INTRODUCTION, XVII
Dans les plus humbles villages, comme dans les plus grandes cités, depuis les pluspauvresouvriers jusqu'aux princes, tous ont été provoqués, tous ont pu et dû apparaître au grand jour. Chose étrange! de tovit ce mouvement il n'est pas né, il n'est pas resté un homme. Plusieurs même y sont morts dans le mépris, qu'on croyait des hommes. Et la France cherche, attend toujours ceux qui lui manquent!
Sans doute il y a des hommes qui nous retiennent au penchant des abîmes, et nous devons en bénir Dieu I mais ce sont les hommes des temps qui ont précédé : hommes politiques, hommes religieux, chefs militaires, magistrats ; on trouve en eux une haute intelligence, une rare intrépidité, un admirable dévoûment à la chose publique; maisce sont ces hommes-là eux-mêmes qui se plaignent que les hommes manquent autour d'eux, qui comprennent l'immensité des besoins et déclarent leur propre insuffisance. En présence de tant d'œuvres qu'ils ne peuvent accomplir, de taut de maux auxquels ils ne peuvent porter remède, nul ne s'écrie plus haut qu'eux : Les hommes manquent !
En effet, presque partout les hommes sont inférieurs à leur position ; presque partout on voit au premier rang des hommesde second ordre, qui seraient des hommes distingués, très-utiles et même supérieurs dans des fonctionsmoinshautes que celles où le malheur et l'indigence des temps les condamne à agi retà n'être que médiocres; en un mot, presque partout manque l'homme des grandes choses, l'homme de Dieu, l'homme de l'œuvre, l'homme de la Providence.
De tels hommes, sans aucun doute, je Tai dit déjà,
XVIU INTROOUCTÏOIf.
c'est Dieu qui les fait et qui les donne. Eh bien l depuis longtemps Dieu n'en donne pas, ou, s'il les fait et lés donne, l'Education les défait : l'épouvantable état de société où nous sommes et le temps mortel où nous vivons les corrompt ou les étouffe; et la malédiction de Dieu a précipité, sous nos yeux, l'orgueil de ceux en qui on espérait le plus !
Sans doute, ici nul n'est de meilleure condition que ses frères, et tous doivent s'accuser et gémir.
Sans doute, encore, il y a aujourd'hui du zèle, de la bonne volonté et même un ardent désir de faire de grandes choses; on ne peut le méconnattre; mais tout cela, il le faut avouer aussi, se révèle avec un caractère d'orgueil, d'égoïsmeet de faiblesse misérable.
Quand Dieu voulut faire le xvir siècle et sauver la France, il répandit un souffle de vie sur une multitude d'hommes, lalquesetecclésiastiques, mais tous chrétiens, humbles et forts, auxquels il donna, avec la résolution d*unesainteté décidée, un goùtd'abnégation,unbon sens des affaires, un courage enfin et une tenue des grandes choses, dont nous sommes singulièrement dépourvus; et puis, pour tout dire, ils firent de grandes choses parce qu'ils ne songèrent pas ambitieusement à les ' faire.
Ils sentaient bien, sans doute, qu'il se préparait quelque chose de grand dans ce siècle ; mais ils ne le célébraient pas fastueusement : ils auraient craint de se célébrer eux-mêmes.
Pas un des grands hommes du xvir siècle n'a dit : Le
xvii* siècle!
Le xvu* siècle n'a été nommé qu'après eux : et nous, nés d'hier, nous avons glorifié déjà notre xix* siècle!
lUTRODUGTIOlf. ^\X
Nous l'avons proclamé le siècle des progrès II! Sa marche se précipite, il est vrai ; il a des pieds de fer et des ailes de feu; mais la terre tremble et fuit sous ses pas, et il achèvera peut-êlre sa course avant d'avoir atteint la fermeté de Tâge mûr I
Il y a bien parmi nous ce que l'on nomme les hommes départi. Mais qu'est-ce à dire, et qu'en peut attendre Ja France ?
Hommes de parti, c'est-à-dire hommes qui ne seraient rien, s'ilsn'étaientauserviced'unparti : hommesdontles passions, le^intérêts du jour, vantent, exagèrent, grandissent outre mesure le mérite, pour les besoins des partis.
Sans doute, il y a des partis honnêtes, des partis nécessaires en des temps malheureux.
Mais l'homme qui sauve son pays n'est plus un homme départi ; il s'en dégage, il les domine de toute la hau- . teur de son dévoûment, de son génie et de sa mission, et il les rallie!
Là estla véritable force, là est la véritable gloire !
Quant aux hommes de parti, que sont-ils? que peuvent-ils ?
Ils ont quelquefois dans le caractère ou dans l'esprit telle qualité ou tel défaut; ou bien ils doivent au hasard des circonstances telle position qui les fait exalter par tous ceux dont c'est Tintérêt du moment.
Alors on exagère tout en eux; ils ne font rien, ils ne publient rien qui ne soit admirable; ils sont le drapeau du jour; bon gré mal gré, on en soutient l'honneur. Il Y a en leur faveur une sorte de gageure; il faut aller jusqu'au bout.