CHAPITRE IV
De rËducation populaire
€E QtE PEUT ÊTRE L*mSTRUGTION DANS L'ÉDUCATION DU PEUPLE
Nous l'avons vu: tous les enfants ne peuvent pas être élevés de la même manière: il y a^il doit y avoir des Educations diverses; mais quelles en sont les lois et les limites? Rien n'est plus important et quelquefois plus difficile à iixer.
290 LIV. V. — DES MVfR&ES SORTES D'EDUCATION.
rai parlé, dans un chapitre précèdent, derËducation des ciasses vouées à rindttslrie^ au commerce et aux arts; mais quelle sera r£di2cation des classes populaires, ouYiières ou agricoles?
Si leur Education diffère de r£ducation dnàu&trîélle et commerciale, et de la haute Education littéraire, comment lui conservera-t-on la dignité et ie respect aux(|uel& fille a droit?
Je rai déjà dit, et je dois Insistw sur ce point; L'intégrité de l'ËducHtion n'en réclame pas le dernier perfectionnement: tous doivent être intelligeuls et hodinëtes; et, cependant la même étendue dans Tesprit, et, }e ne crains pas de rajouter, la même perfection dans la vertu, ne 80<nt |>as requises de t0us.
« Si vous él^ez le peuple, i» dit M. Lauareirtîe, dans ua ouvrage que je suis heureux de citer à mes lecteurs, a si « vous élevez le peuple pour lui donner d'autres mœors que « ses mœurs, d'autres vertus que ses vertus, vous changez « la nature du peuple, c'est-à-dire vous faites non une œuyre t d'Eaucation, mais une œuvre de révolution. »
Mais, d'un autre côté, ce qu'il n'est pas moins important de bien comprendre, c^est que tous, sans exception, Touvrier, Venfanl du peuple, l'homme des champs, par cela même et par cela seul qu'ils sont hommes et chrétiens, doivent recevoir une Education qui les fasse jouir du développement et de l'énergie de leurs facultés dans le degré convenable.
La Providence ayant voulu qu'il y eût dans la société des états tout à la fois plus laborieux et plus élevés, des services plus nobles et plus pénibles, a ordonné par là même que, pour ces états et ces services, il y eût une Education plus parfaite que pour les autres. Ainsi la profession qui commande le plas roubli de soi, celle où l'on cesse d'être fidèle ôs qu'on cesse de s'oublier soi-même et de se renoncer^
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celle où Ton peut craindre que les plus saintes affections de la nature n'affaiblissent le dévoûment au devoir, celle-là exige évidemment une vertu plus généreuse et aussi une intelligence plus haute que ne le demandent les professions où, par là même qu'il est permis de travailler pour soi et pour les Biens, c'est un devoir de le faire. Pour n'en citer que deux exemples, les Instituteurs de la jeunesse et les Prêtres, instituteurs religieux des peuples, ne doivent-ils pas avoir un cœur plus dévoué, une instruction plus étendue, une intelli^nce plus éclairée, une vertu plus profonde et Tinspiration d'un sacrifice plus héroïque? C'est une vérité aussi claire que le jour.
Mais faut-il conclure de là que FEducation, parce qu'elle ne tend pas toujours aussi haut, puisse jamais négliger aucune des facultés de Thomme? Non: quel que soit son rang dans la société, quelle que soit sa naissance ou son humble fortune, jamais un homme n'a trop d'intelligence ni une moralité trop élevée ; jamais il n'a trop de cœur ni de caractère ; ce sont là des Mens qui n'embarrassent jamais la conscience. Quoi? me dira- t-on, vous voulez que l'homme du peuple, que l'honnne des champs puisse être intelligent comme le négociant, comme le magistrat? Eh sans doute, je le veux, si Dieu l'a voulu et fait ainsi; et je demande que l'Education ae fasse pas défaut à l'œuvre de Dieu; et, si cet homme, dans sa pauvre condition, est élevé d'ailleurs à l'école de la Religion et du respect, je n'y vois que des avantages pour lui et pour tout le monde.
« L'instruction d'elle-même est bonne, et ce n'est pas sa « faute sîla méchanceté des hommes la vient pervertir*. »
"De quel droit voudrait-on refuser à l'homme du peuple le développement convenable de son esprit? Sans doute il ne fera pas un jour de ses facultés le même emploi que le négo-