divinement et 'comme si on était inspiré*. Mais je voudrais qu'ils n'ignorassent pas la grammaire. générale, qui donne une grande intelligence delalanguequ'on parle et la parfaite correction du style; ni une certaine logique, qui apprend les moyens de bien raisonner; ni les no-
1. Entre cent exemples, si M. Casimir Périer n'avait pas reçu d'iui père inl^Iligent une haute et forte éducation, il n'aurait pas été un ministre si considérable et si honoré.